Que valent les certificats de MOOC ? Points de vue de concepteurs (2/3)

Diploma Nous poursuivons aujourd’hui la question de la valeur des certificats de MOOC, du point de vue des concepteurs. Aux concepteurs qui inscrivent le certificat dans le champ de l’évaluation de type évaluation d’acquis, de prérequis ou de capacités de travail, on peut opposer les concepteurs qui y voient avant tout un outil d’évaluation formative, qui permet de s’auto-évaluer, ou de s’assurer que le participant a visionné les vidéos du cours. Il peut également servir, tout simplement, de bête et méchante source de motivation. Bref, de carotte. Quelques mots sur le sujet…

Le certificat peut n’être qu’un outil pour inciter les participants à réaliser les évaluations formatives. Pour cet enseignant, la fonction du certificat réside dans la possibilité de pousser les participants à réaliser des quiz, simples à ses yeux, dont l’objectif est avant tout de s’auto-évaluer pour favoriser l’assimilation des connaissances.

On s’est posé la question du contrôle. Je pense qu’il est important de vérifier son niveau. L’intérêt du quizz noté, c’est de faire l’effort de se poser la question de savoir ce qu’on a ingurgité. On pose donc cinq questions que moi je trouve simple avec trois réponses possibles. C’est plus pour faire l’effort de se poser la question, de se dire qu’est-ce que j’ai appris, etc. […] Notre idée est surtout de décomplexer les gens vis-à-vis du truc noté. […] Mais le but est vraiment d’emmener le maximum de gens le plus loin possible à condition que ce soit des gens qui se posent des questions.

Tous les concepteurs de MOOC ne s’identifient pas aux positions que nous venons d’exposer, un certain nombre d’entre eux tempèrent la valeur des certificats, d’autres vont jusqu’à montrer une certain hostilité vis-à-vis de leur délivrance. C’est par exemple le cas de cet enseignant d’un cours entrepreneuriat, qui a créé un système d’attestation en urgence à la demande des participants, alors qu’elle n’était pas prévue à l’origine.

Moi, c’est un truc [le certificat] qui ne m’intéresse pas beaucoup. De fait, il y a une demande. On a fait une attestation un peu en catastrophe sur la  du MOOC parce que ce n’était pas prévu et à la fin du MOOC les gens nous ont dit : « est-ce qu’on obtiendra une attestation ? » Tu imagines la réaction en interne. On a dû en catastrophe monter un système d’attestation qui n’est pas très compliqué mais bon. […] C’est quelque chose qui vient en plus pour ceux qui veulent. Mais je t’avoue que ça ne m’intéresse pas énormément.

Tâchons de comprendre pourquoi nombre de concepteurs n’attribuent pas une grande valeur au certificat. Certains comprennent que c’est une source de motivation, et acceptent de mettre en place cette certification simplement pour inciter les participants à terminer le cours :

On dit vous êtes arrivés à la fin, mais il n’y a pas d’attestation. […] On l’a pas fait lors des deux premières saisons, parce que tout simplement ce que j’essaie de dire aux gens, le premier critère de réussite c’est si vous avez l’impression que déjà vous vous avez progressé. […] Pour tout ce qui est atelier de loisir créatif, je pense que ça peut être compliqué les certifications. Mais par exemple si je faisais un cours de philo, où il y aurait une dimension histoire de la philo où il faudrait que les gens aient absorbé certaines connaissances, là ça ferait sens, c’est vraiment l’objet pédagogique qui fait que dans certains cas la certification se justifie et dans d’autres elle ne se justifie pas.

Cette enseignante de littérature estime que le MOOC s’inscrit dans une logique de partage des savoirs et doit se démarquer de la logique scolaire que reflète la logique du certificat. Pour cette raison, son obtention est facilitée par un seuil d’obtention bas et des exercices simples. Elle fait le parallèle entre MOOC et conférence, et, bien qu’elle ait accepté de proposer une attestation, elle affirme qu’on ne délivre pas d’attestation à la fin d’une conférence.

Il semble que l’attestation soit une motivation pour certains apprenants ; ça correspond plutôt à une carotte pour l’apprenant. Il faut aussi avouer que les QCM représentent la partie qui a été le moins travaillé. Pédagogiquement, il fallait mettre quelque chose et c’était important que l’apprenant ait l’impression à la fin du parcours d’avoir quelque chose en plus.

Cet enseignant estime par exemple que le certificat est facile à obtenir est qu’il n’est là que pour reconnaître un investissement temporel ; il correspond alors à une feuille de présence plus qu’à un diplôme.

Je comprends bien que ça demande du travail et que ça doit être valorisé d’une manière ou d’une autre. Je ne suis pas contre mais ce n’est clairement pas un diplôme. […] Mais je trouve ça normal qu’on puisse donner un bout de papier quand quelqu’un a fait un effort substantiel pour suivre une formation au sens large. […] C’est plus une feuille de présence parce que les quizz sont très simples et on exige 50% de bonnes réponses. Il faut cliquer sur l’ensemble des vidéos.

C’est d’ailleurs la position que l’on retrouve dans ces propos :

C’est rigolo de faire les quizz mais l’attestation c’est une attestation. C’est vrai que celui qui a fait tous les quizz, il a vu toutes vidéos. Ce n’est pas possible autrement […] L’attestation veut dire qu’ils ont suivi le cours mais aussi qu’ils ont pris le temps de répondre aux quizz.

Nous avons aujourd’hui vu trois des fonctions que les concepteurs de MOOC attribuent au certificat : la feuille de présence, la carotte, et l’outil d’auto-évaluation. On comprend que dans ces conditions, un certain nombre de concepteurs ne soient pas chauds bouillants pour transformer ces certificats en diplômes. Bien sûr, il ne faut pas généraliser, et certains certificats sont durs à avoir, mais il faut bien avoir cette dimension du problème en tête avant de prendre des décisions quant à l’intégration directe des MOOC dans les cursus. Peut-être est-il parfois sage de concocter des évaluations en local.

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