Livementor, le tutorat en ligne et les MOOC

Connaissez-vous Livementor, la plate-forme de tutorat en ligne ? J’ai rencontré son fondateur Alexandre Dana il y a maintenant quatre ans de cela. C’était au CRI, le Centre de Recherches Interdisciplinaires dirigé par François Taddei. Nous faisions l’un comme l’autre nos premières présentations de nos projets respectifs. Quatre plus tard, ils ont vu le jour, chacun à leur manière; le mien s’est transformé en thèse sur les MOOC, le sien est devenu une startup, parmi les leaders français du tutorat en ligne. De temps à autres nous discutons d’apprentissage en ligne, et au cours d’un échange de mails récent, il me confiait avoir affaire à un public nouveau, les apprenants de MOOC. Ma curiosité ayant été piquée au vif, je me suis dit que cela méritait bien un petit article sur le sujet.

Alexandre, tu viens de lever 900.000 euros pour ta startup Livementor, peux-tu rappeler brièvement pour les lecteurs du blog le principe qui sous-tend ton entreprise de tutorat en ligne ?

LiveMentor est effectivement un service de tutorat en ligne qui permet à l’élève :

  • de ne plus se déplacer
  • d’accéder à un excellent mentor où qu’il soit
  • d’être aidé à tout moment

Ce projet est né de mon expérience. J’ai commencé à donner des cours particuliers en ligne il y a 3 ans. Trouvant l’expérience meilleure qu’un cours particulier traditionnel à domicile, j’ai décidé de créer un site mettant en relation élèves et mentors, dans le plus grand nombre de matières.

L’élève choisit son mentor grâce à un moteur de recherche avancé  (prix, nombre d’avis, genre du mentor, etc..). Le tutorat se déroule sur une interface de chat vidéo avec prise de note à deux, partage d’écran et un maximum d’interaction. Le service LiveMentor est sans frais d’inscription ni engagement obligatoire, l’élève paie à la carte, libre du rythme de son apprentissage ! Cette liberté marque une vraie rupture avec l’école publique, mais aussi avec le soutien scolaire classique où l’élève doit s’engager obligatoirement sur un forfait de plusieurs mois.

Peux-tu m’en dire plus sur le public qui utilise Livementor, tant du point de vue qualitatif que quantitatif ? Par exemple, quel est le profil d’un tuteur-type et d’un apprenant-type ?

Le tuteur-type est un étudiant en Grande Ecoles ou à l’Université. Les premiers utilisateurs de LiveMentor sont des collégiens et lycéens. Si on rajoute les élèves du supérieur (classes préparatoires, universités), on arrive à 80% des utilisateurs de LiveMentor. D’un point de vue qualitatif, la diversité est très forte. Nous aidons aussi bien des élèves en décrochage scolaire, voire non scolarisés, que des élèves habitués des très bons bulletins scolaires. La possibilité de prendre un cours à la carte change radicalement la perception de l’apprentissage. LiveMentor séduit des élèves qui n’ont pas de difficultés particulières à l’école, mais désirent échanger avec un expert dans une matière précise. Ou alors apprendre une discipline non enseignée dans l’établissement scolaire.

Mais ce public laisse une place de plus en plus grande à un nouveau type d’utilisateur : les élèves adultes !

Tu me disais récemment que depuis la rentrée, un nouveau type d’utilisateur avait fait son apparition sur ton service : des apprenants issus de MOOC, comme Coursera ou Udacity. Peux-tu m’en dire plus sur le sujet ?

Effectivement, nous avons vu apparaître depuis l’été dernier un nouveau type d’utilisateur : les élèves adultes issus de MOOCs. Aujourd’hui, ils représentent 20% de nos utilisateurs : c’est une forte progression ! Nous avons interrogé ces utilisateurs pour comprendre leurs motivations. Nous avons discerné les motivations suivantes :

