MOOC : analyse qualitative de l’offre de quelques plates-formes et de stratégies nationales

DiplomaNous avons vu hier que les plates-formes américaines dominaient largement l’offre de MOOC. De là à dire que les universités américaines dominent l’offre de MOOC mondiale, il n’y a qu’un pas. On va s’intéresser aujourd’hui à la domination des universités anglo-saxonnes, à l’investissement quantitatif des établissements partenaires des plates-formes et à l’éclectisme disciplinaire qui y règne. En somme, tout ce que vous aviez toujours voulu savoir sur les MOOC (sans vraiment savoir à qui demander).

L’analyse des données de MOOC List suggère que les institutions d’enseignement supérieur américaines représentent 64% de l’offre de MOOC en langue anglaise, tandis que le Royaume-Uni et l’Australie représentent 11 et 5% de l’offre anglophone, respectivement (Figure 3 Droite). Ceci n’a rien de surprenant dans la mesure où les institutions de nombreux pays choisissent de diffuser leur offre dans leur langue officielle.

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Sur les plates-formes que j’ai étudiées, la stratégie adoptée eu égard à la langue de diffusion des cours est variable selon les pays auxquels sont rattachées les institutions. Alors que la langue officielle domine l’offre de cours d’établissements français ou chinois, des pays comme les Pays-Bas ou le Danemark adoptent principalement l’anglais dans les cours qu’ils diffusent (Figure 3 Gauche). Certains pays comme la Suisse ayant une démarche plus équilibrée en la matière, proposant une moitié de l’offre en anglais, et l’autre en français ou en allemand. On soulignera au passage que la stratégie des institutions françaises dépend avant tout de la plate-forme sur laquelle est diffusé le MOOC. Alors que sur FUN, la grande majorité des cours diffusés sont en français, audience francophone oblige, la proportion de cours en anglais est nettement plus élevée pour les cours organisés sur la plate-forme Coursera.

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Les plates-formes se différencient les unes des autres par la composition qualitative de leur offre (Figure 4). On peut distinguer les plates-formes généralistes comme edX, FUN, ou Coursera, dont l’offre est relativement équilibrée, de plates-formes à l’offre plus réduite, souvent orientées vers des disciplines comme l’entrepreneuriat ou le commerce, situation qui prévaut notamment sur les plates-formes Open2Study ou Edraak. La diversité des disciplines représentées sur FUN peut expliquer la diversité des utilisateurs, que l’on raisonne en termes de variables sociodémographiques, mais aussi et surtout en termes de motivations pour suivre le cours. On trouvera sur la plate-forme française aussi bien des cours de management attirant vraisemblablement une audience de professionnels que des cours de vulgarisation d’astrophysique attirant potentiellement de simples curieux.

J’ai cherché à compléter ces résultats par une analyse de l’investissement des institutions partenaires de ces plates-formes, en raisonnant en termes de nombre de cours diffusés au sein des plates-formes partenaires. Près de la moitié des institutions investies dans la conception d’un MOOC ne diffusent qu’un seul cours, situation qui prévaut à l’échelle des onze plates-formes analysées (Figure 54, Annexes). Une poignée d’institutions comme Stanford ou le MIT ont conçu plus d’une cinquantaine de MOOC. Même si moins d’une dizaine d’établissements ont suivi cette dynamique, ils pèsent considérablement dans l’offre mondiale. Si l’on raisonne en termes d’offre, une poignée d’universités américaines pèsent ainsi autant dans l’offre mondiale que l’ensemble de l’enseignement supérieur français ; si l’on raisonne en termes d’audience, ce déséquilibre est plus flagrant encore.

Le nombre de cours diffusés par un établissement est un élément révélateur de la dynamique qui s’y met en place. Les conséquences d’une telle politique sont palpables, aussi bien sur le fond – une réflexion sans doute plus approfondie quand aux thématiques mises en avant – que sur la forme. Une institution qui investit dans la conception de nombreux MOOC aura probablement davantage de moyens à y consacrer : équipes dédiées, procédures de travail normalisées, etc.Il est vraisemblable que le caractère artisanal de la conception des cours disparaisse au profit d’une logique plus industrielle au sein des institutions les plus investies, ce qui ne manquera pas d’avoir des répercussions notamment sur la qualité technique des supports de cours, et in fine, sur la manière dont les MOOC seront perçues par l’audience. De là à dire que ce paramètre peut jouer sur la persistance au sein du cours, il n’y a qu’un pas que certains n’hésitent pas à franchir.

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Les plates-formes d’hébergement se distinguent par le type d’institutions avec lesquelles elles signent des partenariats (Figure 5). J’ai classé ces institutions selon le nombre de MOOC qu’elles ont produits. Plus de 80% des partenaires de Coursera, d’edX ou Futurelearn diffusent plusieurs MOOC sur la plate-forme. A l’inverse, pour des plates-formes comme iversity, Open2Study ou FUN, la plupart des partenaires ne diffusent qu’un seul MOOC sur la plate-forme. Ceci se traduit par le fait qu’une partie considérable de l’offre de ces plates-formes est issue d’institutions investissant de manière significative dans la conception de MOOC.

Voilà voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Pour ne rien vous cacher, ce sont des extraits de mon chapitre d’introduction de thèse, où je fais un petit tour d’horizon du phénomène MOOC avant d’entrer dans le vif des questions de taux de certification. C’est pas tout à fait aligné avec mes questions de recherche, mais je m’étais dit que ça ne mangeait pas de pain. En tout cas, j’espère que cette thématique vous plaît, parce que j’ai quelques autres billets de cette espèce dans ma besace.

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3 Comments

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3 Responses to MOOC : analyse qualitative de l’offre de quelques plates-formes et de stratégies nationales

  1. Denis Moalic

    Bonjour Matthieu et merci pour ce partage,
    Une des questions que je me pose sur l’audience de ces plateformes est liée à la langue: est-ce qu’on touche les mêmes personnes avec un cours en français sur Coursera et sur FUN? Avec une implication pour les institutions qui publient des MOOC sur FUN (par exemple): est-ce que ça vaut le coup de porter un MOOC qu’on a déployé sur FUN vers une autre plateforme?

    • matthieu-cisel

      la réponse est non, beaucoup moins de français proportionnellement sur Coursera, même pour un cours en français (data not shown)

  2. Hassan

    Bonjour Mathieu
    Nous sommes un groupe d’enseignants et nous souhaitons faire des Moocs au profits d’étudiants et aussi de professionnels. Coursera et les plateformes que tu cites sont destinées aux Universités prestigieuses en tant qu’institutions.
    Quid des plateformes professionnelles ou wordpress ?
    Merci pour tes conseils

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