MOOC : pour la révolution on repassera

Non, il n’y a pas encore eu de « révolution MOOC ». Voilà, c’est dit. A l’heure du bilan, peut-on dire l’enseignement supérieur a changé d’ère ? Je ne crois pas. Certes, une offre hétéroclite continue de se constituer sur la Toile, via la mutualisation de cours sur les plates-formes de MOOC. Certes, il y a bien quelques étudiants par-ci par-là qui en profitent d’une manière ou d’une autre. Mais dans le fond, à l’échelle de la planète, quelle proportion des enseignements dispensés cela représente-t-il ? Tant que ces MOOC ne concerneront qu’une communauté restreinte d’adultes autodidactes, tant que l’enseignement supérieur n’aura pas intégré le numérique en profondeur, pourra-t-on parler de révolution du supérieur ?

Matthieu, de quoi tu te plains ? L’offre en ligne grandit, de plus en plus d’établissements intègrent les MOOC dans leurs cursus d’une manière ou d’une autre, les choses semblent aller dans la bonne direction. Regarde, à l’EPFL, ils ont même passé le système à l’échelle via un système de classes inversées. Il y a même des entreprises, petites et grandes, qui ont incorporé les MOOC dans leur quotidien. Certains de mes collègues doctorants sont d’ailleurs en observation sur ces terrains. Non mais vraiment, de quoi tu te plains ? Certes c’est encore timide, mais ça ne peut que grandir. Bah, voilà, ce qui me gêne, c’est que dans le fond, l’intégration de MOOC dans le système éducatif n’a jamais été pour moi un objectif en soi. Je pense que c’est une très bonne chose, pas de doute là-dessus, mais il me faut rappeler ici l’esprit dans lequel je me suis lancé dans le numérique.

Premièrement, je milite pour un transfert de pouvoir de l’institution vers l’étudiant dans une logique d’émancipation, d’abord pour tout ce qui relève du pouvoir d’orientation (dans le vocabulaire des apprentissages auto-dirigés, on appelle ça l’auto-détermination), et ensuite quant au contrôle sur les modalités d’apprentissage (l’auto-régulation). J’ai en tête un idéal d’étudiant passionné, maître de son parcours et de son apprentissage, une forme « d’entrepreneur du savoir » comme on dit. Ce n’est pas exactement un « self-made man » dans le sens où cet étudiant repose en grande partie sur l’institution, même si les rôles de celle-ci seraient amenés à évoluer. Dans le fond, ne faudrait-il pas sérieusement plancher sur l’introduction de contrats d’apprentissage dans l’enseignement supérieur ?

Pour mémoire, les contrats d’apprentissage sont un concept introduit dans les années 60 par l’un des fondateurs de l’andragogie (la pédagogie, mais pour les adultes), Malcolm Knowles. Ces contrats, cela revient à une négociation entre l’étudiant et l’institution quant aux objectifs à atteindre et aux moyens d’y parvenir. Cela va beaucoup plus loin que simplement faire son choix au sein d’une liste de cours électifs. Ces contrats utilisés dans la formation des adultes depuis des décennies, ce que je souhaite, c’est qu’on traite davantage les étudiants comme des adultes en important cette façon de penser de la formation continue vers la formation initiale (voici un texte on on parle précisément de ça justement). A ce sujet, vous pouvez aussi relire cette interview de Michelle Weise dans Educpros : à l’avenir, chaque étudiant se construira son propre cursus.

Deuxième point, l’excellence académique. Ce n’est pas parce que l’apprentissage devient plus flexible, individualisé et adapté qu’il devient meilleur. Cela peut tout à fait aller dans le mauvais sens aussi. Là, y a pas de secret. Tout d’abord, il faut avoir une véritable expertise pédagogique de son domaine. On s’entend, cela va beaucoup plus loin que de savoir faire de bons cours magistraux. D’ailleurs, sans être pour la suppression pure et simple des cours magistraux, je suis favorable à ce qu’on les réduise à leur plus simple expression. Le cours magistral ne laisse que peu de place à la réflexion et à la remise en question des savoirs transmis. Allez, je vous cite Condorcet, c’est un peu pompeux, mais il illustre bien le propos : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves. »

Il faut laisser de l’espace pour les pédagogies constructivistes au détriment des logiques purement transmissives. Ce n’est certainement pas à coup de cours magistraux que vous développerez la créativité, les compétences en gestion de projet, la rigueur scientifique, l’autonomie. Je ne crache pas sur le behaviorisme et l’objectivisme loin de là. Oui il y a des savoirs qu’il faut ingérer sans discuter, mais on ne peut bâtir un cursus exclusivement sur ce principe.

