Les principaux résultats de ma thèse sur les MOOC (partie 1)

DiplomaDans ce billet comme dans celui qui suit, je vais vous présenter comme promis quelques-uns des résultats de ma thèse. Le billet d’aujourd’hui est consacré à différentes formes d’attrition que sont les cibleurs, le retrait volontaire et la non-participation.

Les cibleurs, un cas de figure marginal

Nous nous sommes intéressé dans un premier temps à la question des cibleurs, ou attainers (Terenzini, 1987), dont les objectifs ne correspondent pas à l’obtention du certificat. La question des objectifs des inscrits est difficile à appréhender du fait d’un certain nombre de biais méthodologiques. Tout d’abord, l’éventuel objectif que se fixe le participant peut évoluer rapidement au fil des interactions avec le cours, et peut donc avoir changé considérablement entre l’inscription et la réponse à un questionnaire, fut-il diffusé dans les premiers jours de la formation. Ensuite, les participants souhaitant terminer la formation pour en obtenir le certificat sont plus enclins à répondre aux questionnaires, comme les analyses de Reich (2014) sur une demi-douzaine de MOOC de Harvard l’ont démontré, ce qui met à mal la représentativité des réponses.

Nous avons préféré par conséquent privilégier l’analyse des traces d’activité aux données auto-déclarées, qui ne souffre pas des biais d’auto-sélection, en cherchant parmi les non-certifiés deux types de comportements observables susceptibles de représenter un projet distinct de l’obtention du certificat. Le premier réside dans un suivi discontinu de la séquence pédagogique, qui reflète le fait que certains participants sélectionnent parmi les activités pédagogiques, et surtout parmi les thématiques du cours, celles qui correspondent à leurs besoins. Le second correspond au fait de visionner la plupart des vidéos pédagogiques du MOOC sans participer pour autant à suffisamment d’activités évaluées pour obtenir le certificat.

Koller et al. (2013) affirment que sur Coursera, les non-certifiés qui visionnent plus de 90% des vidéos pédagogiques du cours – et que nous avons nommé visionneurs assidus – sont deux fois plus nombreux que les certifiés. Nous montrons que le suivi discontinu d’une séquence pédagogique est un cas relativement rare parmi les non-certifiés, et que les visionneurs assidus ayant visionné les vidéos depuis la plate-forme sont, dans la quasi-totalité de la douzaine de MOOC de Coursera et de Unow que nous avons étudiés, largement minoritaires face aux certifiés. A l’inverse, les téléchargeurs assidus, les non-certifiés qui téléchargent plus de 90% des vidéos pédagogiques du cours, sont nettement plus nombreux que les certifiés. Il est essentiel de distinguer le visionnage depuis la plate-forme et le téléchargement, car le simple fait de télécharger une vidéo pédagogique ne garantit en rien que celle-ci est visionnée par la suite. Ces différents résultats nous amènent donc à tempérer l’hypothèse avancée par Koller (2013), selon lequel la forte proportion des cibleurs contribuerait à expliquer le manière significative les faibles taux de certification observés.

Retrait volontaire et non-participation, les formes d’attrition dominantes

Nous passons dans un second temps en revue les autres formes d’attrition, du retrait volontaire à la non-participation, en montrant notamment que l’échec académique reste un cas de figure relativement peu fréquent. L’analyse des traces d’activité révèle que dans la plupart des MOOC de Coursera étudiés, près de la moitié des inscrits ne se connectent jamais au cours, ou, lorsqu’ils le font, ne visionnent ni ne téléchargent aucune des vidéos pédagogiques, un argument suggérant que la non-participation représente l’une des formes d’attrition majoritaires. Il demeure une certaine ambiguïté parmi ceux qui réalisent davantage d’actions au sein de la formation.

En l’absence des carnets de notes, mais aussi et surtout dans l’ignorance relative des politiques de notation mises en place par les équipes pédagogiques, il est difficile de distinguer ce qui relève du retrait volontaire de ce qui relève davantage de l’échec académique. Nous soutenons l’idée selon laquelle cette dernière forme d’attrition est minoritaire, sur la base de l’analyse des politiques de notation des MOOC de FUN. Dans la plupart des formations analysées, l’obtention du certificat repose uniquement sur des exercices évalués automatiquement, et en particulier sur des questions à choix multiples autorisant plusieurs tentatives, alors même que les contenus sur lesquels portent ces évaluations sont généralement à la disposition des participants au moment de l’évaluation.

L’analyse des pages de présentation des MOOC de FUN, c’est-à-dire des pages où l’on trouve le descriptif des cours et depuis lesquelles il est possible de s’inscrire à la formation, semble corroborer cette hypothèse. La plupart des cours se veulent introductifs selon l’analyse de ces pages, et déclarent être accessibles au grand public ; rares sont ceux qui déclarent n’être destinés qu’à un seul public d’étudiants ou de professionnels.

Enfin, nous minimisons l’importance de la forme d’attrition qu’est le retour, qui correspond au fait de se réinscrire à une édition ultérieure du cours et d’en obtenir le certificat. L’analyse des données d’inscription de FUN montre que s’il est relativement fréquent pour les non-certifiés de s’inscrire à une nouvelle itération de la formation – un peu plus de 10% sont concernés pour la quarantaine de cours qui se trouvent dans cette situation – il est rare que le certificat soit obtenu la seconde fois. Une fois établie la preuve de la prépondérance des formes d’attrition que sont le retrait volontaire et la non-participation, nous avons cherché à identifier certains des mécanismes qui sous-tendent leur importance, à commencer par l’inscription à de nombreux cours sur une même plate-forme.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Dans le prochain billet, nous reviendrons sur mes dernières grandes familles de résultats.

PS : Au fait, comme d’habitude, la bibliographie associée à ce billet est disponible sur le portail Adjectif (d’où provient cet article)

1 Comment

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One Response to Les principaux résultats de ma thèse sur les MOOC (partie 1)

  1. Dumas-Decaestecker

    Merci Matthieu pour ces partages, très utiles pour mon développement de MOOC!

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