Retour sur les fameux « faibles taux de complétion des MOOC »

http://www.dreamstime.com/stock-photo-3d-small-people-complicated-question-image19385560La quatrième et dernière itération du MOOC « Monter un MOOC de A à Z » vient d’être lancée ce matin. Il y a un peu plus de 1900 inscrits, et une petite quarantaine de projets a déjà été proposée sur Ideascale. C’est une formidable occasion de procrastiner (un peu) dans mon travail de rédaction et de recherche de post-doctorat. En attendant, je poursuis tout de même mon travail de rédaction en parallèle. En gros, l’axe principal demeure la critique de l’usage indiscriminé des indicateurs de performance. Dans la première partie, j’adopte une approche quantitative basée sur les traces d’apprentissage pour montrer qu’il est relativement délicat de comparer les cours les uns aux autres si l’on ne sait pas précisément ce que l’on mesure. Naturellement un des chapitres est dédié aux taux de complétion. Aujourd’hui, je vous présente dans un court billet la manière dont je souhaiterais présenter ce chapitre. N’hésitez pas à critiquer ou à suggérer des approches alternatives (et excusez-moi si je maintiens les nounouiements inhérents à ce style rédactionnel).

« La question du décrochage s’est immiscée rapidement dans le débat sur les MOOC, aussi bien dans les médias que dans les discours institutionnels, contribuant à polariser les réflexions entre les pro et les anti-MOOC. La proportion des inscrits obtenant l’éventuel certificat, autrement appelée taux de complétion, varie en effet entre quelques dixièmes de pourcent  et environ 30% (Gestion de projet) ; elle ne dépasse que rarement la barre de 10%. [Là, ne vous inquiétez pas, j’appuierai mes propos avec des statistiques solides]

  Sebastian Thrun, l’une des figures parmi les plus prestigieuses du mouvement MOOC, a contribué à alimenter cette polémique en qualifiant de “ lousy product” les MOOC qu’il avait conçus sur la base des taux d’attrition observés à l’un des cours de sa plate-forme, Udacity. On comprend aisément qu’au vu des investissements consentis pour la création de MOOC, les taux de complétion aient constitué un indicateur de choix pour mesurer le succès d’un MOOC. Bien que relativement facile à calculer et à appréhender, son usage indiscriminé soulève néanmoins un certain nombre de questions d’une part sur les intentions des personnes qui s’inscrivent et d’autre part sur la valeur à accorder à ces inscriptions.

Dans quelle mesure s’inscrire à un cours correspond-t-elle à une volonté de le suivre jusqu’à son terme ? On ne peut exclure la possibilité que certains ne s’inscrivent que pour avoir la possibilité de visionner quelques vidéos et pas davantage, pour pouvoir télécharger quelques ressources, ou pour toute autre raison n’impliquant pas nécessairement la volonté d’obtenir le précieux certificat. Il nous faut donc repenser le mode de calcul des taux de complétion au prisme de l’intentionnalité et des comportements effectifs des inscrits.

Le deuxième aspect de la réflexion sur les taux de complétion portera sur la valeur des certificats eux-mêmes. Les certificats de MOOC ne sont à ce jour associés à des crédits ECTS qu’à titre exceptionnel. Il n’y a par conséquent pour le moment aucune règle explicite à même de contraindre les conditions de leur délivrance. L’investissement nécessaire pour les obtenir peut donc varier considérablement d’un cours à l’autre, tant en termes de volume horaire qu’en termes de degré d’exigence des activités requises.

Nous nous pencherons sur les positions des concepteurs vis-à-vis des taux de complétion d’une part et de la valeur des certificats qu’ils délivrent d’autre part. Dans quelle mesure cherchent-ils à maximiser les taux de complétion, à lutter contre les différentes formes de décrochage, et dans quelle mesure estiment-ils que c’est un paramètre qui n’est pas sous leur contrôle et/ou dont ils ne sont pas comptables ? Dans quelle mesure considèrent-ils que leur certificat valide des acquis, dans quelle mesure estiment-ils que leur rôle premier est de contribuer à la motivation d’aller jusqu’au bout de la formation ? »

Bon, on pourra dire tout ce qu’on veut sur les taux de complétion, une approche un peu documentée et scientifique de la question n’est pas de trop, et même si c’est un peu tarte à la crème comme sujet, je n’ai absolument aucun scrupule à y dédier une cinquantaine de pages. Je ferai pareil avec des variables dont on parle moins (volume d’interactions, consultation des ressources, etc).

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