Coursera aurait-elle tué le concept de MOOC après l’avoir popularisé ? (et offre de thèse)

DiplomaLe certificat, ou l’attestation de réussite, appelez-la comme vous voudrez, joue un rôle central dans le MOOC. La disparition progressive du certificat gratuit, plausible si le changement de modèle adopté par Udacity puis Coursera (Koller, 2015) s’étend aux autres acteurs, marque vraisemblablement la fin d’une ère. Pour les participants, c’est la disparition d’un outil aux multiples fonctions. Certains (surtout des enseignants) voient probablement dans la disparition du certificat une évolution souhaitable, car celui-ci est parfois utilisé comme une source de légitimité dans un contexte professionnel alors même que les concepteurs le considèrent avant tout comme une récompense symbolique, qui n’a pas vocation à valider des acquis. Ils oublient que la recherche de légitimité ne représente qu’une des multiples formes d’intérêt que les participants lui  portent.

Ceux qui voudront « terminer » le MOOC, ne serait-ce qu’en visionnant l’essentiel des vidéos du cours, devront s’auto-réguler davantage car ils ne disposeront plus de la « carotte » symbolique qu’il constitue souvent. C’est également la fin d’une opportunité pour ceux qui voudront se rassurer à moindre coût quant à leur bonne maîtrise d’une discipline. Il en va de même pour ceux qui ne cherchent qu’à montrer qu’ils sont capables de s’autoformer. Quelles seront les conséquences de cette mutation sur les comportements observables ? Difficile à dire. Il est probable que seule une minorité des apprenants actuels parviennent à s’y adapter. Les utilisateurs de xMOOC sont vraisemblablement loin d’être des apprenants fortement autodirigés, contrairement aux utilisateurs de cMOOC. La baisse du « contrôle » pédagogique, de l’encadrement, est susceptible d’en décourager un certain nombre.

L’éventuelle fin du certificat gratuit représente également le départ d’un nouveau questionnement pour les concepteurs, qui devront nécessairement prendre en compte ce paramètre lorsqu’ils en fixeront les conditions d’obtention. Il est probable que les MOOC s’adresseront à terme en premier lieu aux participants qui souhaiteront obtenir le certificat. La problématique du niveau d’exigence deviendra alors d’autant plus aigue que la dimension commerciale de la problématique gagnera en importance. Alors que la volonté de vendre le plus grand nombre de certificats poussera vraisemblablement à diminuer le niveau d’exigence pour augmenter le nombre de « clients potentiels », la velléité de donner de la valeur au certificat, qui aura sans doute davantage vocation à valider des acquis, poussera sans doute les concepteurs à augmenter ce niveau d’exigence. Comment les universitaires partenaires de plates-formes comme Coursera, alors qu’ils sont vraisemblablement peu accoutumés à voir leur enseignement sous une optique commerciale, réagiront-ils face à ce dilemme imposé par des startups qui doivent sans surprise trouver un modèle économique viable ? Continueront-ils à privilégier le grand public, ou viseront-ils davantage le public de la formation continue ? La recherche de profits deviendra-t-elle une motivation prévalente parmi les concepteurs ? Enfin, quelles seront les répercutions à moyen terme d’une telle évolution sur l’audience de ces cours ?

Verra-t-on le public des MOOC converger peu à peu vers le public de la formation à distance traditionnelle ? Ou verra-t-on s’esquisser les contours d’un schisme, entre un public intéressé avant tout par la formation et son certificat, et un public s’intéressant uniquement aux ressources, au même titre que l’on peut s’intéresser aux ressources diffusées dans les OCW (Carson, 2006) ? La différence entre les MOOC et la formation à distance traditionnelle deviendrait alors de plus en plus ténue, d’autant qu’ils se structurent de plus en plus en parcours d’une demi-douzaine de cours, comme les Specializations sur Coursera. On pourrait soutenir qu’il existe encore une différence de taille : le certificat n’est pas validant. Ce serait oublier que certains établissements comme l’Université d’Arizona proposent maintenant un diplôme à ceux qui paieraient pour obtenir un panel de certificats (edX, 2015).

Ce que d’aucuns considèrent comme une innovation constitue en réalité le modèle adopté par l’Open University depuis de nombreuses années : des formations à distances payantes et diplomantes, dont les ressources sont librement accessibles en ligne. Les MOOC auront-ils eu le mérite de populariser ce modèle de formation à distance à défaut d’avoir su proposer un modèle résolument nouveau? Si ces évolutions se confirment, il ne resterait plus grand-chose de ce qui fit l’originalité du modèle des premiers MOOC, pour le meilleur comme pour le pire : plus de certificat gratuit, plus de délimitation de la formation dans le temps, une structuration en parcours. On peut d’ailleurs se demander s’il serait alors toujours pertinent d’utiliser le vocable MOOC pour désigner ces cours.