  • L’envie d’aller au bout du MOOC : le taux de complétion moyen des MOOCs est terriblement faible (autour de 6%). Ces apprenants sont souvent les plus impliqués de leur promotion. Ils désirent passer le certificat diplômant à la fin du MOOC et ont besoin d’un mentor pour les guider. Ils vont sur LiveMentor, choisissent un mentor et lui demandent de l’aide chaque semaine
  • Le besoin de parler à un humain : on le sait, les MOOCs ont beaucoup travaillé pour maximiser l’interaction de pair à pair. De grands progrès ont été effectués dans le domaine grâce à l’évaluation par les pairs ou l’utilisation des groupes Facebook et LinkedIn. Mais pour les apprenants qui se dirigent vers LiveMentor, les MOOCs ressemblent encore trop souvent à des bibliothèques d’Alexandrie vides
  • La poursuite de l’apprentissage post-MOOC : la moitié de nos apprenants adultes ont fini leur MOOC et désirent aller plus loin. Le mentor prend alors le relais et accompagne l’apprenant dans son objectif personnel : sortir sa première application iPhone sur l’Apple Store, devenir parfaitement bilingue, créer un nouveau template Excel pour leur entreprise

La magie du cours en ligne interactif est alors triple. Elle supprime toute distance géographique. Offre des outils pour maximiser l’interaction (visioconférence, partage d’écran, prise de notes à deux). Et permet à chaque élève de se créer son propre cursus personnalisé, au-delà des rigidités des institutions traditionnelles. Arrêtons donc de segmenter cours à distance et les cours en physique pour mieux distinguer les cours interactifs des cours où l’on s’endort !

Une dernière question pour conclure : vers quelle direction penses-tu faire évoluer LiveMentor au cours des années à venir ? Disons, d’ici 3 ans. 

Nous sommes assez certains que dans 3 ans, la majorité de nos utilisateurs seront des élèves adultes. Il y a une tendance de fond : la prise de pouvoir sur l’éducation. Les apprenants des MOOCs ne cessent de le répéter : ils veulent décider des modalités de leur éducation et apprendre tout au long de leur vie. Nous voulons adapter LiveMentor pour parfaitement coller aux besoins de ces apprenants.

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14 Comments

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14 Responses to Livementor, le tutorat en ligne et les MOOC

  1. Bonjour Mathieu,

    Je trouve cet article particulièrement édifiant sur ce qui se passe et risque de se développer. Les initiateurs de moocs ne proposant pas ou très peu de service d’accompagnement le champ est libre pour des initiatives privées sur lesquelles ils auront peu de contrôle. Philippe Meirieu avait interpellé, il y a trois ans, l’assistance des JEL de Lyon sur le fait que si les acteurs institutionnels ne s’y mettaient pas, la porte serait grande ouverte aux marchands. Nous y sommes !

    En effet, après le marché lucratif du soutien scolaire, c’est au tour de la formation professionnelle et des formations plus informelles comme les moocs de voir débarquer ces nouveaux acteurs.

    Pour ma part, je maintiens qu’il est nécessaire que les initiateurs de digital learning, qu’elle que soit leur forme, ne se dégagent pas de leurs responsabilité en matière de tutorat. C’est à eux que sont versés les droits d’inscription et cela les engage à mettre en œuvre un certain nombre de moyens. Ce n’est qu’à cette condition que la promesse de l’accessibilité, qui n’est jamais réductible à la seule gratuité (cf. http://www.jrodet.fr/tad/tutorales/tutorales13.pdf) pourra être tenue.

    Cordialement,
    Jacques

    • eric

      Mais jacques c’est le cas.
      Prenez le cas d’OpenClassrooms.com, le tutorat est déjà proposé sur un grand nombre de MOOC.

      Apres toutes les plateformes ne le font pas.

      cordialement

      Eric

      • Oui Eric mais tu m’accorderas que le nombre d’apprenants qui bénéficient d’un tutorat qui ne se limite pas à une hot line ne représente qu’un tout petit pourcentage des inscrits, en tous les cas bien moindre que le nombre d’apprenants qui pourraient bénéficier utilement d’un tutorat.

