Des « MOOC de valorisation » aux « MOOC de collecte de données »

DiplomaLe billet d’aujourd’hui débute une lignée de billets sur les motivations des concepteurs de MOOC, avec des extraits issus d’entretiens anonymisés que j’ai réalisés au cours de ma thèse. Ce travail s’inscrivait dans la continuité d’une courte recherche publiée par Hollands & Trivarti à Columbia sur les concepteurs de MOOC et leurs motivations. De manière informelle, j’appelle les cas de figure d’aujourd’hui les « MOOC de valorisation de contenu », et les « MOOC de recherche d’autre part ». Je ne l’ai retrouvé nulle part dans la littérature grise ou scientifique. Dans les MOOC de valorisation de contenu,  ce n’est pas tant l’institution ou l’enseignant que le contenu d’un enseignement pré-existant au MOOC que l’on cherche à mettre en valeur. La fonction du dispositif est alors de préserver des contenus ou un enseignement en les centralisant et en les rendant accessible au public.

Nous distinguerons deux cas, relatifs à l’importance donnée au développement d’une audience autour de ces contenus ; dans le premier cas, seule compte l’accessibilité des contenus, tandis que dans le second, les usages qui s’y rapportent revêtent une certaine importance auprès des concepteurs. Nous pourrions parler de sauvegarde par l’accessibilité dans le premier cas, de sauvegarde par l’usage dans le second. Le premier cas est illustré par cet enseignant en fin de carrière, qui considère que la fonction première de son cours de programmation est de faire perdurer le matériel  qu’il a créé au cours de ses années d’enseignement.

En fait on a accumulé pendant plein d’années plein plein d’exercices, comment dire, de savoir-faire, etc, donc je suis pas reparti de zéro. […] Vu qu’il y avait plein de matériel qui avait été accumulé, je me disais que ce serait bien d’en faire quelque chose. Du coup les MOOC sont arrivés exactement à ce moment-là. Dans le fond, essayons de faire en sorte que tout ce matériel accumulé puisse, comment dire, perdurer.

Il attache peu d’importance à l’audience du dispositif, les critères de succès du projet sont la qualité pédagogique de la formation ; toute personne suivant le MOOC doit être en mesure de réaliser les exercices de l’examen final.

On peut toujours, comment dire, rêver, obtenir quelques milliers d’étudiants. Là actuellement par exemple le nombre d’inscrits alors que je fais de la pub depuis plus d’un mois il est ridicule, il est de 50. Donc effectivement c’est comment dire, c’est pas énorme, mais bon, si ça sert à 50 personnes c’est déjà ça. […] Les critères de succès je dirais sont les classiques, c’est-à-dire les gens qui s’attèlent vraiment à faire les exercices, est-ce qu’ils réussissent l’examen final qu’on leur propose.

Le cas de sauvegarde par l’usage est illustré par cette enseignante de langue et civilisation médiévale qui a trouvé dans le MOOC un moyen de faire renaître un cours qui avait disparu des maquettes pédagogiques faute de moyens.

Ça fonctionnait dans le cadre d’un programme et il y avait une licence et un master d’Occitan mais par faute de moyens, ça a dû fermer. Donc j’ai passé une année sans enseigner ni la langue ni ma culture donc c’était un peu dur. J’ai réussi à ouvrir un cours du soir de langues et il me manquait quand même le pan culturel, médiéval. Et je me suis dit qu’il fallait tenter ce MOOC. Le MOOC vient pallier pour moi le manque d’ouverture en présentiel, la possibilité d’avoir un espace pour enseigner le médiéval.

Comme bonus de fin de billet, je souhaite conclure sur le cas des MOOC pensés comme dispositifs de collecte de données. Par les audiences qu’ils réunissent et par les traces qu’ils permettent de collecter, les MOOC peuvent se révéler d’excellents outils de collecte de données et donc contribuer à des travaux de recherche, au-delà des seules sciences de l’éducation. La motivation « Faire progresser la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage » constitue une catégorie à part entière de la typologie de Hollands & Trivarti. L’importance de ce cas de figure nous semble cependant surestimée par ces auteurs lorsqu’ils affirment que 20% des répondants de leur enquête se reconnaissent dans cette motivation. Elle n’est apparue qu’à une seule occasion au cours de mon enquête, dans les propos d’un enseignant désireux de faire progresser les connaissances sur les MOOC.

Le deuxième but c’était de faire de la recherche, de penser le MOOC comme un dispositif de recherche : on va collecter des données et on va pouvoir faire avancer la connaissance dessus donc faire des présentations, etc. […] Donc les critères de succès, c’est un peu ça. Et le but c’est aussi d’aider d’autres concepteurs de MOOC. C’est pour ça que je fais vraiment des efforts pour publier des statistiques, analyser des vidéos, etc.

S’il est vrai que la grande majorité des travaux réalisés à partir des données collectées au travers de ces dispositifs s’inscrivent dans le champ des sciences de l’éducation, on retrouve d’autres champs disciplinaires comme la psychologie sociale. Les MOOC représentent une occasion de réunir des milliers de personnes à même de répondre à des enquêtes ou de participer à des expériences, occasion dont les chercheurs en sciences humaines et sociales sont susceptibles de saisir.

Voilà, c’est le premier billet d’une courte série. Dans les billets qui suivent, nous parlerons sûrement des MOOC centrés sur la recherche d’économies, ou sur la création de communautés.

Leave a Comment

Filed under Non classé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>