Modèles économiques des MOOC : points de vue de concepteurs

Nous poursuivons aujourd’hui notre série de billets sur la question des motivations de concepteurs de MOOC, en nous focalisant cette fois sur la question du « business model », et des rétributions qu’ils reçoivent, sujets parfois sensibles dans le milieu universitaire. La question des profits et économies n’a été que rarement évoquée par les concepteurs que j’ai interviewés. Néanmoins, nous allons rapporter quelques propos relativement éclairants quant à l’état d’esprit dans lequel nombre d’entre eux se situent.

Nombreux sont ceux qui, avec cette enseignante d’anglais,  soulignent le caractère gracieux de leur engagement dans la conception du dispositif :

Là je fais tout ça gratuitement en fait, bon bah voilà. Bon, évidemment, si toutes ces heures peuvent amener à quelque chose pourquoi pas. Je vous avoue que j’ai pas du tout pensé à ça pour le moment.

Aucun enquêté n’évoque la recherche de revenus supplémentaires ; certains évoquent en revanche l’éventualité d’une réduction des coûts du diplôme, sans avoir poussé la démarche jusqu’à mettre en œuvre ce projet.

On ne gagnera pas de l’argent avec des MOOC. Je n’y crois pas une seconde. On va peut-être simplement réduire les coûts.

La seule réflexion approfondie sur la réduction des coûts relatée dans notre enquête est issue d’un enseignant d’écononomie, qui estime que son MOOC pourrait permettre de réaliser des économies d’échelle en étant intégré en marge d’un diplôme universitaire. Le cours serait alors imposé comme prérequis pour l’inscription à la formation.

C’est un complément qui peut être utile à différents moments de l’université, soit en première année, deuxième ou troisième année, soit en quatrième année. Soit c’est un complément pour les gens qui sont déjà entre économie et droit, qui voient le passage entre les deux, soit c’est pour les gens qui sont en M1, qui veulent se préparer un M2 [Nom de la discipline], et pour qui ça faciliterait le passage également […] Vous voyez, on imposerait le certificat en même temps que le MOOC, comme prérequis pour être admis.

Il précise que ce n’est pas dans le cœur du diplôme que ces économies pourraient être réalisées, mais sur des unités d’enseignement proposées dans une logique de formation interdisciplinaire.

L’idée c’est de proposer bah ces cours en mineure sous forme de MOOC, de subir le coût fixe une bonne fois pour toute, et puis voilà, mais en ayant dans l’esprit qu’on va s’adapter à un public un peu différent de d’habitude, donc il faut réfléchir à ce public. […]  C’est comme ça qu’on fait ici, il y a d’autres établissements qui font ça aussi, dès le départ pensent à faire des MOOC dans un esprit un peu d’économie. On n’économise pas sur la partie cœur de diplôme, mais sur la partie un peu mineure.

En ce qui concerne la recherche de profits, on notera que certains enseignants font la promotion de livres payants dont ils sont parfois les auteurs, ils ne sont que 10% d’après l’enquête de Kolowich (2013). Seuls 6% pensent pouvoir trouver un bénéfice économique dans le projet, la plupart des enseignants disent au contraire avoir pris un temps considérable sur leurs activités principales, recherches ou enseignement. Ce cas de figure n’apparaît à aucune reprise dans notre enquête ; certains enquêtés recherchent en revanche un équilibre financier, non pas via le dispositif lui-même, mais au travers des bénéfices secondaires qu’il apporte en termes de visibilité. D’après cet enseignant d’entrepreneuriat, le MOOC permet d’attirer une clientèle susceptible de s’inscrire à des formations continues organisée en aval, permettant ainsi d’autofinancer le projet.

On a eu aussi des retours en exécutif sur le premier MOOC ; à la question de la rentabilité du MOOC, je l’ai quasiment autofinancé avec les formations en présentiel qu’on a eues derrière. Des types qui ont suivi le MOOC ont demandé derrière des formations pour leurs cadres et leurs équipes.

Une analyse plus précise des coûts de conception du dispositif pourrait enrichir la réflexion sur la dimension économique des motivations des concepteurs. D’après les études publiées dans la littérature scientifique (Hollands & Thirtalli), études qui confortent mes observations, la mise au point d’un MOOC nécessite parfois plus d’un millier d’heures pour une première itération du cours, un investissement qui aux Etats-Unis peut représenter de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers de dollars. Ce coût chute avec les réitérations, mais reste néanmoins conséquent. Dans ces conditions, seule une articulation étroite avec le système de formation pourrait éventuellement permettre de réaliser des économies, cas de figure sur lequel nous nous pencherons dans le prochain billet.

2 Comments

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2 Responses to Modèles économiques des MOOC : points de vue de concepteurs

  1. Fedon

    Qu’en est-il de la valorisation des données sur eux-mêmes que les apprenants laissent sur les plates-formes MOOC?
    Ce n’est apparemment pas un sujet en France voire en Europe, mais je ne serais pas étonné que ce soit le sujet dominant dans les pays anglo-saxons, les USA bien sûr en premier.

    • matthieu-cisel

      Cela a beaucoup été évoqué en effet, mais dans la pratique ce ne s’est jamais vraiment mis en place. Il y a bien eu des tentatives d’intermédiation payante, qui sont une application de la valorisation des données, mais elles ont largement avortées. Peut être qu’avec le rachat de Lynda.com par LinkedIn, les choses vont bouger sur ce front-là.

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