Que vaut le certificat d’un MOOC et faut-il l’utiliser dans nos formations ?

http://www.dreamstime.com/stock-photo-3d-small-people-complicated-question-image19385560Que vaut le certificat d’un MOOC d’un établissement prestigieux ? Tout dépend de la nature des acquis validés me direz-vous. Dans les domaines où l’évaluation peut être automatisée à travers un quiz ou un programme, le passage à l’échelle ne pose a priori aucun problème et un certificat peut présenter de la valeur si les examens sont suffisamment sélectifs. En revanche, dès que la validation des acquis impose un regard humain, alors il est évident qu’un certain degré d’expertise est requis. Malgré la mise en place de nombreux mécanismes pour en augmenter la précision, l’évaluation par les pairs pratiquée dans certains MOOC a davantage pour rôle de stimuler la réflexion et les interactions entre participants que de certifier l’acquisition de connaissances. En ce sens, le numérique permet tout au plus de s’affranchir des barrières géographiques mais ne remet en rien en cause le métier d’enseignant.

L’expertise ne saurait passer à l’échelle. Affirmer que l’on peut délivrer par paquets de mille des certificats ayant une valeur sur le marché du travail, sans validation de l’équipe pédagogique aucune, voilà qui relèverait de l’escroquerie pure et simple dans la plupart des disciplines académiques. Ce n’est pas tant la question de l’authentification de l’identité qui est en jeu – il est possible de réaliser des examens surveillés à distance – mais celle des limites de l’évaluation automatisée et de l’évaluation par les pairs. De ce fait, ces certificats font le plus souvent davantage office de feuille de présence que de diplôme. Dans la mesure où la validation des acquis est l’un des principaux rôles des institutions d’enseignement, celles-ci ne sauraient être inquiétées par l’essor des MOOC. Défendre l’intégration de ces cours au sein des systèmes de formation, ce n’est pas nécessairement défendre une logique de substitution, mais une logique d’intégration.

Dans la mesure où la validation des acquis est le point faible des MOOC, ils ne peuvent être intégrés directement dans les cursus que lorsque l’évaluation ne représente pas un enjeu fort, quand on se situe dans une logique de décloisonnement disciplinaire par exemple. Dans tous les autres cas, l’intégration ne peut qu’être partielle. On a vu par exemple des institutions se charger de la conception et de l’organisation d’examens basés sur des MOOC d’autres établissements, ou des enseignants mettre un de ces cours en ligne dans la liste des prérequis, de la même manière qu’on recommanderait de lire tel ou tel livre avant d’aborder une formation. La différence – de taille – réside dans le fait qu’il est possible avec les MOOC d’identifier qui a suivi le cours et à quel degré, un élément qui peut s’avérer persuasif pour les étudiants les moins motivés. Enfin, le modèle d’intégration le plus médiatisé est celui de la classe inversée ; le cours magistral est suivi en ligne, et le temps d’interaction est réservé à des « travaux dirigés », ou toute autre activité pertinente au regard des objectifs pédagogiques de la formation.

Comme tous les cours ne pourront être digitalisés au vu des coûts associés au processus, il faudra si l’on veut étendre le modèle se baser en partie sur des formations proposées par d’autres enseignants ou établissements. Est-ce si choquant ? Après tout un enseignant propose-t-il des listes de lecture composées uniquement de ses propres productions ? Cette démarche ne pose problème que si la hiérarchie universitaire prive l’enseignant de sa liberté pédagogique en imposant tel ou tel MOOC. On a pu observer cette situation en Californie quand la San Jose State University passait un accord pour remplacer son cours de Justice sociale par un MOOC de Michael Sandell produit par Harvard, rétrogradant ainsi les enseignants locaux au rôle de chargé de TD, déclenchant un tollé dans le milieu universitaire américain (Levin 2013). Evidemment, l’intégration de formations au sein des cursus est susceptible de renforcer la position déjà hégémonique des établissements les plus influents, universités américaines en tête. Beaucoup craignent à raison une forme de colonisation de nos systèmes éducatifs. Mais toutes les protestations du monde n’empêcheront pas le MIT ou Harvard de proposer ces cours, et ceux qui le souhaitent de les intégrer dans les cursus de leurs étudiants si le cœur leur en dit. Dans ce contexte d’accroissement inévitable de la concurrence entre établissements sur le terrain de l’enseignement, mieux vaut tâcher d’apporter notre pierre à l’édifice, produire et intégrer nos propres cours, et tenter tant bien que mal de ne pas faire office de figurant.

