Que pensent les concepteurs de MOOC des taux de certification ?

Nous nous sommes intéressés dernièrement aux points de vue des concepteurs sur les certificats qu’ils délivraient. Aujourd’hui, j’aimerais revenir avec vous sur leurs positions vis-à-vis d’un indicateur de performance souvent décrié : le taux de certification. Un certain nombre de concepteurs le considèrent comme l’indicateur de performance le plus pertinent pour décrire le succès d’un MOOC, d’autres ont le point de vue tout à fait opposé. Quelques extraits d’entretiens issus de mon enquête.

Cette enseignante de biologie considère le taux de certification comme le critère de succès le plus adapté. Questionnée sur les critères de succès qui lui semblent le plus appropriés, elle répond comme suit :

Je pense que ça serait l’assiduité c’est-à-dire combien vous avez de personnes en dernière semaine par rapport à combien il y en avait au départ. Je sais que ça chute énormément. Je ne pense pas qu’un critère de succès puisse être le nombre de gens inscrits parce que c’est très dépendant du réseau personnel de diffusion que l’on a.

Ce point de vue ne fait pas l’unanimité, puisque plusieurs enseignants nuancent leur propos en suggérant de calculer cet indicateur non pas sur la base des inscrits, mais sur la base de ceux qui commencent la première semaine, ce que je comprends tout à fait soit dit en passant.

Je ne te dirais pas que le taux de certification ne m’intéressait pas parce que ce serait mentir, rien que pour mon égo. Pour le taux de certification, je ne tiens pas compte du chiffre combien se sont inscrits au départ et combien sont arrivés à la fin mais plutôt combien ont démarré la première semaine et combien ont été à la fin.

Certains vont jusqu’à le critiquer assez ouvertement, en soulignant qu’il n’est pas pertinent de transférer aux MOOC cet indicateur pensé pour caractériser, en général, des formations où l’apprenant paye son inscription.

C’est un faux sujet car pour moi c’est mettre un outil de mesure de l’ancien monde sur le nouveau monde. Donc c’est un faux problème. Tu peux avoir des gens qui font une session et qui sont très contents. On est dans le libre-service. Après, ça rend difficile des expériences collectives, c’est pour ça que je pense qu’il faut être capable de gérer des différents degrés de participation où tu vas avoir un cœur de gens qui sont là tout au long jusqu’à des gens qui sont de passage. Mais ce sont eux qui décident, ce n’est pas moi. Moi, je suis là pour leur fournir des outils qui leur permettent de créer leur mode d’apprentissage.

Beaucoup soulignent notamment que la facilité de l’inscription donne une tout autre signification au fait de ne pas suivre le cours :

Il y a des étudiants qui ont envie d’apprendre sauf qu’ils n’ont pas le temps tout simplement. Et là c’est gratuit et il suffit de cliquer. Donc il y en a plein qui se disent que c’est super, ils le font. La première semaine, ils regardent, la deuxième semaine un peu moins et la troisième semaine ils sont largués car ils n’ont pas pris le temps nécessaire pour faire les exercices. Et ils décrochent. Mais je crois que ce n’est pas un problème. […] Ce n’est pas quelque chose de révélateur, ou alors ça dépend du MOOC, de ce qu’on présente, ça dépend de tellement de choses, c’est tellement large, les gens il y a tellement de contenus différents, qu’on ne peut pas, par rapport à ce qu’on fait nous au [Nom de l’instiution] ou par rapport à ce MOOC, l’objectif ce n’est pas qu’il y ait un maximum de réussite, l’objectif c’est de voir comment les gens participent.

Ma dernière citation est celle d’un célèbre acteur du monde de l’apprentissage en ligne : Mathieu Nébra, le co-fondateur du Site du Zéro (maintenant Open Classrooms) :

J’avais fait un truc provocateur dans une présentation, il y a des gens qui l’avaient pris au premier degré. J’avais dit que pour faire un MOOC où il y a 100% de succès, c’est une seule partie de un chapitre avec un exercice d’une question avec deux choix et la réponse est évidente. J’ai poussé le raisonnement à l’absurde.

Il poursuit en soulignant le fait qu’au bout du compte, c’est le nombre de personnes formées qui importe, et je ne pourrais qu’appuyer les propos qui suivent :

J’ai surtout envie de dire : « arrêtons de regarder le taux de certification en pourcentage comme le sujet ou le problème, essayons plutôt de compter déjà le nombre de personnes qu’on arrive à former en valeur absolue ». Si avant on avait limité physiquement par un amphi de 100 places et que dedans t’arrivait à former 80% des gens, tu arrivais à former 80 personnes à l’année. Si avec de nouveaux moyens qui incluent les nouvelles technologies mais pas seulement, tu arrives avec moins de moyens humains, moins de cours, à former 80 000 personnes par an, la société en elle-même elle a fait un bond de géant. Tu avais 79 920 personnes qui ne pouvaient pas bénéficier de ces compétences. Il y en a beaucoup qui étaient laissé sur le bord de la route car ils ne pouvaient pas rentrer dans la salle fermée. Si pour arriver à ces 80 000 par an, j’ai dû tenter d’en former 8 000 000, mon taux de certification est mauvais mais je suis content.

Voilà, j’espère que ces quelques citations vous ont semblé pertinentes. L’objectif était de vous donner une certaine diversité de points de vue sur la question. J’ai creusé pas mal de choses dans ma thèse, si vous voulez mon propre point de vue sur la question.

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