Le phénomène MOOC à l’échelle internationale : les forces en présence

http://www.dreamstime.com/stock-photo-3d-small-people-complicated-question-image19385560Ami lecteur, cela fait quelques années que je te promets de belles données issues de mes travaux de recherche. Je me suis abstenu jusqu’à présent pour des raisons on ne peut plus pragmatiques. Publier des données dans un blog peut poser des problèmes si on veut les republier par la suite dans une revue scientifique. C’est bien dommage, car j’ai de beaux résultats sous le coude. Néanmoins, je sens que je vais faire quelques exceptions, car nombre de mes résultats n’auront plus qu’un intérêt historique si j’attends trop longtemps. Donc voilà, aujourd’hui je commence à vous présenter quelques belles figures. Pour inaugurer cette série de billets, je vous propose une analyse rapide de l’offre de MOOC basée sur des annuaires en vogue à l’échelle internationale (et dont je connais les gérants) : Class Central et MOOC List. Nous tâcherons de répondre tout au long de ce bref tour d’horizon aux questions suivantes. Quelles plates-formes, quels pays dominent l’offre mondiale de MOOC ? Quelles sont les principales différences entre plates-formes, sur le plan de la diversité des disciplines qu’elles promeuvent, sur le plan des partenariats qu’elles mettent en place ? Comment l’offre a-t-elle évolué au fil du temps ? Si vous êtes intéressés par ces questions, et que vous aimez les analyses quantitatives, vous trouverez ici votre bonheur.

A ma connaissance, aucune étude quantitative n’a été publiée dans la littérature scientifique sur la question de l’offre de MOOC, et les quelques données disponibles dans la littérature grise (Shah, 2015) sont trop superficielles et fragmentaires pour offrir une vue d’ensemble du phénomène. Mon analyse se base sur une grande diversité de sources de données : annuaires de MOOC, structures de dispositifs, pages de présentation, enquêtes. Les méthodes de collecte de ces données sont détaillées dans ce petit billet d’un autre blog (billet que j’ai fait spécialement pour les curieux, qui explique notamment pourquoi Open Classrooms, malgré son importance, n’est pas dans ces figures dans la mesure où la plupart des MOOC sont au format atemporel). Le phénomène MOOC est, comme nous allons le voir, largement mondialisé et dominé par les institutions nord-américaines. La composante française, qui est au coeur de mon travail, n’en constitue qu’une des multiples branches. J’ai pour ce faire collaboré avec les entreprises Class Central (Shah, 2015) et MOOC List. Ces entreprises proposent toute deux un annuaire censé couvrir l’essentiel de l’offre mondiale depuis le dernier trimestre de l’année 2012. Si l’annuaire de Class Central est plus exhaustif, celui de MOOC List fournit davantage de données sur les caractéristiques des MOOC. Plus de 80% des dispositifs recensés dans MOOC List proposent un certificat, ce qui montre que les dispositifs recensés dans les annuaires correspondent bel et bien aux MOOC qui nous intéressent, les MOOC certifiants.

Coursera est une entreprise fondée par une enseignante de Stanford, edX est un consortium d’établissement à caractère non lucratif, dominé par Harvard et le MIT (Daniel, 2012 ; Cisel & Bruillard, 2012). Les plates-formes américaines Coursera et edX dominent l’offre mondiale, avec respectivement 46% et 23% du nombre de cours diffusés entre début 2013 et novembre 2015 (Figure 2 Gauche). La première a noué des partenariats avec une dizaine d’établissements français de renom, tandis que le consortium edX ne collabore parmi les institutions françaises qu’avec la seule COMUE Sorbonne Universités. On notera que la structuration en plate-forme est loin d’être innocente. La richesse de l’offre des plates-formes américaines encourage à s’inscrire à de multiples cours et donc à se disperser. En me concentrant sur  les seules plates-formes françaises, j’oblitère une partie du phénomène que j’analyse, un certain nombre des participants de FUN que j’étudie dans le cadre de ma thèse sont également inscrits sur les plates-formes américaines.

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Bien que FUN représente l’essentiel de l’offre française de MOOC, elle ne capte qu’une partie des utilisateurs de MOOC français, qui ont également tout loisir à se former sur les plates-formes américaines dès lors que la barrière de la langue n’est pas rédhibitoire. Par conséquent, en se basant sur les seules données d’inscription de FUN, on sous-estime nécessairement la propension des participants à s’inscrire à de multiple cours. Toute la question est de déterminer à quel point cette sous-estimation porte préjudice à l’interprétation de nos données ; nous y reviendrons dans les billets qui suivront. Alors qu’edX et Coursera dominaient l’essentiel de l’offre fin 2012, différents acteurs ont fait leur apparition au cours des années 2013 et 2014 (Figure 53).offre 2
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Plusieurs plates-formes publiques ou privées comme Canvas.net, FUN, Futurelearn, ou Miriada X, disposent d’une offre supérieure à cent MOOC et représentent des acteurs de premier plan. Viennent ensuite des acteurs de second plan, disposant d’une offre inférieure à cent cours, comme la plate-forme japonaise Gacco, la plate-forme en langue arabe Edraak, ou les européennes EMMA et ECO Learning. Au moment de l’extraction des données des annuaires, FUN représente 4% de l’offre des plates-formes que nous avons prises en compte dans mon analyse.

Les cours ouverts en permanence, ou atemporels car sans date de début ou de fin, font en 2015 leur apparition au sein des principales plates-formes américaines, pour représenter peu à peu une partie non négligeable de l’offre sur certaines plates-formes (Figure 2 Droite). Cette transition constitue l’une des principales ruptures de l’année 2015, puisque le MOOC perd ce faisant son caractère événementiel. Les conséquences d’une telle transition sur les utilisations qui sont faites des dispositifs sont encore mal connues. Quand bien même son importance a décru au fil des années, c’est le format temporalisé qui a prévalu tout au long de la période à laquelle nous nous sommes intéressés.

Avant de mesurer l’importance relative des différentes plates-formes sur la base de leur offre, gardons à l’esprit que le nombre d’inscrits n’est nullement proportionnel à la taille de l’offre ; comme le montre l’analyse de l’audience de la plate-forme Miriada X (Albo et al., 2016), cette plate-forme compte moins de 300.000 inscrits, pour une offre en apparence équivalente à celle de Futurelearn, plate-forme britannique qui compte déjà plusieurs millions d’utilisateurs. La langue de diffusion des cours sur les plates-formes américaines ou britanniques, principalement l’anglais, contribue sans doute à asseoir leur domination si l’on raisonne uniquement en termes de nombre d’utilisateurs.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Dans les jours qui viennent, on zoomera davantage sur les plates-formes que nous avons présentées ici, sur leurs institutions partenaires, etc. On conclura cette série de billets par un zoom sur l’écosystème français.

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