Références

Levin, T., Professors at San Jose State Criticize Online Courses, The New York Times, 2 mai 2013.

1 Comment

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One Response to Que vaut le certificat d’un MOOC et faut-il l’utiliser dans nos formations ?

  1. Lucas Grimont

    Excellent article, qui me donne envie de débattre !

    La valeur d’un certificat de MOOC est subjective, aussi bien pour l’apprenant que ses futurs recruteurs.

    J’ai envie de poser plusieurs questions à ceux qui jugent de la qualité de ceux-ci :
    – Avez-vous déjà suivi, fini et validé plusieurs MOOCs ?
    – Avez-vous réalisé des études supérieures en présentielle ? Quand ?

    Pourquoi ces questions ?
    Je pense que pour juger la valeur des MOOCs, il faut au moins en avoir suivi plusieurs, pour se rendre compte du processus, efforts demandés, qualité très pointue de certains.

    Il faut également se rendre compte que le monde du travail a changé, le monde universitaire également. J’étais à la FAC il y a encore 4ans et il y a un sacré écart entre ce qu’on m’a raconté et ce que j’ai vu.

    Le plus frappant ? Le sérieux et la triche.
    Un prof n’est pas là ? Il n’avertit pas les élèves via l’ENT, l’administration ne communique pas non plus, pas de mot devant l’amphithéâtre ou autre qui permettrait de ne pas attendre pour rien et surtout, pas de rattrapage :)
    C’est très courant. Aux étudiants de miser sur un simple retard du prof (fréquent également) ou une absence…

    La triche ! Alors là, je pense avoir quasiment tout vu en examens : regards persistants sur la feuille du voisin, échanges de copies, pompes écrites sur le corps, sorties de feuilles de cours cachées, utilisation de smartphone, cours rentrés dans la calculatrice, envoi de cartes micro SD avec examen pris en photo etc…

    J’ai même déjà vu une proposition de rédaction de mémoire pour 2000€ sur louerunetudiant… Je pense que la majorité des FAC sont dépassées et que ceux qui n’y sont pas allés depuis plus de 10-15ans ne peuvent tout simplement pas se rendre compte de l’ampleur de ces phénomènes… :/

    A contrario, j’ai réalisé ma licence dans 2 FAC où c’était l’anarchie décrite ci-dessus pour l’une et l’inverse pour l’autre.
    A la faculté Jean-Médecin à Nice, les salles d’examen sont très surveillées avec surveillants qui tournent tout le temps et des caméras à 360° recouvrant toute la salle sous plusieurs angles, en live et enregistré pour vérifier s’il y a doute…

    J’en suis à mon 28ème MOOC et n’ai encore vu qu’un cas de triche pour l’instant sur un travail en équipe.
    Pourquoi les certificats de MOOCs vaudraient moins qu’un diplôme classique ? C’est l’avis du recruteur qui prime pour ma part.

    Et dans mon cas, il vaut mieux une formation très concrète (réaliser une campagne emailing avec mailchimp, propulser son site avec wordpress…) qu’une formation universitaire pas assez spécialisée, trop théorique et pas assez pratique.

    J’ai 2 BAC+5 passés en 3ans, 26 attestations et certificats passés en 2 ans. Niveau employabilité, y’a pas photo, je dois mon évolution personnelle et professionnelle aux MOOCs :)

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