        • matthieu-cisel

          Ce que je ne comprends pas dans ton propos Jacques c’est l’utilisation péjorative du terme marchand. Aux dernière nouvelles, le périscolaire est un marché, très largement dominé par des boîtes privées comme Acadomia et par du marché noir, mais où l’état est inexistant ou presque. En ce sens, les startups comme Livementor ne viennent pas marcher sur les plates-bandes de l’université ou de l’Etat en général, mais sur celles de grosses boîtes comme Acadomia (financées en grande partie par le contribuable via le crédit d’impôt). Les startups sont complètement nécessaires en éducation pour fournir des services qui ne peuvent être fournis par le public. Il est à mon sens déplacé d’utiliser le terme « marchand » si on l’entend de manière péjorative (ce qu’il me semble que tu fais dans ton commentaire). Heureusement que les startups trouvent des revenus (et pas toujours) en se basant sur leur service, sinon elles n’existeraient pas bien longtemps. C’est un peu caricatural de dire qu’il y a le « gentil » service public et les « méchants » marchands du secteur privé. Par ailleurs, cela ne fait pas partie des moyens ni des objectifs des concepteurs de MOOC que de fournir du tutorat aux inscrits. Tant mieux si des startups développent le service. Un MOOC n’est pas une formation à distance traditionnelle où l’on peut se permettre de fournir à tous l’accompagnement dont il a besoin.

          • Matthieu,

            « Les startups sont complètement nécessaires en éducation pour fournir des services qui ne peuvent être fournis par le public. »

            C’est bien ça le hic que le public se décharge sur le privé.

            « cela ne fait pas partie des moyens ni des objectifs des concepteurs de MOOC que de fournir du tutorat aux inscrits. »

            re hic

          • matthieu-cisel

            C’est marrant cette histoire de se décharger. Le public n’a pas les compétences pour fournir tous les services de l’éducation. Il n’est pas outillé dans sa structure pour réaliser des produits de qualité industrielle car ce n’est pas sa fonction. Est-ce qu’on va considérer que c’est un hic si on se décharge sur le privé pour fabriquer des ampoules, des tables, des ordinateurs, des projecteurs ou est-ce qu’il faut considérer que c’est le rôle du public de produire tout ce qui entre dans le système de formation ? L’ordinateur made in Education Nationale, je l’attends avec impatience…. Bah quelque part c’est un peu pareil pour les outils numériques. On n’est pas compétents dans tout dans le public et il faut savoir où est la place de chacun. Après il faut pas que le privé s’attribue des rôles dévolus au public. L’appropriation de la conception des parcours de formation par la startup Knewton spécialisée dans l’apprentissage adaptatif est par exemple un problème à mes yeux. Mais dans le cas de Livementor on n’est clairement pas dans un cas comme celui-ci.

            Et pourquoi diantre serait-ce un hic que l’on ne fournisse pas gratuitement un tutorat à potentiellement des milliers d’apprenants ? On se décarcasse bien assez gratuitement, suggères-tu qu’on abandonne notre activité de recherche (qui fait notre carrière) pour être au petit soin d’apprenants qui ne paient pas un kopec et qui très souvent font ça juste pour le plaisir ou j’aurais mal compris ?

    • DIALLO DIERI

      Le E -mentoring est en effet une composante de l’offre du
      digital learning (au même titre que les MOOC d’ailleurs !) qui présente de grands potentiels.–1) La valorisation du capital humain des seniors qui pourraient encadrer les jeunes salariés au sein de l’entreprise (mentoring inter-générationnel),–2) des salariés qui ont acquis une expertise solide dans un domaine et qui pourraient encadrer leurs collègues d’autres services ou sites géographiques(mentoring intra-entreprise)–3) ou simplement des personnes qui y trouveront un moyen de monétiser leur capital humain de la même manière que d’autres le font sur Blablacar avec les places libres de leur véhicule .Ce sont autant de champs de développement dont les plates-formes de E-mentoring pourront se saisir à condition, d’avoir une approche qui consiste à réveiller le besoin latent de mentorat.Ce dernier est loin d’être négligeable sur le marché de l’acquisition et de la transmission des connaissances qui,est entrain d’être radicalement transformé par le numérique.
      LinkedIn: https://fr.linkedin.com/in/mamadoudiallodieri
      Twitter: https://twitter.com/di_diery

  2. Bonjour Jacques,

    J’ai du mal à vous suivre. Préférez vous que les MOOCs augmentent très fortement leurs droits d’inscription pour financer un service de tutorat interne , au lieu d’externaliser ? Si oui, pourquoi ?

    Cordialement,
    Alexandre

    • La gratuité comme modèle économique a ses limites, précisément en matière de soutien permettant aux apprenants de réussir dans l’atteinte de leurs objectifs.

      Déléguer cela à des marchands externes revient à abdiquer toute ambition pédagogique et à se transformer en simple distributeur de ressources.