L’excellence académique, cela passe par la formation, mais cela passe aussi et surtout par la validation d’acquis. Pour pousser les étudiants à se dépasser, il faut mettre la barre haut. Venant de moi, ça va peut-être vous surprendre, vu les propos que j’ai tenus hier sur la gestion du stress, mais bon. Diminuer le niveau de difficulté d’un diplôme, d’un examen, c’est en dévaluer la valeur, c’est une tautologie. Je ne veux pas entrer dans l’éternel débat de la sélection à l’entrée des Master, car c’est la sélection à la sortie qui m’intéresse. Concrètement, une fois entré en formation il faut vraiment le vouloir pour ne pas avoir son diplôme. Les écarts de niveau entre étudiants peuvent varier de plusieurs ordres de grandeur, et clairement on ne retrouve pas cette diversité et cette précision dans le système de mentions. A cet égard je trouve le modèle de l’agrégation et ses évolutions récentes fascinant, et nous pourrons y revenir dans les semaines qui viennent. Enfin, dernier point, le passage à l’échelle et l’accessibilité pour le plus grand nombre. Bref, comme d’habiture, sortir de la logique malthusienne qui est la nôtre, ouvrir autant que faire ce peut le système de formation et le système de validation d’acquis.

Voilà, ce sont les trois chantiers qui me tiennent à cœur : l’émancipation des étudiants, l’excellence académique (sur le plan de la formation comme celui de la validation des acquis), et le passage à l’échelle. Et c’est sans compter les questions de gouvernance, de transparence financière, etc etc. Dans cette perspective, est-ce que l’intégration ponctuelle de MOOC en marge des cursus est une bonne nouvelle ? Oui. Cela permet de relancer la réflexion dans plusieurs de ces domaines. Mais tant que cela sera fait à dose homéopathique, est-ce que les MOOC sont une révolution sur le plan de la formation initiale ? A mes yeux, on en est encore très loin.

30 Comments

Filed under Non classé

30 Responses to MOOC : pour la révolution on repassera

  1. Après l’enthousiasme des débuts de la révolution MOOC, je partage cet état des lieux, mais le mouvement est lancé et nous sommes actuellement dans une phase transitoire.
    Si les acteurs traditionnels poussent au conservatisme, ce sont les élèves qui obligeront les institutions à évoluer. On a observé la même chose lors de l’émergence du WEB 2.0.
    Il faut garder espoir ;-)

    • matthieu-cisel

      Le mouvement est lancé et les choses ne vont pas s’en arrêter là. Après, je ne suis pas certain que les étudiants

      1/ soient de grands fans des questions de pédagogie. Même s’ils sont les premiers à râler, ils sont souvent les derniers à proposer des alternatives ou à prendre le risque de se mettre à dos une équipe pédagogique.

      2/ Même s’ils sont dans une véritable démarche argumentée et volontariste, quels sont les leviers à leur disposition pour faire bouger les choses ? Ils sont tributaires du bon vouloir des équipes en place. Si elles sont à l’écoute, tant mieux, sinon tant pis. Il n’y a pas de véritable contre-pouvoir de ce point de vue-là …

      • Jacques BARATTI

        Mathieu a complétement raison, les conservatismes universitaires sont trop forts et les étudiants n’ont pas, ou peu, de moyens de s’y opposer en supposant qu’ils en ait la volonté (ce qui n’est pas certain…). Par contre ils peuvent s’inscrire dans des cursus et/ou des universités qui pratiquent une pédagogie différente dans laquelle ils sont acteurs (Louvain la Neuve par exemple). La « révolution » MOOC a secoué le bananier, quelques fruits sont tombés mais le plus important reste à venir…

    • seb

      Il y a un truc qui me gène dans les MOOC actuels : la notion de date d’ouverture et de fermeture.
      On trouve plein de MOOC disponibles mais dont les dates d’inscriptions sont passées. C’est bien la peine de ne pas pouvoir suivre un MOOC de façon totalement ouverte et permanente. A quand des MMOC en entrée/sortie permanente ?

