Un MOOC pour mieux comprendre la Chine

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un MOOC lancé aujourd’hui-même sur FUN par l’Institut Cathologique de Paris: Géopolitique de la Chine Contemporaine de Emmanuel Lincot. Dans le cadre des recherches du laboratoire STEF, nous réalisons un certain nombre d’entretiens avec des concepteurs de MOOC. Dans ce contexte, nous nous intéressons aux publics ciblés par les concepteurs, aux motivations sous-tendant le projet, etc. Voici quelques extraits d’entretiens réalisés avec Emmanuel Lincot, et Sébastien Bélanger, designer pédagogique de l’Atelier du numérique.

Comme à l’accoutumée, il n’y a rarement qu’une seule motivation pour créer un MOOC, et l’expérimentation du format est l’une des plus récurrentes :

« À titre personnel, parce que c’était un outil nouveau et moi, j’aime bien expérimenter de nouvelles choses, parce qu’on sort de la routine classique, pédagogique. Parce qu’aussi, je me mets à la place de quelqu’un qui est au fin fond de la province ou au fin fond de l’Afrique ou au fin fond de la Chine. Là, on a déjà des statistiques que 40 % des followers de ce MOOC qui s’inscrivent sont des étrangers et beaucoup viennent de Chine. Il y a beaucoup de Chinois francophones manifestement qui s’inscrivent. Ça, c’est hyper intéressant. C’est une façon d’accéder à une information et à une formation à laquelle ils n’ont pas droit pour des raisons politiques, parce que c’est censuré ou parce que c’est compliqué, parce que la formation est loin, etc. Il y a quelque chose de très important là-dedans, dans cette démarche-là. D’un point de vue de l’institution, il y a beaucoup de gens, ici à l’ICP, qui ignorent encore qu’en fait il y a une tradition sinologique très, très forte et très ancienne à l’ICP. Longtemps, et d’ailleurs aujourd’hui encore, je suis le seul spécialiste de la Chine. Le MOOC, j’ose l’espérer, va permettre aussi aux gens de redécouvrir un passé qui était celui de très grands noms de la sinologie française, qui ont travaillé ici à l’ICP jusqu’au début des années 1980. »

Les auteurs visent naturellement le grand public, stratégie la plus adaptée si l’on souhaite toucher l’audience la plus vaste possible, et toucher au-delà du public traditionnel de l’ICP.

« La priorité était de considérer que c’est un MOOC tout public. On aurait pu faire quelque chose de plus restreint, je ne sais même pas comment on s’y serait pris d’ailleurs, mais on n’avait pas envisagé ça. Dès le départ, on s’est dit « ça va être pour le grand nombre ». »

« C’est aussi une volonté de l’institution en créant l’atelier du numérique et en développant les MOOC, c’est une démarche pour aller aussi au-delà de nos étudiants. C’est une ouverture sur le monde et à l’international et le MOOC s’adresse quand même à des cadres, des dirigeants d’entreprise qui travaillent avec la Chine, en premier lieu. »

En revanche, le fait de viser le grand public n’implique pas nécessairement qu’il y ait une volonté de vulgariser la discipline :

« Le MOOC c’est pas non plus une vulgarisation d’un savoir, sur ça on insiste bien. On passe certes de 30 heures environ d’un cours qui existe à l’origine, qui s’intitule « Politique extérieure de la Chine », et là on passe à trois heures mais ce n’est pas une déperdition d’énergie dans la formation, etc.. C’est au contraire un énorme travail pour synthétiser et rendre intelligible la chose. Il y a pour moi cette expérience en amont. […] Le MOOC, pour moi, il est vraiment intéressant là. On est dans une forme qui est une espèce de forme hybride entre le cours universitaire et le film scénarisé. »

A cet égard, il n’est guère surprenant que les auteurs fassent le parallèle avec l’émission « Le dessous des cartes » :

« Comment on peut faire ça ? Essayons de penser ce MOOC comme une espèce de série documentaire, un petite série documentaire, de petits films, un petit peu comme le dessous des cartes par exemple, avec des cartes qui viennent, qu’on va illustrer dans lesquelles on va zoomer, dans lesquelles on va peut-être faire de petites animations. Essayer de ne pas trop abuser des titrages, par exemple. » […] Le dessous des cartes, je pense que c’est une émission très, très importante, moi le premier, pour tout ce qui a trait à la géopolitique, je pense vraiment que c’est une émission de référence. Mais avec quelque chose de nouveau pour le MOOC, c’est que le dessous des cartes, c’est un format de 22 minutes et là, on passe à 5 minutes. Mais le principe, grosso modo, est le même. »

Bref, je vous invite vivement à découvrir ce cours, qui m’évoque dans une large mesure le ChinaX de Harvard ! Bon courage aux futurs MOOCeurs …

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