Le niveau d’exigence des MOOC aurait-il chuté au fil des années ?

offre 10Je vous fais aujourd’hui un dernier petit billet portant sur l’analyse des MOOC à l’échelle internationale. Je me suis cette fois-ci penché sur des informations que les concepteurs mettent sur les pages de présentation des cours : nombre de semaines que dure la formation, nombre d’heures de travail par semaine, pour voir comment le niveau d’exigence, mesuré ici uniquement en termes de charge de travail imposée aux participants, évoluait au fil du temps. Une analyse des annuaires de MOOC suggère que le niveau d’exigence des MOOC a pas mal chuté depuis quelques années – est-ce que c’est bien, ou est-ce que c’est mal, ce n’est pas à moi de le dire – et qu’il y a des différences significatives entre plates-formes. On fait par exemple en France des MOOC plus « light » que les universités américaines ….

Cette réflexion sur le niveau d’exigence me paraôt d’autant plus nécessaire que les taux de certification sont potentiellement affectés par ce paramètre (Jordan, 2014). Pour ce faire, nous nous sommes basés d’une part sur le nombre de semaines de la formation, et d’autre part sur la charge de travail hebdomadaire associée, cette variable étant estimée par l’équipe pédagogique sur la page de présentation du cours. La charge de travail totale estimée correspond au produit du nombre de semaines et de la charge de travail hebdomadaire estimée par l’équipe pédagogique.

On constate que la charge de travail associée aux AMOOC a chuté au fil des années, qu’on la mesure en charge totale estimée (Figure 7) ou en semaines (Figure 55). Alors qu’à l’été 2012, les cours recensés dans Class-Central durent en moyenne 8,7 semaines, ils ne durent plus que 6,3 semaines en moyenne à l’automne 2015. De même, alors que la charge de travail totale estimée est de 62 heures début 2013, elle n’est plus que de 34 heures début 2016. Ceci traduit vraisemblablement une évolution des pratiques des concepteurs de MOOC au fil des années. On peut imaginer que petit à petit, les concepteurs ont cherché à s’adresser à une audience plus vaste en diminuant la charge de travail associée au cours. Autre hypothèse, certaines institutions ayant une tradition de MOOC longs et difficile, comme le MIT, ont vu leur influence sur ces estimations diluée au fil du temps avec l’essor progressif de l’offre d’autres institutions.

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La prise en compte de la question de la charge de travail imposée aux participants est d’autant plus importante qu’il est vraisemblable que les taux de certification en dépendent largement. Jordan (2014) a mis à jour sur la base des données d’une quarantaine de cours une relation statistiquement significative entre la longueur du MOOC, en semaines, et le taux de certification. Dans la mesure où, comme nous allons le voir, l’essentiel des publics du MOOC sont non captifs, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas contraints de suivre la formation jusqu’à son terme, on ne peut négliger ce paramètre dès lors que l’on souhaite comparer les taux de certification de formations distinctes, voire les taux de formation associés aux cours de plates-formes distinctes. A cet égard, il est intéressant de constater que les plates-formes se distinguent nettement par la charge de travail associée aux cours qu’elles hébergent (Figure 8).

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La charge de travail totale estimée n’est que de 19 heures en moyenne sur FUN, là où elle atteint 45 heures en moyenne sur edX (Figure 8). Enfin, certaines plates-formes comme ECO, secondaires par la taille de leur offre, proposent des MOOC dont la charge de travail totale estimée avoisine la centaine d’heures. Ces écarts reflètent sans doute des différences de culture, ou peut-être de fonction des dispositifs. Le MIT, qui occupe une place de choix dans l’offre de la plate-forme edX, est probablement plus enclin que d’autres établissements à intégrer les MOOC qu’il produit dans les cursus des étudiants.

Cela peut se traduire par une plus forte réticence des enseignants à diluer ou abaisser le niveau des cours pour s’adapter à une audience d’internautes non captifs. Il en va de même pour la plate-forme ECO, dont les établissements partenaires sont des opérateurs de formation à distance aussi célèbres que l’UNED espagnole, et dont les MOOC sont associés à des crédits d’enseignement ECTS. Les cours doivent dès lors répondre à un certain cahier des charges, un crédit ECTS étant associé à un investissement minimal de la part de l’étudiant. La plus longue durée des MOOC qui y sont organisés est vraisemblablement une conséquence de cette contrainte. De facto, on désigne souvent par le terme MOOC aussi bien des formations impliquant près d’une centaine d’heures étalées sur douze semaines, le MIT s’étant fait une spécialité de ce type de cours, que des formations n’imposant qu’une demi-douzaine d’heures de travail réparties sur quatre semaines. On constate dans le cadre de FUN, mon principal terrain d’étude, une relative homogénéité des formations en termes de charge de travail.

Après mûre réflexion, je crois que je ne vais pas vous présenter pour le moment de billets sur l’analyse de l’offre française, j’en suis désolé. Beaucoup d’entre vous sont sans doute plus intéressés par le contexte français que par le contexte international, mais que voulez-vous, autant je pense publier ces derniers résultats dans une revue anglophone, et donc ce n’est pas si grave de partager mes résultats ici, autant il est probable que je publie mon travail sur le contexte français dans une revue francophone. Du coup, ça le fait pas trop si je montre d’abord les résultats sur le blog. Je vais pas m’auto-scooper non plus. J’essaie de publier ça d’ici la fin de l’année, promis …

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