  2. Une vision qui suit la courbe de Hype du Gartner ?
    Ou une « grosse fatigue » comme dirait M. Blanc?
    Ma vision est plus celle là:
    https://www.google.fr/search?q=change+equation&num=20&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ei=o3U3VffpIu_e7AbWoID4Cg&ved=0CAcQ_AUoAQ&biw=1640&bih=724&dpr=0.9

    http://sydney.edu.au/organisational-development/pdfs/successful_change.pdf
    Peut-être qu’il faut commencer par revoir les objectifs? Plus SMART!
    Quant à l’évaluation d’impact on verra ultérieurement…
    PS : Réflexions à base de MOOCs
    GDP4, EDX TU Delft Solving Complex Problems, Coursera Creativity Innovation & Change,…

    • matthieu-cisel

      Bonjour Gilles, je ne me suis jamais vraiment fait d’illusion, même dans les premiers mois du mouvement où nous étions tous dans une forme de fébrilité, avec GdP, avec l’emballement médiatique intense … En revanche, je ne suis pas certain de vouloir revoir mes objectifs à la baisse. Ce n’est pas parce qu’une vision est utopique qu’elle est nécessairement inutile : c’est le concept d’utopie utile (que j’ai découvert dans le capital au vingt-et-unième siècle de Piketty). Si on ne peut pas voir se réaliser le changement que l’on souhaite, tout au moins peut-on décrire ce vers quoi l’on désire tendre …

  3. Christine Vaufrey

    Matthieu, l’enseignement supérieur initial est loin, très loin d’avoir fait sa « révolution », MOOC ou pas. Tous les changements annoncés ne concernent que les marges, et ne touchent jamais au système en tant que tel, qui est remarquablement résistant. Michel Briand estime que 2 à 3 0/000 (non, il n’y a pas un zéro de trop…) des enseignants du supérieur se sont lancés dans la conception d’un MOOC. Il faudrait au moins que ce chiffre passe à 30 % pour que ça ait une chance d’avoir un impact significatif sur le système et qu’on arrête de considérer le « présentiel » comme l’étalon – qualité de l’enseignement. Ce qui est évidemment un mythe, bien pratique pour ne pas bouger…
    Jean Genet (oui, c’est le jour des références) disait pour sa part, lorsqu’il faisait de la mise en scène : « Lorsque tout le monde s’attend à regarder en haut à droite, je provoque quelque chose en bas à gauche ». L’avenir des MOOC ne se joue probablement pas en haut à droite.

    • matthieu-cisel

      Et encore, de ce que je retire de mes interactions avec de nombreux enseignants, c’est que le format MOOC ne convainc pas toujours. Je suis également conscient des limites; en revanche, je pense que le débat entre ce qui devrait être fait à distance et en autonomie et ce qui doit relever du présentiel et de l’imposé n’a pas été poussé assez loin dans la sphère publique. On en est trop resté à une considération du type, les taux d’abandon sont trop bas on ne peut pas remplacer le présentiel par du numérique. Bref, un peu ras les pâquerettes …

  4. La révolution ne fait que commencer… Dans quelques années, au pied de la cheminée, tu pourras dire aux gamins  » A l’époque, j’avais même un blog, on l’appelait La révolution MOOC …  » Il faudra qd même que tu expliques ce qu’était un MOOC car le format aura sûrement beaucoup évolué ;-)

    • matthieu-cisel

      Et puis il y a des signes avant-coureurs peut-être. Déjà l’annonce de François Hollande vis-à-vis d’Open Classrooms la semaine dernière (les personnes en recherche d’emploi auront un compte Premium gratuit) est quelque chose de très positif pour le mouvement …

  5. Louis

    La désillusion des MOOCs, c’est surtout qu’ils sont loin, très loin d’être une révolution d’un point de vue pédagogique. Au contraire, une grande majorité ne sont que des cours d’amphithéâtres numérisés. Pédagogie transmissive utilisant le multimédia ? Même le behaviouriste Skinner en 1958 souhaitait se différencier des méthodes d’exposés habituelles avec sa machine à enseigner (tout de même, on appelle ça une révolution et cela existait déjà depuis plus de 50 ans !). Malheureusement, l’enseignement programmé fut un échec, dû au manque de sérieux dans la construction des programmes mis sur le marché sans validation adéquate (tiens, ça, c’est toujours d’actualité). Piaget écrit à ce propos :
    « Les méthodes d’enseignement programmé sont dévalorisées d’avance par le fait que, au lieu de construire des programmes adéquats […] on se borne à transposer, en termes de programmation mécanique, le contenu des manuels courants et des pires des manuels. » (Piaget, 1969).

