Quels publics les concepteurs de MOOC visent-ils ?

DiplomaNous nous sommes intéressés hier au problème de l’hybridation des MOOC sous l’angle de l’ampleur quantitative du phénomène. Nous allons aujourd’hui introduire un sujet qui me paraît sous-investi : la question du public visé par les concepteurs de MOOC, avec en filigrane un postulat relativement simple, si on vise le grand public à travers un MOOC, si c’est avant tout un objet de communication, est-ce que cela peut être utilisé dans le cadre d’un enseignement ?

Il serait tentant de comparer les plates-formes de MOOC avec les Méga-Universités que décrit Daniel (1996) : des universités comme l’Open University formant à distance des centaines de milliers d’étudiants. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ces acteurs permettent à plusieurs dizaines de milliers, voire à plusieurs centaines de milliers de personnes de se former chaque année. On peut néanmoins émettre un certain nombre d’objections. Première objection : Coursera, FUN ou edX ne maîtrisent pas l’ensemble de la chaîne de valeur de production d’un cours, contrairement à une université. Deuxième objection : le fait que les partenaires de ces plates-formes soient des établissements d’enseignement supérieur ne constitue en rien une garantie que les formations qu’ils diffusent correspondent à des cours académiques, d’où un questionnement sur la validité du terme « Université ». Dans la mesure où le grand public fait vraisemblablement partie des cibles privilégiées des concepteurs de MOOC, on ne peut exclure qu’une proportion appréciable des formations s’apparentent à de la vulgarisation scientifique davantage qu’à des formations académiques. Cette perspective soulève un certain nombre d’interrogations quant à l’adéquation des MOOC avec les cursus universitaires, ce qui nous amène à proposer d’approfondir les recherches relatives aux publics ciblés par les concepteurs, et par là même occasion, aux motivations sous-jacentes à la mise en place des dispositifs.

La question du public ciblé est l’un des éléments qui distinguent le mieux la logique des MOOC de celle des OCW. Rhoads et al. (2013) s’intéressent aux limites des OCW en termes de démocratisation de l’éducation; ils soulignent le fait que ces ressources ont été conçues avant tout pour un public défini, celui de la formation initiale. Que d’autres publics se saisissent par la suite de ces ressources une fois celles-ci rendues accessibles n’implique pas que ces ressources aient été à l’origine pensées pour ces publics. Les cours filmés disponibles sur iTunesU ou sur le site du MIT ont été conçus en premier lieu pour les étudiants inscrits dans l’établissement; leur diffusion à un plus large public n’intervient que dans un second temps et ne contraint pas a priori les modalités de leur conception. Le problème est tout autre dans le cas des MOOC ; certains dispositifs miment sans doute le fonctionnement des OCW à cet égard en s’adressant en premier lieu à des étudiants. Qu’en est-il des cours qui n’ont pas vocation à s’intégrer dans un cursus ?

Les concepteurs ont-ils pour la plupart une idée précise du public qu’ils souhaitent atteindre ? Il semblerait que le cours ait vocation à s’adresser simultanément à plusieurs publics ; il est difficile de déterminer à ce stade si cet état de fait reflète une réflexion superficielle quant au public visé, ou au contraire implique que le dispositif ait été pensé pour plusieurs publics. Ce qui serait pas mal, ce serait de discriminer les dispositifs selon l’axe éducation formelle / éducation non formelle sur la base du public visé, les MOOC visant avant tout les étudiants s’inscrivant davantage dans la logique de l’éducation formelle.

Pour identifier les publics visés par les concepteurs de MOOC, il importe dans un premier temps de mieux appréhender les motivations sous-jacentes à la conception du dispositif. On peut supposer qu’un enseignant qui vise avant tout à faire connaître sa discipline auprès du public le plus large possible n’aura pas la même approche que celui qui cherche avant tout à faire intégrer son cours dans les cursus d’établissements-tiers. Dans la lignée des recherches sur les motivations des enseignants pour partager leurs ressources pédagogiques (Walsh & Bowen,  2011), un certain nombre d’études ont été publiées sur les motivations des concepteurs de MOOC, aussi bien dans la littérature scientifique (Gerber, 2014 ; Kassabian, 2014 ; Evans & Myrick, 2015) que dans la littérature grise (Kolowich, 2013 ; Hollands & Thirtalli, 2014a). Les premières données empiriques sur les motivations des concepteurs sont dans une large mesure issues de la littérature grise. Nous en reparlerons dans le billet de demain.

PS : pour la bibliographie, j’ai créé un billet dédié dans mon autre blog, c’est plus pratique : http://www.matthieucisel.fr/la-bibliographie-de-ma-these-sur-les-mooc/

PPS : au cas où vous l’auriez loupé (mais ne vous inquiétez pas, je vais faire une cinquantaine de rappels d’ici là), ma soutenance de thèse est ouverte au public, et c’est le 8 juillet au matin. Viendez nombreux.

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2 Comments

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2 Responses to Quels publics les concepteurs de MOOC visent-ils ?

  1. traore

    Bonjour Mathieu,
    toujours heureux de te lire et de savoir qui tu es notre devancier sur la question des Mooc .
    A quoi fais tu reference quand tu parles de litterature grise ?

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