Pourquoi le numérique éducatif aura toujours de l’avenir devant lui (du point de vue d’un ex-futur biologiste)

Est-ce que vous aviez remarqué ce MOOC sur la biodiversité piloté par l’UVED (l’Université Virtuelle Environnement et Développement Durable) ? C’est le second volet d’une série de 5 MOOC dédiés aux questions de développement durable. J’ai pu y retrouver un certain nombre d’enseignants rencontrés en amphi ou en stage. C’est un peu comme deux mondes qui se rencontrent pour moi. Du coup, je voulais en profiter pour faire un billet pour expliquer pourquoi le numérique pédagogique est un secteur d’avenir où tout est encore possible, du moins si l’on se place du point de vue d’un biologiste de la conservation.


FUN MOOC : Biodiversité par fr-universite-numerique

C’est bien connu, la biologie de la conservation est une discipline où il faut avoir les nerfs solides. Quand on s’engage dans cette voie, c’est souvent avec l’enthousiasme de la jeunesse et le sentiment d’être investi d’une mission divine. C’est avec l’espoir de contribuer à la « protection de la planète », à la sauvegarde des espèces menacées, tout ça tout ça, et rien ne semble vous décourager. Au début du moins. Car après seulement quelques mois de théorie et de pratique, vous commencez à comprendre qu’il y a un problème.

Tout d’abord, les espèces animales comme végétales ont la fâcheuse tendance à disparaître plus vite qu’elles n’apparaissent. Beaucoup plus vite. Et la plupart du temps, vous n’y pouvez rien. Cela se passe à des milliers de kilomètres de chez vous, et les facteurs naturels, économiques et sociaux en jeu ne sont certainement pas sous votre contrôle. Même si vous trouviez une solution géniale, il est souvent déjà trop tard ; le temps de la mettre en place, l’espèce est éteinte. Or quand le dauphin du Gange ou le rhinocéros blanc disparaissent, c’est pour toujours. Ce sont des milliards d’années d’évolution, perdues à jamais. Fini, caput. Vous aurez beau pleurer toutes les larmes de votre corps, rien n’y fera.

Alors on se dit tant pis, allons chercher midi à notre porte. Il y aussi en France des espèces menacées qui méritent toute notre attention. Par exemple, il fut un temps où je participais au Muséum National d’Histoire Naturelle à un programme de réintroduction d’une petite fleur menacée, la Sabline à Grandes Fleurs (Arenaria grandiflora). Après des croisements génétiques entre populations éloignées (pour éviter les problèmes de consanguinité), trois populations avaient été réintroduites dans trois sites distincts et faisaient l’objet d’un suivi annuel, suivi qui permit d’observer la disparition rapide de plusieurs populations. Mais l’avenir d’une espèce est parfois suspendu à un fil. Au cours d’une belle journée de printemps, un lapin entra dans un enclos d’Arenaria et becqueta une partie considérable de la population, que l’on retrouva sous forme de petites crottes rondes éparpillées un peu partout dans l’enclos.

Certes, il y eut des endroits où l’espèce survécut et l’expérimentation poursuivit son cours; il est fort probable que les populations restantes se soient stabilisées, mais là n’est pas la question. Ce que j’ai réalisé au cours de ce stage, c’est que vous pouvez passer votre vie à protéger une espèce, à travailler à sa réintroduction, à faire des études génétiques, des comptages réguliers, des colloques, des conférences publiques, des mobilisations. Et un beau jour un lapin passera et réduira à néant le travail d’une vie. Et si ce n’est pas un lapin, ce sera un été trop chaud. Et si ce n’est pas la canicule, ce sera une espèce invasive. C’est le genre de chose qui m’a fait prendre la mesure de la tristesse et du fatalisme qui empreignent ce combat pour la préservation de la biodiversité. Même s’il existe des alternatives à la conservation in situ – je crois beaucoup à la conservation ex situ – c’est un combat sans fin, et qui in fine est probablement voué à l’échec. Or jouer les Cassandre à longueur de journée, ça fatigue. Vous vous réveillez un matin, et vous vous dites que vous voulez travailler dans un domaine où les choses vont s’améliorant, ou au moins potentiellement.

Et c’est ça qu’il y a de génial avec l’éducation. C’est qu’aussi désespérée la situation soit-elle, cela ne peut aller que pour le mieux. J’ai envie de dire, c’est un domaine où les dysfonctionnements et l’anosognosie institutionnelle  (l’incapacité à prendre la mesure de ses propres dysfonctionnements) sont presque une bénédiction.  Pourquoi ? Parce que cela veut dire que toute alternative un peu sérieuse que vous proposerez ouvrira potentiellement la voie à une amélioration notable de la situation. Il y a tant à faire sur les questions d’éducation, en particulier dans le domaine numérique, qu’on finit par en avoir le vertige. Et l’éducation, c’est aussi une question d’information (mais pas seulement, je sais). Or ce qu’il y a de génial avec l’information, en particulier quand elle est digitalisée, c’est qu’elle se réplique à l’infini. Elle peut survivre des siècles, des millénaires, sans la moindre altération. Elle peut atteindre l’autre bout de la planète en un instant.

Ah, cette massification de l’information, c’est une porte ouverte à toutes les fenêtres. C’est l’exact inverse d’une espèce menacée qui met un temps fou pour produire le moindre rejeton et qui finit par disparaître au premier coup de chaud. Quand je me dis que les choses ne bougent pas assez vite dans le domaine du numérique éducatif, je pense à la conservation de la biodiversité, et tout de suite ça va mieux. C’est la raison pour laquelle le succès en demi-teinte des MOOC n’a au final pas ébranlé ma foi dans le numérique pédagogique. Peu importe les échecs, peu importe la lenteur avec laquelle nous avançons, au moins, on avance. Et même si cela ne garantit en rien le fait que les choses vont s’améliorer, il demeure certain que le champ des possibles restera toujours ouvert. Et c’est un incorrigible pessimiste qui vous le dit.

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