Interview de Vincent Datin : un serial MOOCeur « stratégique »

vincent datinAu cours des vagues d’entretiens que je réalise en ce moment, j’ai fait un certain nombre de rencontres avec des serial MOOCeurs. Vous savez, ces autodidactes qui font des MOOC une partie de leur quotidien. En général, c’est avec eux que les entretiens sont les plus riches, tant sur le plan de la diversité de points de vue, que de la profondeur des réflexions. Aujourd’hui, je souhaiterais vous présenter un point de vue que je trouve particulièrement intéressant, car il représente une catégorie bien spécifique d’apprenants, qui sait ce qu’il vient chercher dans les MOOC, avec une approche assez stratégique de son processus d’autoformation. Il s’est inscrit à près de 80 MOOC, en a suivi de bout en bout près d’une trentaine.

V.D. : En fait j’utilise les MOOC différemment depuis presque un an; je les utilise comme des ressources libres. J’ai une idée bien claire de ce que je souhaite apprendre, j’ai pu identifier mes lacunes, je fonctionne avec une mind map. Je relie les MOOC, je fais des ponts entre eux. Je choisis des MOOC parce que je sais que je vais combler telle lacune mais parfois il n’y a qu’une semaine ou deux qui m’intéressent, je regarde le programme. Je ne suis pas un bon exemple pour les concepteurs des MOOC, parce qu’ils se prennent la tête pour bien séquencer les différents modules pédagogiques, et moi je recompose après derrière. Mais par contre, pour moi, c’est très efficace.

Matthieu : Donc tu ne t’inscris pas nécessairement à un MOOC pour en obtenir le certificat ?

V.D. : Non non pas du tout, pour moi, la certification ne fait pas partie de la philosophie des MOOC […]. Si tu utilises les MOOC pour apprendre des choses, tu n’as pas besoin d’une validation, sachant que le certificat on le sait tous même si on le crie pas sur les toits, ça n’apporte rien concrètement […] Tu peux mettre ça sur un CV, mais en gros tu vas juste le marquer dans ta rubrique développement personnel, en bas de page. Ce n’est pas une expérience, ce n’est pas une formation non plus, c’est à mi-chemin entre les deux, c’est une valeur ajoutée. Si tu as envie d’un diplôme, tu fais une formation diplômante. […] Tu vois à mon avis pourquoi les MOOC ne marchent pas super bien avec les étudiants, c’est tout simplement parce que un étudiant déjà il est dans une démarche de diplomation. Il est à la fac pour avoir un diplôme. Donc, à part si on lui conseille fortement, il ne va pas aller suivre un MOOC. Parce que déjà il passe son temps à étudier, sa finalité c’est avoir le diplôme. Il faut qu’il bosse à côté, parce que bien souvent il est fauché. Une fois que tu mets le temps de travail, le temps pour gagner de l’argent, il reste quoi ? Il y a bien un moment où il faut qu’il s’amuse un peu. Voilà, pour moi ça marche pas avec les étudiants, parce que justement, la certification c’est pas la philosophie des MOOC à mes yeux.

Matthieu​: Et du coup toi, pour revenir à toi, tu vas t’attaquer à des disciplines assez variées, ou t’as des champs de préférence ? Comment ça se passe, comment tu
fonctionnes ?

V.D. : C’est quand même axé sur les « soft skills », c’est beaucoup entrepreneurial, management, tout ce qui va être informatique. Après des MOOC, purement pour ma culture personnelle, pas vraiment […]. Je tiens un petit pense-bête, quand il y a des trucs que je n’arrive pas à faire. Plutôt que d’aller chercher sur Internet, je me le note, et je fais un lien avec les MOOC possibles. En fait, les MOOC, ça répond à un besoin, ça comble une lacune. Avant, je faisais de la veille sur Internet, mais je cherchais dans tous les sens. Paf il y a un truc qui t’intéresse, tu le classes, tu l’archives, et tu te retrouves avec des piles de dossiers que tu ne consultes jamais parce que t’as pas le temps, et surtout tu es incapable de faire les interactions entre eux. C’est une espèce d’errance permanente, tu as l’impression de savoir plein de trucs. Mais quelque part si on te pose des questions dessus, tu es incapable d’y répondre. Voilà, c’est juste de la veille, mais tu n’as rien assimilé. En fait les MOOC me permettent justement de faire une veille organisée, que
je mémorise. Avant ça me passait au-dessus de la tête.

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3 Comments

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3 Responses to Interview de Vincent Datin : un serial MOOCeur « stratégique »

  1. MERKAZI Ahmed Fal

    J’ai beaucoup apprécié cette idée. C’est une forme de partage intelligente et fructueuse.
    Personnellement, en tant que professeur de l’enseignement supérieur en « Technologies Educatives », je me trouve dans une situation analogue à celle de M. Vincent DATIN.

  2. Petite précision sur la mind map, c’est en fait la carte de mes besoins d’apprentissages. La création de ce genre de document est très simple avec l’extension chrome Mindomo (intégration des mots-clés, pages web) via un simple clic)… Pas de perte de temps dans l’élaboration d’un document de synthèse

    Quant à la partie « certification », il va de soi qu’un CV est une présentation de vos diplômes et expériences concrètes. Le MOOC ne bénéficie d’aucune valorisation de la part des professionnels, mais c’est un plus dans votre palette de connaissances que vous serez utiliser lors de mises en situations…

  3. Depuis le début de FUN j’avoue avoir pratiqué massivement non seulement les inscriptions mais aussi les évaluations dans environ 1 cours sur 2 : suivre un cours ça permet effectivement soit de se doter d’un couche superficielle soit d’aller plus en détail et de s’évaluer en situation (près de 60 cours suivis en intégralité, dont 60% avec réponses aux QCM et bon nombre d’attestations).
    En lisant ce billet j’avoue être content de découvrir que je ne suis pas le seul à pratiquer ce genre d’exercices, je souhaiterais toutefois compléter ou donner mon avis sur quelques points :

    1) Sur l’aspect  » massif  » il y a certains moocs qui nécessitent un temps de travail pour réaliser les exercices non compatible avec un suivi massif !
    Consacrer 1 à 2 heures par semaine par mooc c’est possible jusqu’à 10 à 12 cours en simultané (je suis monté personnellement à 16 pendant certaines semaines), 8 à 10 heures par semaine interdit de fait l’approche multi matières.

    2) A propos des diplômes, quel qu’en soit la nature, je n’ai jamais vu un bout de papier réaliser une tâche (officiel ou non officiel). Certains conseillent de faire mention des attestations, après réflexion je partage leur opinion. Allons savoir ce qui se passe dans la tête d’un recruteur :o)

    3) Côté inscriptions, certaines plateformes laissent à disposition les supports : à ce titre je conseille les inscriptions à mes amis (même si tu n’as pas le temps tout de suite tu seras peut-être content de trouver le cours plus tard).

    4) Pendant un moment je comptais également faire une synthèse des pratiques des cours, depuis que j’ai suivi ton analyse dans un des moocs (avec des captures de vidéos de moocs que j’avais d’ailleurs suivis) j’ai reporté cette rédaction à plus tard… mais dans tous les cas suivre les présentations des autres ça a déjà en soi un aspect formateur !

    En conclusion, ressources libres ? Personnellement j’avais commis un article sur Moocs : outil de benchmark, ce qui est une autre façon de considérer la chose.

    Dans tous les cas, ça reste un moyen efficace de diffuser le savoir à un plus grand nombre.

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