Le MOOC comme outil de développement personnel

Nous avons commencé à parler, au cours du dernier billet, de la logique d’éducation non-formelle qui prévaut dans un certain nombre de MOOC, en nous focalisant sur la question de la formation professionnelle. Je voudrais conclure aujourd’hui sur le fait qu’un certain nombre de concepteurs s’inscrivent dans une autre logique d’éducation non-formelle, celle du développement personnel. Certains MOOC n’ont pas vocation ni à former des étudiants, ni à jouer un rôle de formation professionnelle.

La logique de développement personnel, qui regroupe selon Carr-Hill une large gamme d’institutions et d’activités, de l’apprentissage des langues à celui des sports et de la musique, est quant à elle largement représentée dans les discours des concepteurs de MOOC. Ce concepteur d’un MOOC de littérature vise avant tout un public de fans de littérature et souligne le fait que le dispositif ne visait pas un public professionnel.

On visait plutôt les fans, les gens qui voulaient un peu découvrir plus. Je voyais pas trop le côté professionnel. […] On pensait avoir des gens qui connaissent soit les séries, soit quelques livres, et qui voulaient compléter leur culture. On était partis plutôt sur des gens qui pour le fun voulaient en savoir plus.

Pour autant, le cours maintient une forme universitaire. Une approche courante consiste à conserver un format universitaire mais à sélectionner un cours de un niveau introductif, à peu près équivalent aux formations dispensées au cours des premières années d’études. Il demande aux différents intervenants de la formation de faire des efforts quant au vocabulaire pour que le cours reste à un niveau accessible au plus grand nombre, mais qui insiste sur la similitude avec le format universitaire. Plus qu’une stratégie d’adaptation, on pourrait davantage parler ici d’une stratégie de sélection de cours pour débutants.

On a essayé de faire quelque chose d’universitaire, c’est-à-dire précis, en allant chercher, en mettant des références, c’est le côté vraiment universitaire, mais en essayant de rester accessibles, c’est-à-dire que de toute façon globalement, à part peut-être une intervenante qui a un vocabulaire un peu plus soutenu, tout le monde a fait un effort pour présenter les infos de manière intelligible par tout le monde. […] Je pense que ça correspond à un niveau de première ou deuxième année chez nous.

Une autre stratégie consiste à sélectionner non pas des formations habituellement dispensées uniquement dans les premières années d’études, mais des formations, qui, si elles peuvent être intégrées dans des cursus universitaires à quelque niveau que ce soit, ne nécessitent pas pour autant de prérequis. C’est par exemple le cas de ce MOOC, que le concepteur apparente davantage à un atelier qu’à un cours, atelier qui pourrait être donné à quelque niveau que ce soit.

Ce cours je pourrais le refaire en fac et même avec des élèves de M2 je pense qu’il faudra rester sur un vocabulaire très très simple. Mais c’est aussi parce que c’est vraiment plus un atelier qu’un cours au sens où la transmission de points théoriques est très limitée.

Les enseignants de sciences suivent fréquemment une logique de vulgarisation, comme pour le cours de cet enseignant d’astrophysique. Le MOOC lui paraît une opportunité de transmettre davantage de connaissances qu’il ne peut le faire dans le cadre de ses conférences grand public.

Non, l’idée est d’utiliser les MOOC pour viser le grand public. La motivation personnelle que j’ai c’est que j’ai fait pas mal de conférences grand public dans ce domaine et j’ai toujours à la fin plein de gens qui me sautent dessus et qui aimeraient en savoir plus. 

Cette logique de vulgarisation sous-tend souvent une volonté de rendre le citoyen plus informé sur des questions d’ordre sociétal, le but du MOOC étant alors de fournir les éléments clef pour mieux appréhender les éléments d’un débat. On retrouve cette démarche chez cette conceptrice de cours de développement durable:

Pour moi c’est vraiment la première fonction, c’est donner accès aux savoirs au plus grand nombre, pour moi c’est ça. […] Tous nos MOOC ont vraiment un lien avec les sujets [d’actualité] et on se dit que les gens peut-être comprendront mieux ce qui se dit dans les médias, ce que les politiques font, veulent faire, voilà.

Nous pouvons tout de même faire la distinction entre les concepteurs qui visent un grand public n’ayant pas nécessairement de prérequis d’un public que cette enseignante de biologie qualifie de « grand public averti ».

Le sentiment que j’ai c’est que c’est un grand public qui doit avoir quelques notions, qui a appris à un moment un peu de biologie. Par exemple, sur le forum, il y a eu quelques interventions de gens qui travaillent dans des associations de patients. C’est des gens qui ont un background de biologie qu’ils se sont faits eux-mêmes. On n’est donc pas complètement grand public. C’est un grand public averti on va dire.

Bon, maintenant que nous avons fait le tour de quelques positions de concepteurs de MOOC quant au public visé, il faut bien le dire, nous n’avons pas toujours le chic pour trouver un positionnement qui satisfasse le public que l’on prétend atteindre, ce qui peut expliquer que l’on aient des retours de cette nature de la part d’utilisateurs investis dans le suivi de MOOC.

En fait, pour moi ils [les enseignants] sont en train de tuer les MOOC. Dans le sens où un MOOC tu vois ce qui était intéressant, c’est que justement c’était plus l’enseignant qui avait le rôle principal, et c’est ça qui était bien. Mais en fait au fur et à mesure, ils sont en train de se repositionner en fait, ils sont en train de récupérer le rôle central. On sent qu’ils ont pas l’habitude, ils ont pas l’habitude. […] T’as des gens qui sont très bons dans leur domaine. Mais faire un MOOC c’est vraiment autre chose. Voilà c’est entre animateur et formateur, et les MOOC universitaires on a en fait des enseignants, des enseignants-chercheurs, et ils sont éloignés de l’animation, et ils sont pas formateurs non plus. Il est pour autant délicat d’établir une équivalence entre le discours et la volonté des concepteurs de MOOC, et la réalité du phénomène, le vécu des participants.

Pour conclure, je dirais que maintenant que vous avez une vision un peu plus précise du public que visent généralement les concepteurs de MOOC, ce serait sympa d’avoir une vision un peu plus quantitative de la question, en analysant, par exemple, les pages de présentation des cours. C’est un travail que j’ai réalisé sur les MOOC de France Université Numérique, de même qu’une collègue doctorante, Eléonore Vrillon. Je ne peux vous en dire plus pour le moment, car c’est en cours de publication, mais je vous tiens au courant, et je vous présenterai mes résultats dès que possible.

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