  3. Lucas

    Je ne connaissais pas du tout cette plate-forme.
    Merci du partage Matthieu 🙂

  4. Pierrick Briand

    Bonjour,

    Je suis moi aussi bien sceptique quand aux pratiques pédagogiques et stratégies de support à l’apprentissage employées, quand je lis « Le tuteur-type est un étudiant en Grande Ecoles ou à l’Université… » je m’interroge alors beaucoup sur : la capacité de ces « formateurs en herbe » à jalonner le parcours et évaluer les connaissances de l’apprenant, le périmètre de l’ingénierie pédagogique proposé, le traitement des informations sur les contenus dispensés, les composantes cognitives et métacognitive de l’apprenant, etc..

    L’ingénierie pédagogique et tutorale ne s’improvisent pas en la matière il serait préférable de parler de soutien scolaire par des pairs. Je me forme à l’ingénierie de dispositif de formation e-learning et la notion de tutorat est justement enseignée par Jacques, je précise aussi que cette formation complète un parcours de 10 ans d’enseignant en formation initiale et continue. A mon humble avis, pour apporter la preuve de la promesse « Livementor, la plate-forme de tutorat en ligne » je crains fort que – sans formation spécifique des tuteurs associés à ce projet sur ce dispositif – la promesse ne se transforme en miroir aux alouettes.

    • matthieu-cisel

      Bonjour Pierrick,
      cela fait près de deux siècles que les élèves des Grandes Ecoles sont des mentors pour des élèves de lycées ou pour des aspirants à ces Grandes Ecoles. Cette pratique est renouvelée par le numérique, mais n’a certainement pas attendu que se développe l’ingénierie pédagogique. Ils ont réussi le concours, c’est qu’a priori ils avaient compris ce qu’il fallait comprendre pour le réussir. J’ai enseigné sur ce modèle, et je pense qu’il est tout à fait pertinent. Cela s’apparente plus ou moins à du tutorat par les pairs. Après, leur pédagogie, c’est une autre chose, mais je doute que toute la théorie que tu évoques leur soit d’une grande utilité sur le terrain. L’expertise sur les contenus et les programmes est plus importante compte tenu du fonctionnement des concours que toute les théories pédagogiques du monde. Et je dis ça en grand défenseur de l’apprentissage de la didactique et des théories de l’apprentissage, bref, de toutes les théories que tu évoques. Mais les enseignants sont-ils eux même formés à tous ces éléments ? Si on pousse ton raisonnement, il faut retirer leur droit d’enseigner à tous les certifiés et tous les agrégés… Pourquoi pas, mais pas sûr que tout le monde adhère …

      PSS: Ce que l’on n’a pas dit dans l’article, c’est que les tuteurs sont triés sur le volet pour leur sérieux.

      • yves

        Bonjour,
        … oui triés sur le volet digital par l’organisation du site sans doute, j’ajouterai que la « sagesse de la multitude » à travers les avis et commentaires des élèves -les « apprenants » – fera vite la différence comme pour chaque offre de service numérique. « Nos mentors sont notés et évalués par leurs élèves à la fin de chaque cours » dit une phrase de la première page su site. Chacun pourra(it) de cette manière, en plus que du contact direct -cessions live- choisir la compétence qu’il recherche et en plus estimer une affinité personnelle qui participe à la qualité de l’échange élève-maitre. J’entends déjà les objections (partialité, délit de faciès, marketing relationnel, uberisation de la formation… ) qu’on opposera à la longue connaissance de la science pédagogique institutionnelle. Brr, tous ceux qui usent du mentorat / tutorat depuis longtemps (dirigeants politiques et économiques, sportifs…-) choisissent avec ces arguments. Quelle cursus de formation officiel le permet ? Au mieux, si on a les moyens, on choisi son école, son campus (pour le nom sur le futur CV, le réseau des anciens autant que pour l’offre des cursus disponibles et les prestigieux enseignants (cf la guerre planétaire des classements des écoles et universités afin de séduire les meilleurs étudiants) et on s’adapte pour le reste. Savoir faire, savoir être, savoir apprendre… C’est regrettable pour tous ceux qui manquent de sociabilité malgré leurs énormes connaissances et leurs collection de diplômes, mais à quoi sert tout cela sans l’envie et les moyens de les partager ?

  5. Merci pour cette article je ne connaissais pas cette plateforme.

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