    Je vous recommande ainsi la lecture de cet article pour découvrir ou redécouvrir les tourments des « révolutions » de l’enseignement par ordinateur :
    http://joseph.rezeau.pagesperso-orange.fr/recherche/theseNet/theseNet-3_-2.html

    La révolution des MOOCs, et vous avez raison de le souligner, c’est de donner accès au plus grand nombre à des contenus. Les MOOCs sont également un outil marketing plutôt intéressant.

    En tout cas votre point de vue critique est très apprécié. Merci à vous pour vos contributions et le partage de vos opinions. Dès lors que cela amène une réflexion, c’est pédagogique !

    • matthieu-cisel

      Bonjours Louis,

      merci pour la ref de Piaget sur l’enseignement programmé. Finalement, c’est moins une critique du concept qu’une critique de la qualité du travail des concepteurs de programme. Etonnant qu’un constructiviste comme Piaget tienne de tels propos … Je vais aller regarder votre lien …

      • Louis

        Nous entendons beaucoup de critiques sur le e-Learning en général. À juste titre, les formations ne sont pas toujours abouties. Pourtant les possibilités du multimédia sont réelles. Malheureusement la façon dont l’enseignement est perçu, attendu voire vendu ne prend pas en compte les travaux de recherche en sciences de l’éducation.

        Vous me direz votre ressenti sur l’article. Personnellement je l’ai trouvé très instructif !

        • matthieu-cisel

          Je viens de le terminer. Excellent cet article … J’ignorais cette filiation enseignement programmé – pédagogie par objectif et je n’avais pas bien compris cette opposition Crowder / Skinner. Je suis finalement plus proche du premier que du second sur les pédagogies à apprendre … Je soutiens fortement l’enseignement programmé tout en étant favorable aux méthodes actives. L’éclairage de Piaget est éclairant à cet égard.

  6. Si la révolution c’est de donner accès au plus grand nombre à des contenus, alors ce n’est plus de modèles d’apprentissages dans les MOOCs dont il faut parler, mais plutôt d’OCW auquel on ajoute l’interactivité avec l’équipe pédagogique et celle entre apprenants. Je fais bien sûr référence à l’OCW pour son ouverture permanente des cours. Certains concepteurs OC, IONISx, Sillages l’ont déjà intégré, d’autres focalisent encore sur des savoirs académiques distribués de façon événementielle…

    L’autre élément révolutionnaire à développer réside dans la certification. Plutôt que des médailles en chocolat (attestations, certificats, licences), une vraie reconnaissance est nécessaire… Un premier pas a été fait avec les crédits ECTS, mais l’objectif à atteindre est certainement le label RNCP pour une vraie reconnaissance professionnelle. Evidemment cela va prendre encore quelques années, mais aujourd’hui les révolutions ne sont plus rouge ni même orange… elles sont silencieuses !

  7. Marc

    Pour travailler côté recherche dans le « big data », je fais un parallèle…

    Sur le fond, des choses sérieuses, qui progressent lentement, mais vraiment, avec quelques à-coups, mais globalement régulièrement. L’industrie de l’infotainement éduco-économique s’empare du sujet, s’empare des articles des autres, remixe tout ça, buzz ça monte ça descend ça remonte ça redescend, sur un ton de « vous l’aurez lu ici d’abord ». Les académiques et leur com, pressés depuis l’ère Pécresse de ne pas être retard sur l’institution voisine sinon ils sont morts, font aussi du bruit pour « montrer qu’ils en sont », attirer les sous, l’attention des politiques, des recruteurs, des étudiants-potentiels. Pour ceux qui aiment dénigrer l’école publique (supérieur compris), une belle occasion de dire que tout va être balayé.

