Mon problème avec la typologie xMOOC/cMOOC

http://www.dreamstime.com/stock-photo-3d-small-people-complicated-question-image19385560Toute personne qui s’intéresse un tant soit peu aux MOOC est obligée de tomber à un moment ou à un autre sur la typologie xMOOC/cMOOC qui s’est imposée dès 2012. Cette typologie peut avoir son utilité – je l’emploie moi-même au quotidien – mais on entend parfois des choses qui ne sont selon moi pas tout à fait vraies. Typiquement, les xMOOC relèveraient d’un vilain conservatisme behavioriste (ce qui en plus d’être faux, fait saigner mes oreilles de behavioriste convaincu, car n’oubliez pas, le vrai behaviorisme, c’est beau, c’est bien, c’est bon, c’est la vie), tandis que les cMOOC ou MOOC connectivistes seraient les hérauts du constructivisme, seule pédagogie à respecter le libre-arbitre et les bébés phoques. Cela permettra de faire une pause dans la série des billets sur l’hybridation. Par ailleurs et vous m’en excuserez, je sens que j’ai pu déconcerté quelques lecteurs avec mon style plus académique de ces derniers jours, style que je vais maintenir ici. Que voulez-vous, je suis bientôt docteur (si tout se passe bien), alors il faut que je joue un peu au docteur de temps à autre.

Avant le lancement en 2011 des MOOC d’intelligence artificielle de Stanford, moins d’une dizaine de MOOC connectivistes avaient été recensés dans la littérature scientifique (Liyanagunawardena et al., 2013). L’essentiel des études parues jusqu’alors se basent sur un nombre limité de cMOOC, comme CCK (Fini et al., 2009 ; Bell, 2011), PLENK (Kop & Hill, 2008) et MobiMOOC (De Waard, 2012). Les premiers cours s’inspirant du connectivisme se caractérisaient par un rôle limité de l’enseignant, ce dernier jouant davantage un rôle de facilitateur que d’instructeur. En effet, dans un MOOC connectiviste, la formation est en principe co-construite avec les participants ; le rôle de l’équipe pédagogique consiste davantage à faciliter les interactions, à identifier des ressources pédagogiques existantes davantage qu’à les concevoir. A l’inverse, au cours de la vague de MOOC qui déferle à partir de 2012, l’enseignant joue généralement un rôle central. Le terme MOOC est recyclé pour désigner ces cours, mais le modèle pédagogique proposé diffère radicalement de celui des premières expérimentations canadiennes (Bates, 2014). Pour distinguer les deux types de MOOC, deux termes furent employés : cMOOC et xMOOC, le c faisant référence au connectivisme tandis que la sifnidication du x ne faisant pas consensus, le terme xMOOC ayant été créé par le connectiviste Stephen Downes pour distinguer la vague de MOOC de 2012 des expériences précédentes (Hollands & Thirtalli, 2015, p.18).

La dichotomie cMOOC / xMOOC semble s’être imposée aussi bien au sein du grand public qu’au sein de la communauté scientifique (Ebben, 2014). Comme cet auteur le souligne dans une brève revue de littérature, elle a l’avantage de permettre de réaliser au sein de la littérature scientifique une distinction claire entre la poignée d’expériences pionnières qui précédèrent l’essor de 2012, principalement canadiennes (Fini, 2009) et les MOOC qui suivirent. Cette distinction pose au moins trois problèmes ; le premier réside dans la question de l’hétérogénéité des dispositifs. La dichotomie suggère que les xMOOC sont relativement homogènes du point de vue de la pédagogie suivie ; rien n’est plus faux. Rappelons à cet égard que la typologie cMOOC/xMOOC a été proposée par un concepteur de cMOOC, Stephen Downes, pour distinguer les premiers MOOC connectivistes de la nouvelle vague de cours en provenance des établissements américains. La catégorie xMOOC n’avait donc pas vocation à représenter un ensemble homogène mais à désigner tout dispositif ce qui ne constituait pas un MOOC connectiviste. Alors qu’il existe en principe un dénominateur commun entre les cMOOC, par définition le connectivisme, les xMOOC sont définis comme des non-cMOOC, et peuvent s’inspirer aussi bien de pédagogies constructivistes que behavioristes. Aucune donnée à ce jour ne permet de catégoriser clairement l’essentiel des xMOOC comme des dispositifs d’obédience behavioriste, contrairement à ce que suggèrent certains auteurs (Rodriguez, 2012). Un cours peut se réclamer du constructivisme sans pour autant se réclamer du connectivisme.

Le deuxième défaut de cette dichotomie constitue une conséquence mécanique du premier : sur le plan quantitatif, le nombre de cMOOC et à ce jour bien inférieur au nombre de xMOOC diffusés à ce jour. Au cours de l’analyse d’un échantillon de 76 dispositifs, Toven-Lindsay et al. (2015) montrent que moins de 10% des dispositifs étudiés peuvent être considérés comme des cMOOC, et ce bien que les auteurs se soient attachés à inclure de nombreux MOOC connectivistes dans leur étude. Enfin, le dernier problème est d’ordre épistémologique ; malgré un certain nombre de développements sur la question (Siemens, 2004 ; Kop & Hill, 2008 ; Kop, 2011 ; Kop et al., 2011 ; Siemens & Conole, 2011 ; Bell, 2011), le connectivisme manque pour certains auteurs (Clarà & Barberà, 2013, 2014) de l’assise théorique nécessaire à la définition d’une théorie de l’apprentissage. Selon ces auteurs, la théorie présente un défaut de conceptualisation des interactions entre participants. Ils suggèrent qu’une profonde révision en est nécessaire pour mieux appréhender les phénomènes qu’elle prétend décrire. Je ne prétends pas proposer une nouvelle typologie de MOOC, mais uniquement je dis que l’on ne doit utiliser cette dichotomie que pour distinguer les cours qui se réclament du connectivisme des autres types de cours, sans hypothèse aucune quant à la pédagogie suivie par les concepteurs de xMOOC.

PS : pour la biblio, c’est ici http://www.matthieucisel.fr/la-bibliographie-de-ma-these-sur-les-mooc/

PPS : je vais réduire un peu le rythme de publication sur Educpros en fait, car quelque chose me dit que c’est trop orienté recherche pour le lectorat de la plate-forme. Vous retrouverez beaucoup de mes publications sur mon site personnel http://www.matthieucisel.fr/

Pour ceux qui ne sont pas convaincus des vertus du behaviorisme, je vous remets cette vidéo

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