Sur ces joyeuses paroles, j’en profite diffuser une offre de thèse CIFRE entre mon laboratoire et l’entreprise First Finance, axée sur les MOOC et les SPOC. Je diffuse le message tel quel :

Titre :  Modélisation du comportement d’apprentissage dans le cadre de dispositifs distanciels de type MOOC et axes d’amélioration pour un meilleur d’apprentissage

Nous proposons un travail de thèse concernant des MOOC consacrés à la finance (pour l’essentiel), associant des observations d’apprenants dans leur contexte de travail et d’apprentissage et des entretiens. Il s’agira d’abord de documenter leurs différentes modalités de travail. Ensuite, il est prévu des formes plus expérimentales, c’est-à-dire l’observation des « effets » de certains choix de conception dans un MOOC suivie d’analyses des activités des apprenants et suggérant des modifications dans le cours ou les activités prévues.

Le doctorant sera directement rattaché au Directeur de la Pédagogie.  Il intégrera l’équipe dédiée au développement et à l’animation des MOOC. Depuis 2013, FIRST FINANCE a construit un catalogue de MOOC sur les thématiques Finance et Leadership, certains en collaboration avec des grandes écoles internationales comme HEC. Le catalogue de MOOC est visible à l’adresse suivante : digital.first-finance.fr. Nous développons également des MOOC sur mesure pour des sociétés clientes (grandes banques françaises, cabinets d’audit, sociétés du CAC40).
La formation digitale est un axe de développement important pour FIRST FINANCE et nous orientons aujourd’hui nos efforts de recherche vers la meilleure expérience client possible et les meilleures conditions d’apprentissage pour une efficacité accrue de la formation.
Le doctorant profitera de notre bonne connaissance du milieu de la finance pour rencontrer clients et apprenants dans le cadre de ses enquêtes. Il disposera d’une autonomie dans son travail de recherche et sera amené à partager son temps entre les locaux de FIRST FINANCE et le laboratoire STEF.

● Date de recrutement : septembre 2016
● Envoyer les candidatures à : eric.bruillard@stef.ens-cachan.fr (mon directeur)

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3 Comments

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3 Responses to Coursera aurait-elle tué le concept de MOOC après l’avoir popularisé ? (et offre de thèse)

  1. Le dilemme universitaire est bien posé, avec d’un coté une start-up (Coursera), qui a intérêt à vendre au plus grand nombre, de l’autre une université qui doit maintenir un haut niveau d’exigence (ce qui risque d’écarter des acheteurs potentiels).

    Ce propos me semble devoir être complété…

    D’abord, la start-up a aussi intérêt à un fort niveau d’exigence. Je parle d’expérience, du certificat ICCF @ HEC paris. Ce certificat est assez difficile. Il faut surtout être motivé car le programme est assez long. Mais c’est revendiqué. Il n’y a pas de sélection à l’entrée mais le parcours est exigeant. Ainsi HEC Paris reste HEC Paris. Ainsi un recruteur pourra lire, dans un CV portant l’ICCF @ HEC Paris, une motivation, un savoir-faire, un niveau de connaissances. Le modèle du certificat payant n’est viable et pérenne que si le certificat est lui-même exigeant. En tout cas c’est ma conviction profonde, et le succès de l’ICCF grandit au fur et à mesure que l’industrie réalise qu’il deviendra (autre conviction personnelle à ce stade 🙂 le benchmark. Le TOEFL à l’anglais, l’ICCF @ HEC Paris à la finance d’entreprise.

    Mais cette question de l’équilibre pose pour l’université une question stratégique : celle du choix du partenaire, celle du choix de sa start-up.
    L’université A va trouver avec Coursera (ou edx) un équilibre A entre exigeance et prix.
    L’université B va trouver un équilibre B. Et ainsi de suite. Alors ma question : quel est le niveau du certificat Coursera ? Personne ne pourra le dire car il y en aura plusieurs, et cela au détriment de chacun des partenaires universitaires.
    Coursera et edx adaptent le modèle adopté dès 2014 par Harvard (développement interne) ou HEC Paris (en partenariat avec FIRST FINANCE Institute). Avec un problème : la multiplicité des universités.

    Pour l’université qui risque de voir son certificat devenir illisible, se pose un autre problème : elle n’aura pas de liberté éditoriale ! La business school A fait une “specialization” marketing. Dommage pour la business school B qui avait pourtant aussi une légitimité à faire une “specialization” marketing… Mais cela pourra faire l’objet d’un autre papier peut-être ?

  2. Mohamed

    Personnellement je préfère que les certificats obtenus aient une valeur réelle académique et/ou sur le marché de travail, et bien sur cela est presque impossible avec des moocs gratuits.
    Coursera et EDX proposent des aides financières , c’est une idée géniale afin de ne pas perdre a la fois les personnes motivées,et d’attirer les nombreux talents qui ne jugent pas intéressant de vouer tout son temps a des formation qui n’ ont pas de réel impact sur leur carriers

    • Nicolas

      Personnellement je me demande si ton commentaire n’est pas rémunéré 🙂 Pourquoi une certification payante aurait-elle plus d’impact sur une carrière ? Je lie plutôt cela à la qualité de l’enseignement et, éventuellement, à la renommée. Non ?

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