    Dans ce bruit au fond assez désagréable, l’outillage, les pratiques et les modèles économiques progressent, en tâtonnant, pas « comme une vague ».
    Par chance il y a des sources de réflexion sérieuses et tempérées, c’est pour ça qu’on vous lit !

  8. ESTEVE

    Je suis une utilisatrice acharnée des MOOCS, depuis que j’ai découvert la plate-forme FUN au moment de son ouverture. j’en ai suivi une trentaine à ce jour et j’ai plus de 20 attestations, les autres étant des MOOCS qui ne délivraient pas d’attestation ou uniquement des certificats payants. Etant retraitée, j’ai le temps de m’y consacrer.
    Pour cette seconde année de FUN, je trouve qu’il y a un progrès dans la conception des MOOCS. J’ai suivi deux MOOCS d’ Astronomie « ExplorUnivers » et « Gravité », remarquablement bien faits. Le MOOC « Gravité » redouble d’inventions pédagogiques et métaphoriques pour faire comprendre un contenu en soi ardu. Accompagné d’une musique qui semble avoir été créée pour le MOOC, il n’est jamais ennuyeux. Je citerais aussi le MOOC « Les chansons des Troubadours », avec des vidéos filmées dans les lieux historiques, au bord de la Garonne, dans une ancienne abbaye…, ainsi que le MOOC sur la respiration dispensé sur Edx par l’Université de Louvain. Il est obligatoire en tant que classe inversée pour les étudiants de seconde année de Médecine de cette Université, et son public va bien au-delà. Le jeune médecin professeur est très impliqué ainsi que toute l’équipe pédagogique, il a redoublé d’inventions pour faire passer les connaissances, et ils sont très à l’écoute sur le forum.
    J’ai constaté qu’il existe des enseignants très motivés et même passionnés semble-t-il, par cette nouvelle formule de transmission des savoirs.

  9. Chantal E.

    Par contre, je me pose des questions sur le projet de l’Université de Droit Assas qui, pour leurs MOOCS sur FUN, veut délivrer à côté de l’Attestation gratuite une Certification payante, comme Coursera et Edx, mais qui toutefois n’aurait aucune valeur académique et n’ouvrirait pas de crédits ECTS dans un cursus. Je ne vois pas trop ce que ce Certificat apporterait de plus, sinon faire payer 60 à 90 € aux apprenants.
    Comme ils ont demandé l’avis des apprenants, je vous transmets ici la réponse que j’ai faite sur le forum du MOOC. Qu’en pensez-vous ?

    « A l’heure actuelle, j’ai 20 attestations de suivi de MOOCS, dont 6 en Droit. Si je payais 60 € pour chacune, j’arrive à 1200 €, 1800 € si c’est 90 €, 360 ou 540 € pour le Droit.
    La Certification, à partir du moment où elle ne donne pas de crédits, est très peu différente de l’Attestation, elle n’a pas plus de valeur académique et n’est pas un diplôme, ni même une partie de diplôme. Sur l’Attestation, il y a la mention de l’Université qui a délivré le MOOC, le titre du cours, le nom du ou des professeurs. Et FUN, c’est l’Université, France Université Numérique.
    L’Attestation est nominative, le nom de l’apprenant est écrit en grosses lettres, la différence, c’est qu’il est écrit en petites lettres en bas que l’identité n’a pas été vérifiée. La Certification prouve à coup sûr (est-ce si sûr ?) que c’est bien vous qui avez suivi le MOOC et elle est délivrée par l’Université et non par FUN.
    D’ailleurs je me pose une question : est-ce que l’examen sera organisé sur FUN ou sur la plate-forme numérique de l’Université d’Assas ?
    Je pourrais être intéressée par une Certification dans le cas où je voudrais m’engager dans un cursus d’études et qu’elle me donnerait des équivalences. Mais même dans ce cas, ce n’est pas certain. L’inscription sur la plate-forme numérique d’Assas pour une Licence en ligne coûte 500 € pour deux ans, plus les frais d’inscription annuels. Dans ce cas-là, je paierais deux fois et je n’en vois pas l’utilité.
    Les Certifications payantes se pratiquent sur les plate-formes anglo-saxonnes Coursera et Edx. Ce sont des organismes privés, ce que n’est pas l’Université française, et FUN dispose de crédits spécifiquement alloués pour les MOOCS, même si je pense qu’une partie du coût doit revenir à l’Université, qui en tire d’autres avantages en terme de visibilité et de notoriété. Et il est vrai que les Universités doivent payer des droits d’entrée élevés sur ces plate-formes privées pour y introduire un MOOC.
    Le paiement de cette Certification pourra-t-il être pris en charge par la Formation Continue ? Outre qu’il faut à l’organisme formateur les agréments nécessaires, être reconnu comme organisme de Formation Continue, ce que je ne pense pas être le cas de FUN, la demande à l’employeur doit souvent être faite de longs mois à l’avance et inscrite au Plan de Formation. Dans ce cadre-là, une Certification peut se concevoir, comme un complément de formation sur un point particulier.
    Personnellement, je suis très réservée sur le principe, je pense que la meilleure façon de faire valoir des compétences, c’est une formation diplômante ou une validation des acquis, et que la multiplication de certifications très parcellaires est un risque.
    Ce n’est pas parce que j’ai des attestations ou des certifications de MOOCS que je suis compétente pour un emploi dans le domaine juridique.
    Par ailleurs je m’interroge sur le fait que l’Université d’Assas soit la seule parmi celles qui proposent des MOOCS sur FUN à mettre en place une certification payante ».

