Pourquoi je vais (malgré tout) continuer à alimenter un (des) blog(s) sur les MOOC

Il s’en est passé du temps depuis mon dernier billet en juin dernier et l’obtention de mon doctorat en juillet. Il y a pas mal de raisons à cela. L’une d’entre elles, c’est qu’on m’a reproché d’avoir tenu un blog pendant ma thèse, et qu’il y avait une porosité trop importante entre mes travaux de recherche et mon blog. J’avoue avoir été quelque peu surpris d’une tel reproche, mais j’ai fini par me soumettre de mon plein gré à cette injonction, en m’auto-censurant plus qu’il ne le faut. Sans doute à tort. Je pense qu’il est particulièrement positif de bloguer pour un doctorant, à condition de le faire de manière intelligente. Quelques réflexions personnelles sur le sujet…

Le fait de tenir un blog de recherche est une pratique de plus en plus courante parmi les doctorants, mais sans doute encore trop récente pour ne pas attirer l’attention. Il peut être surprenant de constater qu’il existe un certain recouvrement entre blog et manuscrit de thèse, au point que près d’un billet sur cinq est directement issu de mon manuscrit. C’est un parti pris entièrement assumé, et à vrai dire, si cela ne tenait qu’à moi, la quasi-totalité de mon travail, manuscrit et annexes comprises, aussi imparfait soit-il, serait déjà en ligne sous forme de billets de blogs. Je n’ai aucun scrupule à partager en ligne un travail imparfait pour une raison simple, c’est précisément parce qu’il est imparfait que je le partage.

La première justification du blog réside dans la possibilité de formaliser sa pensée, et d’échanger avec des collègues par écrits interposés. C’est aussi une version numérique du séminaire de travail. Publier sur un blog, c’est offrir des points de vue, des lectures, des pistes de réflexion à des collègues, mais c’est aussi et surtout s’exposer à leurs critiques. Certes, vous ne les verrez pas dans la section commentaires des billets de blog, car ce n’est pas par ce canal que passent les échanges véritables, mais beaucoup de mes billets ont suscité d’intéressantes discussions avec les quelques doctorants qui s’intéressent de près ou de loin à la question des MOOC. Bien des fois ils m’ont souligné quand je me fourvoyais, m’ont proposé des lectures, des pistes de réflexion. Je conçois la recherche comme un travail collaboratif, en temps réel, et la temporalité comme le format de la publication scientifique ne sont pas adaptés à ce type d’échanges, puisque, par nature, les éléments partagés dans les blogs ne sont pas aboutis. Il existe des approximations dans ce que je partage, puisque c’est aussi parce qu’elles existent que je les partage. Une partie croissante du manuscrit devrait être disponible sur mon nouveau blog Numpedago (du réseau Hypothèses).

Il y a ensuite la question des valeurs de l’Open Education que je défends au quotidien ; comme beaucoup d’autres militants du même acabit, je prône la transparence à toutes les étapes de la production scientifique. Tout ce qui est produit par le service public doit être partagé, et accessible à tous, le plus rapidement possible. J’ai dû faire d’énormes concessions en ne publiant pas au fil de l’eau sur mon blog les résultats issus de mes analyses quantitatives, pour des raisons évidentes liées aux règles de l’édition scientifique, mais ces concessions s’arrêtent là. Certes, ma démarche revient à publier des éléments non aboutis, mais le standard de qualité qu’il faut considérer à cet égard ne doit pas être celui de la publication scientifique, mais celui du niveau moyen d’un article sur le Net.

Les MOOC ayant fait le buzz, j’ai vu apparaître en parallèle du début de ma thèse un nombre incroyable d’articles truffés d’inexactitudes, ce qui a fini par m’agacer. Aussi imparfaites qu’aient été mes publications, elles étaient le fait d’un doctorant qui passait le plus clair de son temps sur la question des MOOC, et qui, a priori, s’il fait normalement son travail, connaissait son sujet. Certes, l’audience n’est pas celle d’un journal ; le blog ne touche que 10.000 à 20.000 lecteurs par mois, mais il suffit que ce soient les bonnes personnes, celles qui s’intéressent véritablement aux MOOC (ou les journalistes qui, du coup, se basent dessus), pour qu’il remplisse sa mission.

Je suis désormais en post-doctorat, et si mon rythme de publication va sans doute baisser, je vais continuer à publier sous forme de billets de blog ce que je n’ai pas pu (ou pas voulu) mettre dans des publications scientifiques. La question à mes yeux n’est pas de savoir si oui ou non il faut bloguer en tant que chercheur, mais comment bloguer sans que cela nuise à la qualité de notre travail, et pour optimiser la valorisation de nos différentes activités, qu’elles conduisent ou non à la publication d’articles scientifiques.

