Quelques interrogations sur les attentats et l’information … #JesuisCharlie

A Paris, c’est la psychose. Toutes les heures, un colis suspect, une alerte quand des pétards explosent, des signalements d’hommes armés. Bref, j’imagine que c’était l’effet recherché. En attendant, je ne peux m’empêcher de penser encore et toujours à l’attentat à Charlie Hebdo, qui a eu lieu à 200 mètres de chez moi; aussi, exceptionnellement, nous ne parlerons pas de MOOC.  Comme beaucoup de personnes, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser un certain nombre de questions sur la manière dont l’information a été traitée par les médias et par la police. On ne parle ici ni de liberté d’expression ni de politique, mais de simples questions de sécurité et de traitement de l’information. On évoque dans les médias d’éventuelles défaillances des services de renseignement, mais ce n’est pas ce qui m’a le plus frappé. Je ne voulais à la base pas en parler parce que ce n’est sans doute pas ma place, mais ces questions ne cessent de tourner dans ma tête et vu que peu de médias en parlent, il faut que je les exorcise.

Tout d’abord, la question de la sécurité à Charlie Hebdo. Que la surveillance policière se soit relâchée au fil des années, soit, mais pourquoi n’y avait-il qu’une simple porte blindée à digicode ? Il suffisait alors aux  terroristes pour entrer, de menacer quelqu’un qui connaissait le code, ce qui s’est passé. Un sas blindé avec ouverture depuis l’intérieur, comme on peut en voir dans les banques ou les bijouteries n’était-il pas plus approprié ?

Ensuite sur le fait que les deux individus aient pu s’échapper de Paris. Ils ont sans doute été les premiers surpris. On comprend aisément qu’il n’était pas possible pour les policiers arrivés les premiers sur les lieux de faire face à la puissance de feu de ces deux individus. Mais combien de temps s’est-il passé entre le moment où les autorités ont su qu’il se passait quelque chose, et le moment où les deux terroristes sont parvenus à sortir de Paris, d’autant que Coco a tenté de leur faire perdre du temps et les égarant, et qu’ils ont eu un accident de voiture alors qu’ils n’étaient pas pris en chasse. Autour de vingt minutes, vingt-cinq minutes ? N’est-ce pas un délai suffisant pour bloquer les sorties de Paris ?  Y-a-t’il des procédures d’urgence prévues pour ce genre de situation ? Les laisser s’échapper était-il volontaire (pour éviter un carnage à Paris?) ?

Vient ensuite la question de l’identification des individus. Nombreux sont ceux qui ont légitimement douté de la version officielle de la carte d’identité laissée dans la voiture (l’empreinte sur le cocktail molotov était plus crédible soit dit en passant). Une version officielle d’ailleurs mise à mal par les propos du procureur ce matin, qui a légitimement reproché aux médias d’avoir dévoilé l’identité des tueurs et d’avoir fait disparaître l’effet de surprise. Si les autorités comptaient sur l’effet de surprise pour les attraper à Reims, c’est a priori qu’ils avaient identifié les tueurs par une autre manière que par leur carte d’identité. Ou qu’ils les supposaient assez idiots pour – en plus d’avoir perdu la carte – ne même pas s’en être rendus compte. Ce dont on peut douter. On peut supposer que d’autres techniques d’identification ont été utilisées, mais qu’on ne souhaite pas les dévoiler pour pouvoir les utiliser à nouveau au besoin, ce qui est tout à fait légitime d’ailleurs. Ou alors il y a vraiment une carte d’identité perdue. Et dans ce cas cela en dit long sur le niveau de professionnalisme des assassins.

J’ai trouvé ça sur Twitter, cela résume parfaitement l’idée …

carte d'identité

La question des médias maintenant. Sur la question de l’identité des tueurs. D’où viennent les fuites qui ont permis aux journalistes de disposer de l’information ? Comment se fait-il que les médias se soient permis de faire disparaître l’effet de surprise et de compliquer l’enquête ? Les autorités ont pourtant insisté auprès des médias, tout au long des journées de mercredi à vendredi, pour que l’information soit diffusée de manière responsable. N’y a-t-il pas un arsenal juridique pour sanctionner ce genre de pratique ? La révélation de l’identité des tueurs a changé le cours des événements à n’en pas douter, et peut-être par ricochet déclenché les deux prises d’otage de vendredi. Peut-être que cela n’aurait rien changé et qu’il y aurait tout de même eu une prise d’otages. Peut-être que non. Qui peut le dire ? Dans le doute, les médias n’auraient-ils pas dû appliquer le principe de précaution ? Les remontrances du procureur sont plus que justifiées quoi qu’il en soit; mais je ne comprends pas pourquoi on ne parle pas de procédures judiciaires au vu de la gravité de la situation.

Enfin, sur l’épilogue final. Avec les médias qui montrent dans une large mesure les emplacements des forces de police, des snipers, etc. En temps réel je ne suis pas sûr, ce serait tellement irresponsable que je ne peux pas y croire, vu les risques que cela ferait courir aux forces de police et aux otages (il faudrait enquêter de manière plus précise pour savoir …). L’emplacement des policiers, ce sont des informations qui pourraient être utiles pour les tueurs s’ils voulaient faire une sortie non (ce qu’ils ont tenté) ? Vous rappelez-vous de la polémique que cela avait déclenché lors des attentats de Mumbai, ou les terroristes pouvaient suivre l’évolution de la situation simplement en regardant la télé ?

Enfin sur l’otage de Dammartin. Tout le monde savait en France qu’un otage était retenu, sauf les preneurs d’otage selon toute vraisemblance. Les informations divulguées par les médias n’auraient-ils pas pu mettre la puce à l’oreille des frères Kouachi ? Qui auraient alors pu activement rechercher et trouver cet otage, Lilian, qui se cachait au deuxième étage ? Et je ne parle même pas des coups de fil de la part de médias qui auraient pu interférer avec le (remarquable) travail des forces d’intervention … Je ne comprends pas. A-t’on réellement mis en danger des vies et compliqué le travail des forces de l’ordre simplement pour des questions d’audimat et de sensationnalisme. Je n’ose pas y croire. N’y a-t-il pas de législations en vigueur pour sanctionner ce type de pratique ? De simples injonctions via Twitter ou les points presse (en amont) et des remontrances (en aval), n’est-ce pas un peu léger au vu du contexte ? Quand on connaît la législation en vigueur autour du devoir de réserve des fonctionnaires (et les conséquences d’un mot de travers), je suis plus que surpris par le comportement des médias, qui auraient dû attendre la fin des événements avant de diffuser les informations sensibles (beaucoup l’ont fait). Peut-être n’ai-je rien compris à toutes ces questions, de sécurité, de fuite et de fuites, ou de sensibilité de l’information … Je ne demande qu’à être éclairé dans ce cas. Bon, j’espère ne pas avoir outrepassé les limites de ma liberté d’expression en écrivant ce billet … on ne sait plus trop à quel saint se vouer en ce moment … Sur ce, à demain à Répu.

PS : Vous le savez tous sans doute, mais pour faire des dons à Charlie Hebdo, mais à tout hasard, c’est ici. Mieux encore, s’abonner.

PPS : J’ai aussi quelques questions sur les marques de chaussure utilisées par les forces de l’ordre après avoir vu cette vidéo où ils devaient marcher à quatre pattes pour ne pas glisser sur l’herbe mouillée.

Parmi les Tweets que je ne peux m’empêcher de partager quant à la récupération politique et au débat sur le cortège., ceux de Martin Vidberg m’ont paru tellement pertinents.

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