Comment aborder la question de l’hybridation des MOOC ?

http://www.dreamstime.com/stock-photo-holder-master-s-degree-image11200570Quatre ans après le début de l’engouement médiatique qui a entouré l’essor du phénomène MOOC, on ne peut qu’être frappé par l’écart abyssal qui s’est creusé entre d’une part les prédictions relatives à l’impact que les MOOC étaient supposés avoir sur le système éducatif et d’autre part la réalité de cet impact. Certains redoutaient un nouveau pas vers l’automatisation et l’industrialisation de l’enseignement supérieur, les nouvelles « usines à diplôme » que décrit Noble (1998). D’autres voyaient dans l’intégration des MOOC dans les cursus le début de la fin du métier d’enseignant tel qu’on le connaît (Lucas 2013, Godwin-Jones 2014, Mirrlees & Alvi 2014, O’Connor 2014, Vardi 2012). Si le débat public a pris moins d’ampleur en France, les questions qui se posèrent dans l’Hexagone furent sensiblement les mêmes que celles qui se posèrent à l’échelle planétaire : discussion sur le caractère innovant des MOOC (Boullier 2014, Charlier 2014, Mangenot, 2014), sur leurs modèles pédagogiques et économiques (Depover, 2014), sur l’impact qu’ils auraient sur l’enseignement supérieur (Landry, 2014).

D’aucuns prédisaient un schisme à moyen terme entre établissements producteurs de MOOC, et établissement consommateurs qui intégreraient les formations des premiers dans leur offre de cours (Barber, Donnelly, & Rizvi, 2013). Au final et comme l’on pouvait raisonnablement s’y attendre, rien de tout cela n’est arrivé ; aucun élément tangible ne semble indiquer que les MOOC aient été à l’origine d’un bouleversement majeur de l’enseignement supérieur. Cela signifie-t-il qu’ils aient échoué à pénétrer le monde de l’enseignement supérieur ? Difficile à dire, car si l’on a une idée approximative de l’investissement consenti pour leur conception, si l’on connaît approximativement les statistiques d’inscrits et de certifiés, on ne sait en revanche que bien peu de choses quant à l’utilisation de MOOC au sein de la formation initiale.

Ce constat nous amène à une première question. Quelle est l’ampleur prise par le phénomène d’hybridation des MOOC, et quelles sont les modalités de cette hybridation éventuelle ? Cette question s’inscrit dans la tradition des études des usages des technologies dans le système de formation dont Cuban (1986) est l’un des représentants les plus emblématiques. Il faut dans un second temps se poser avec cet auteur la question qui fait souvent défaut à bien des études sur l’usage des technologies : doit-on utiliser la technologie au sein de la formation initiale ?

Il faut selon moi aborder cette question sous l’angle de l’adéquation des MOOC, sur le fond comme sur la forme, au public de la formation initiale. Il est généralement écrit noir sur blanc sur les pages de présentation des MOOC qu’aucun prérequis n’est nécessaire pour suivre le cours, qui est ouvert au grand public. Si cette stratégie est pertinente pour quiconque souhaite attirer l’audience la plus vaste et la plus diverse possible, elle pose en revanche la question dès lors que l’on envisage d’intégrer ces formations dans un curriculum. Il faut réfléchir au public ciblé d’une part sous l’angle des motivations des enseignants, d’autre part sous celui du niveau d’exigence imposé aux participants. Par niveau d’exigence, je signifie aussi bien la charge de travail que l’investissement temporel et intellectuel correspondant aux activités associées à l’obtention du certificat. Quels sont les publics visés, quel est le niveau d’exigence des MOOC ? Dans quelle mesure les formations sont-elles adaptées à un public novice ?

La connaissance du public ciblé par les concepteurs permettrait de mieux appréhender les tenants des éventuelles adaptations de la formation à un public novice, et donc d’apporter des éléments de réflexion quant à l’adéquation du MOOC au public de la formation initiale. La question du niveau d’exigence se pose notamment pour les concepteurs de maquettes pédagogiques qui s’interrogent quant à la quantité de travail qu’implique l’obtention du certificat. Si seules quelques heures sont nécessaires, il devient difficile de mettre le MOOC sur le même plan qu’une formation impliquant a minima plusieurs jours de travail. Nous reviendrons sur ces questions dans les jours qui viennent.

PS : pour la bibliographie, j’ai créé un billet dédié dans mon autre blog, c’est plus pratique : http://www.matthieucisel.fr/la-bibliographie-de-ma-these-sur-les-mooc/

PPS : au cas où vous l’auriez loupé (mais ne vous inquiétez pas, je vais faire une cinquantaine de rappels d’ici là), ma soutenance de thèse est ouverte au public, et c’est le 8 juillet au matin. Viendez nombreux.

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One Response to Comment aborder la question de l’hybridation des MOOC ?

  1. Drissa ZONGO

    Très bonne analyse. Quand vous dites « Il faut selon moi aborder cette question sous l’angle de l’adéquation des MOOC, sur le fond comme sur la forme, au public de la formation initiale » Cela ne reviendrait-il pas à faire tout simplement un SPOC au lieu d’un MOOC?

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