Et bien évidemment, bonne année 2017 à tous !

10 Comments

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10 Responses to Pourquoi je vais (malgré tout) continuer à alimenter un (des) blog(s) sur les MOOC

  1. Ca fait plaisir d’avoir de tes nouvelles ! Et félicitations pour ton doctorat ! Et bonne année 2017 ! Et… non c’est tout.

  2. Rochane

    Bonjour,
    J’ai bien l’impression que les MOOC ne sont plus ces dispositifs innovants dont on parlait beaucoup et partout.
    Est ce que je me trompe si je dis que les MOOC, comme on les a connus (xMooc et cMooc) sont une espèce en voie de disparition ?
    D’autres dispositifs différents sont en train d’éclore …

    • matthieu-cisel

      C’est pas tout à fait faux, mais ça survit encore un peu sous l’ancien format … ça vivotte quoi. Les « nouveaux » formats sont plutôt d’anciens formats remis au goût du jour, ou popularisés …

      • Olivier Ridoux

        MOOC ou pas MOOC il me semble qu’il reste plein de raisons pour que des établissements d’enseignement supérieur s’intéressent à un public hors les murs, hors le temps souvent aussi. Les MOOC sont juste un comment destiné à répondre à un pourquoi. Le comment s’essouffle, mais le pourquoi reste. Pourtant, on oublie toujours les pourquoi !

  3. Ephraïm ANDRIAMBOLAMANANA

    Bonne année Matthieu et félicitations pour ton doctorat!
    L’évolution du MOOC et de l’e-Learning tout comme le numérique est très rapide et on apprécie toujours les partages et les discussions des anciens et surtout des nouveaux formats :)

  4. romain-pierronnet

    Cher Matthieu
    J’avais effectivement entendu parler de ce reproche qui t’a été fait, reproche qui m’a aussi interpelé puisque je dois soutenir cette année …
    On est dans une forme d’injonction paradoxale, ou dans des injonctions inégalement partagées, entre :
    – des chercheurs qui s’estiment insuffisamment reconnus par la société
    – une injonction sociétale à rendre la recherche accessible au plus grand nombre
    – une injonction à accroître ses publications scientifiques (dans des revues)
    – une injonction à soutenir dans les temps, c’est à dire en employant au mieux son temps (« au mieux », cad ?)
    – etc.
    On m’a aussi fait, ponctuellement, des commentaires du type « pourquoi tu perds ton temps à bloguer ou à écrire pour the Conversation plutôt que de publier dans des revues ? ». Je ne caricature même pas, on me l’a dit mot pour mot.
    Bref, finalement, est-ce qu’on attend d’un doctorant qu’il « passe sa thèse d’abord » en étant focalisé sur son intégration au seul monde académique, ou bien admet-on l’idée qu’un doctorant peut aussi s’ouvrir à d’autres réseaux (souvent d’ailleurs au bénéfice de sa recherche) ?

    • matthieu-cisel

      Je réponds brièvement faute de temps, mais je partage ton analyse. Le truc, c’est que le blog m’a aussi largement ouvert les portes du milieu académique. On m’a proposé des postes de MCF deux ans avant ma soutenance dans une très large mesure du fait du blog. Une grande partie des recherches et des données que j’ai pu acquérir se fondent sur le blog. Je pense qu’il faut gérer son temps au mieux, et ne pas s’y perdre, mais il faut que les générations qui nous précèdent voient qu’il ne s’agit pas que d’une dispersion, mais aussi d’un outil précieux pour sa carrière, à tous points de vue.

  5. Lydie P

    Bonjour,

    Bravo pour le doctorat. Très intéressée par les MOOCs et par le numérique en général (le sujet de mon mémoire de Master 2 portait sur les MOOCs et le rapport au savoir), je continuerai à suivre avec intérêt tout ce qui s’y rapporte.

    Bonne année 2017

  6. Gaell

    Matthieu, je vous souhaite une très bonne année 2017. Vos articles sont toujours un plaisir à lire, je vous encourage donc à continuer. Au diable, les grincheux…. Vous n’avez jamais prétendu que vos articles étaient la science infuse. Comme vous le dites, c’est de la communication internet qui s’adresse à des personnes en recherche, libre à chacun de vérifier vos dires.
    Bonne continuation et au plaisir de vous lire.

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