  10. La vitesse des passionnés et celle des institutions n’est pas la même Mathieu ;-) . Faire mûrir des environnements en profondeur prend du temps. .. et pourtant, même si c’est imparfait, j’entend, en quantité, des questionnements aujourd’hui (mon terrain de jeu à moi, c’est l’entreprise) qui auraient été inenvisageables il y a quelques mois… Par rapport à d’autres thématiques je constate au contraire que cela va relativement vite à l’échelle des mouvements habituels de ces lieux. ..
    Parfait ou imparfait, cela s’inscrit dans la dynamique plus vaste de la digitalisation, de l’utilisation par tout un chacun de l’espace d’expression que sont les réseaux sociaux, et ça, ça fait changer les lieux ..
    Les MOOC bénéficient et influent sur ce contexte. ..

    • matthieu-cisel

      J’ai du mal à voir ce qui se passe concrètement en ce moment dans le monde de l’entreprise … Les questionnements, je ne doute pas qu’ils y soient. Là où je m’interroge, c’est à quel point cela va faire bouger les lignes … On verra bien, mais je reste circonspect …

  11. Fabien LAMORT

    Comme Matthieu je rêve de MOOC en mode constructiviste et les connectivistes sont sur ce mode… en fait plus que les MOOC c’est la philosophie de la connaissance qui irrigue l’enseignement supérieur et l’épistémologie inhérente à la recherche qui est la clé… sur un mode cartesiano-positiviste-béhavioriste, un MOOC ne changera pas grand-chose… en revanche, utiliser l’Education Technology et notamment les MOOC pour diffuser, développer un mode constructiviste et socio-constructiviste des modes d’apprentissage, une autre philosophie de la connaissance et de la recherche… Elle est là la révolution… Dans une économie de la connaissance, sous l’emprise de la révolution numérique source de création permanente de technologie disruptive, rester dans une démarche cartesiano-positiviste-béhavioriste c’est hypothéquer l’avenir d’une société… Et les apprenants ne sont pas toujours « habitués » à penser par eux-mêmes… mais quand ils ont pris le goût… ce n’est pas sans conséquence politique en même temps… mais là je m’emporte et je dis probablement n’importe quoi (j’entends déjà certains le dire…)

    • matthieu-cisel

      Penser par son-même, c’est le métier du chercheur … Je pense que c’est incompatible avec une éducation purement behavioriste et objectiviste. Le métier de chercheur c’est de questionner la réalité, les discours. Ce n’est pas en leur faisant avaler sans discuter des connaissances qu’on les formera à ça, en effet …

  12. Si je résume la désillusion : universités et apprenants ne sont pas à la hauteur des espoirs de la « Révolution Mooc ». Et les révolutionnaires, leur suffit-il d’avoir rêvé…

    Et si tout simplement, la révolution revendiquée n’en était pas une ?

