La démocratisation de l’enseignement supérieur par les MOOC : démagogie ou réalité ?

http://www.dreamstime.com/stock-photo-3d-small-people-complicated-question-image19385560Si l’intérêt pour les MOOC est à l’origine un phénomène occidental – voire nord-américain – ces cours ont connu un succès certain auprès de pays en voie de développement comme l’Inde ou la Chine, suscitant la multiplication d’anecdotes sur des succès improbables. Certaines histoires ont fait le tour de la planète, comme celle de cette boulangère au Bangladesh qui a monté avec succès une petite entreprise grâce aux cours d’entrepreneuriat de Stanford, ou celle de cet enfant prodige d’Oulan Bator repéré sur un cours du MIT et invité à y étudier voir y enseigner alors qu’il n’a que seize ans (Papanno 2013). La représentativité de telles anecdotes a souvent été remise en cause dans les études sociologiques. La plupart s’accordent pour dire que le public des MOOC est fortement diplômé et dans une très large mesure engagé dans la vie active (Ho et al. 2015). Sans surprise, nombre de sceptiques se sont emparés de ces études pour dénoncer urbi et orbi le caractère fallacieux de l’argument de la démocratisation, rappelant au passage que le problème de la fracture numérique – les inégalités d’accès à Internet – amplifiait encore davantage ces inégalités d’accès à la formation. Pour enfoncer le clou, de l’aveu de nombre d’acteurs du secteur le philanthropisme éducatif n’est pas le principal moteur de ce phénomène, la gratuité des cours n’étant que la condition sine qua non de la notoriété ; pour la plupart des institutions engagées dans leur conception, les MOOC représentent avant tout un outil de communication (Hollands & Tirthali 2014).

Mais dans la mesure où la qualité et l’utilité de ces formations ne dépendent pas nécessairement de l’intention sous-jacente, ces considérations remettent-elles en cause leur caractère démocratisant ? Le déterminisme social qui prévaut dans l’apprentissage tout au long de la vie est connu depuis longtemps (Tough, 1971, Dumazedier 1962). Si Internet multiplie les opportunités de se former, il n’éveille pas nécessairement en chacun le désir de le faire. N’oublions pas que la Toile donne également accès à d’innombrables distractions dont le pouvoir de séduction est susceptible de détourner les plus déterminés de leur projet d’apprentissage (Dumazedier, 2002). Refuser aux MOOC leur caractère démocratisant sur la base de considérations sociodémographiques, cela revient à dénoncer le caractère anti-démocratique de toute production intellectuelle dont l’usage est socialement déterminé : livres, essais, conférences. Démocratiser l’enseignement via Internet, ce n’est pas imposer son usage à tous, mais offrir au plus grand nombre l’opportunité de se former. Il appartient ensuite à chacun de se saisir ou non de cette opportunité.

Au-delà du problème de la démocratisation, certains suggèrent que la production de ces cours ne répondrait à aucun besoin particulier (Engel 2013) dans la mesure où l’université est relativement simple d’accès. Mettons pour le moment de côté les frais d’inscription des universités anglo-saxonnes, ou les difficultés d’accès à la formation initiale qui prévalent dans nombre de pays du Sud, pour nous concentrer sur le cas français. Ce n’est pas tant l’accès à l’université que celui à la formation tout au long de la vie qui pose problème en termes d’inégalité. Les contraintes temporelles, géographiques et administratives peuvent être tout aussi bloquantes que les contraintes financières. Une fois engagé dans la vie active, accéder à une formation donnée sur un thème donné et ce au moment approprié demeure un véritable défi. Beaucoup de salariés ne bénéficient de guère plus d’une vingtaine d’heures de formation par an, soit approximativement l’investissement nécessaire pour obtenir le certificat d’un MOOC. Pour ceux qui suivent plusieurs dizaines de ces cours en ligne par an, le changement est de taille. Néanmoins, ils sont rares, et la démarche doit passer à l’échelle pour peser dans la balance à l’échelle des systèmes de formation. La formation continue est de plus en plus réceptive à l’idée de reconnaître et d’intégrer les cours suivis en ligne. La formation initiale suivra-t-elle le même chemin ?

Références

Dumazedier, J. Vers une Civilisation du Loisir ?, Seuil, Paris, 1962
Dumazedier, J. Penser l’autoformation. Société d’aujourd’hui et pratiques d’autoformation. Chronique Sociale, 2002
Engel, P. Les MOOCS : Cours massifs ou armes de destruction massive ? Qualité de la Science Française. 24 mai 2013
Hollands, M., Tirthali, D. MOOCs : expectations and realities. Colombia University 2014
Ho et al., HarvardX and MITX, Two Years of Open Online Courses, 2015
Papanno, L. The Boy Genius of Ulan Bator, The New York Times, 13 novembre 2013
Tough, A. The Adult Learning Projects, a Fresh Approach to Theory and Practive in Adult Learning, 1971.

Au fait, la soutenance de thèse s’approche à grands pas :

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