Stratégies d’adaptation de concepteurs de MOOC

DiplomaNous avons vu au cours des dernières semaines que les concepteurs de MOOC visaient bien souvent d’autres publics que les étudiants, qu’ils adaptaient parfois le contenu de leurs discours au public qu’ils pensaient accueillir au sein de la formation. Je vous propose aujourd’hui de revenir brièvement sur la diversité des stratégies d’adaptation du contenu du cours qui sont susceptibles d’être adoptées.

Les stratégies d’adaptation sont de divers ordres. Le concepteur dont nous allons citer les propos ne transpose pas directement les cours qu’il dispense au sein de son institution, bien qu’il en conserve un certain nombre d’éléments. Le MOOC nécessite un haut niveau de prérequis, l’équivalent de deux années d’études en mathématiques ou en informatique. En revanche, certains passages sont exposés différemment, des démonstrations sont supprimées, et le nombre d’exercices imposés aux participants est réduit. On peut donc parler d’une stratégie d’adaptation globale, qui concerne tant le contenu des vidéos pédagogiques que celui des activités évaluées.

Au niveau du contenu de programmation et de la présentation, il y a beaucoup de choses qui sont reprises dans ce cours. Mais il y a une partie d’épreuves techniques et mathématiques que l’on a un peu mises entre parenthèses. Je les ai présentées de manière différente. Il y a des résultats que j’aurais pu démontrer mais que j’ai donnés. Il y a quelques épreuves que j’ai faites sous un mode culture générale. […] Le MOOC doit pouvoir sortir du scolaire. Dans le scolaire, il faut que chaque truc que l’on fait fasse l’objet d’une note. Dans un MOOC, si on part sur cette philosophie, je pense qu’on a fait un échec. Pourquoi un MOOC serait claqué sur un cours standard du point de vue de la notation ?

Une autre stratégie d’adaptation consiste à sélectionner non pas des formations habituellement dispensées uniquement dans les premières années d’études, mais des formations, qui, si elles peuvent être intégrées dans des cursus universitaires à quelque niveau que ce soit, ne nécessite pas pour autant de prérequis. C’est par exemple le cas de ce MOOC, que le concepteur apparente davantage à un atelier qu’à un cours, atelier qui pourrait être donné à quelque niveau que ce soit.

Ce cours je pourrais le refaire en fac et même avec des élèves de M2 je pense qu’il faudra rester sur un vocabulaire très très simple. Mais c’est aussi parce que c’est vraiment plus un atelier qu’un cours au sens où la transmission de points théoriques est très limitée, plutôt de trouver des mots qui sont faciles à mémoriser.

Cette stratégie qui consiste à choisir des cours introductifs ne correspond donc pas à une logique de vulgarisation, comme en témoignent les propos de cette enseignante de droit.

Là je dirais que le MOOC c’est un cours niveau 1, c’est les bases. Après on pourrait largement approfondir, aller beaucoup plus loin, là c’est les bases. […] Bah c’est le même, on peut pas inventer à l’infini un cours de droit, ou n’importe quel cours d’ailleurs. Vous avez une base. Après tout dépend du niveau que vous recherchez, ou du public que vous avez, et effectivement on peut toujours approfondir, on peut passer parfois, on peut passer plusieurs semaines sur un thème abordé dans ce MOOC. Si je prends une partie que j’ai traitée en cinq séances d’un quart d’heure […]. Rien que sur cette partie-là je peux passer plusieurs heures par semaine, parce que c’est tellement dense, tellement énorme, tellement compliqué, qu’on peut ensuite décortiquer et aller très très loin, mais le MOOC est une première approche. […] ce n’est pas de la vulgarisation.

Aux stratégies globales d’adaptation, on peut opposer une stratégie d’adaptation différenciée. Nous avons distingué deux cas de stratégie différenciée. Dans le premier cas, les différentes composantes du dispositif ne sont pas adaptées de la même manière. C’est par exemple le cas pour cette formation où le discours tenu dans les vidéos pédagogiques correspond à celui que l’on peut tenir dans une formation universitaire de niveau Master, tandis que le niveau des exercices proposés, ici des quiz, est baissé pour remplir un rôle d’évaluation formative.

On ne fait pas de la vulgarisation. Quand je vous disais au début, on s’est pas vraiment posés la question du public, on a toujours l’impression en fait de parler à des étudiants qui pourraient être inscrits dans nos Master ou des PhD. La seule chose que l’on downgrade si je puis dire, en terme de niveau, c’est ces quiz. […] On demande que ce soit pas du tout des quiz d’évaluation, enfin d’évaluation de niveau et d’excellence, mais des quiz uniquement pour maintenir la personne en confiance dans le MOOC.

A ce cas de différenciation niveau du discours / niveau des exercices, nous pouvons ajouter une seconde stratégie de différenciation, que l’on qualifiera « d’éclectisme didactique ». Cette stratégie correspond à la volonté de s’adresser à plusieurs publics simultanément. Nous avons relevé plusieurs manières d’implémenter cette stratégie. La première consiste à proposer des activités correspondant à différents niveaux d’exigence tout en maintenant un tronc commun de ressources pédagogiques. C’est par exemple la stratégie adoptée par ce concepteur, qui propose deux parcours correspondant à deux certificats.

On dit aux gens qu’ils peuvent suivre le parcours classique et s’ils veulent en faire plus ils choisissent le parcours avancé. Je reconnais que le parcours avancé vaut plus de crédits ECTS que le parcours classique mais le niveau c’est les gens qui le choisissent.

A vrai dire, même La plupart affirme adapter le cours pour un public de non-spécialistes, comme cet enseignant qui dispense un cours dans une discipline scientifique.

Il y a une adaptation. On veut qu’il y ait la même exigence de qualité; en revanche, le public étant différent, ça ne peut pas aller à la même vitesse. On adapte ça. Mais ce n’est pas une dégradation d’un contenu. Il faut que les MOOC deviennent une espèce de réfraction de ce qui se fait à [Nom de l’institution]. La réfraction ce n’est pas une image; ça s’adresse à un public différent mais en même temps, c’est le même sérieux scientifique. Si je prends l’exemple du mien, au point de vue contenu, on est allés plus loin que la plupart des cours standards. Mais on ne s’adresse pas à des futurs spécialistes de ça, c’est ça la grande différence.

Je conclurai sur cet extrait. On comprend bien que la question de l’adaptation du discours au public effectif des MOOC est cruciale si l’on souhaite éviter une hémorragie de participants dès la première semaine du cours. Je pense qu’il serait intéressant de creuser et de théoriser davantage que ce que j’ai pu le faire. Je pense que la question des stratégies d’adaptation constitue l’une des clés pour comprendre les dynamiques observées dans les cours.

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