    Et si, moins confortable intellectuellement que la révolution, il s’agissait d’agir, là où l’on est, avec constance et persévérance pour faire évoluer et non révolutionner ?

    Et si, pour ce faire, il fallait que les « révolutionnaires » réexaminent sans concession, leurs erreurs ?

    Et si, alors, il leur fallait convenir de leur abus de langage et de leur incompréhension de la longue histoire de la mise à distance de la formation, et parfois de la pédagogie même…

    Et si, en conséquence, ils acceptaient de ne pas dialoguer qu’entre eux, mais également avec leurs ainés en formation à distance, en accessibilité, en innovation, en pédagogie, en autonomisation étayée et désétayée des apprenants…

    Et si, faisant, les uns et les autres collaboraient réellement, dans le monde concret, tel qu’il est…

    Et si, donc, ensemble, tous acceptaient d’engager les moocs sur le chemin de la maturité… (cf. « Défauts de jeunesse des moocs et propositions pour leur accès à la maturité » https://sites.google.com/site/jacquesrodet/Home/essai/defautsdejeunessedesmoocsetpropositionspourleuraccesalamaturite

    La révolution serait mort-née mais l’idéal vivrait et quelques promesses pourraient être tenues.

  13. A la lecture des commentaires on se rend compte que les MOOC ne sont pas vraiment adaptés à l’étudiant « type » qu’on trouve à l’université. Ils semblent davantage passionner l’enseignant qui prépare un cours ou le retraité en soif de découvrir.
    Camarade, la révolution MOCC semble être retombée.
    L’article suivant qui relate le bilan de l’expérience MOCC à l’UC est à prendre en compte :

  14. Si la révolution n’est pas là les réformes, elles, avancent lentement aux EU: http://fortune.com/2015/04/22/arizona-state-edx-moocs-online-education/
    http://www.news.gatech.edu/features/presidential-visit
    Comme la France à toujours du retard, peut-être que dans les mois qui viennent…

  15. Bernard Lemaire

    Évolutions et Révolutions…

    L’évolution de l’enseignement par les outils numériques commence certes plis ou moins silencieusement, mais à l’instar de bon nombre de révolutions, certains se réveilleront douloureusement et constateront qu’ils sont passés totalement à côté, j’en suis persuadé : cet article n’est ni plus ni moins que de la résistance « intellectuelle » à un mouvement en marche.

    Les Moocs n’en sont qu’à leurs débuts mais je suis certain qu’ils seront un des vecteurs puissants de l’éducation de « masse » en vulgarisant des enseignements encore trop « restreints » par un mode d’apprentissage classique. C’est d’ailleurs le pari que notre entreprise, Chronopost et notre groupe, DPDgroup a fait sur du long terme.

    Lorsque l’on voit les milliers d’étudiants qui travaillent à l’école 42 avec un enseignement numérique totalement hors des sentiers battus, on se rend vite compte de l’écart entre les générations et les attentes des nouvelles en matière d’éducation : les réflexes changent et le numérique va bouleverser ces derniers tout autant en matière éducative qu’il opère subrepticement dans notre manière de travailler et dans les desiderata de tous les consommateurs.

    Bref, je suis plus que convaincu et persuadé du besoin de développer cette forme d’enseignement, et du fait qu’il s’imposera de plus en plus à la lumière des besoins de chacun, de la vitesse des changements numériques et des nécessités des entreprises à s’adapter et à adapter les compétences de leurs Ressources Humaines.

    @bernardLMR

  16. Stéphane Potelle

    Et oui « MOOC » était le mot magique de l’ESR en 2014. Mot parasite ? Mathieu vous poser enfin la bonne question, celle de la pédagogie dont les MOOCS sont un outil et pas l’unique usage. Et la révolution pédagogique n’est pas advenue ? Quelle surprise.
    Comme toujours dans notre bonne vieille France on répond par un outil, un mot magique (MOOC, Numérique) et de la pensée magique à des problèmes qui relèvent des usages que les étudiants font de la pédagogie. Relisons le billet d’un de vos collègues blogueurs sur Educ-Pros: La frénésie MOOC, quand l’innovation est contre-révolutionnaire http://blog.educpros.fr/christophe-perales/2013/12/10/la-frenesie-mooc-quand-linnovation-est-contre-revolutionnaire/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>