Les MOOC « à la carte » font-ils vraiment des adeptes ?

DiplomaDans les MOOC auxquels j’ai contribué, ou que j’ai conçus moi-même, je mets souvent en avant l’intérêt d’avoir des « parcours » variés, qui permettent de satisfaire la diversité des intérêts des participants. J’avais d’ailleurs fait dans le temps un billet sur la question, intitulé les « MOOC à la carte ». Au cours des entretiens que j’ai menés pendant ma thèse auprès d’utilisateurs de MOOC, je leur ai souvent demandé ce qu’ils pensaient de cette possibilité. Les retours que j’ai obtenus sont intéressants pour quiconque envisage de mettre en place de type de formule. On peut d’ailleurs extrapoler à la question, plus générale, de la flexibilité des parcours de formation.

Première réaction face à la question de la multiplicité des parcours : un relatif enthousiasme, incarné par les propos de ce participant :

Cette histoire de parcours je trouve justement que c’est très pertinent, encore une fois parce que tout le monde n’a pas les mêmes, objectifs, tout le monde n’a pas les mêmes besoins, il y en a qui viennent en curieux, il y en a qui viennent avec un projet, au stade initial, ou déjà avancé. Non justement je trouve que c’est, c’est, c’est plutôt bien, parce que déjà les devoirs demandent pas mal de temps, donc si j’avais voulu faire quelque chose de plus généraliste, bah ça aurait été plus de devoirs, ça aurait été plus compliqué. Donc non moi au contraire, cette formule là pour moi est idéale, parce que effectivement les gens ont pas les mêmes besoins, pas les mêmes temps à consacrer, pas les mêmes objectifs, je trouve ça plutôt, plutôt adéquat.

Néanmoins, cette approche est loin de faire l’unanimité, et à plusieurs reprises, j’ai eu des remarques quant à la liberté de choix que j’offrais aux utilisateurs de mon MOOC (le MOOCAZ, parmi lesquels se trouvent nombre de mes enquêtés). On a deux types de critiques sur le fait de laisser trop de liberté. La première porte sur la frustration et la perte de temps que cela peut engendrer. Je vous fournis deux exemples, dans le premier on aborde explicitement le problème des MOOC connectivistes (ici Itypa), qui peuvent dérouter par le manque de dirigisme dans le choix des activités, et en même temps satisfaire les apprenants les plus auto-dirigés :

Sur le MOOCAZ tel que tu l’as fait là en deuxième édition, je pense que les gens peuvent pas, enfin nous on avait l’expérience, c’est assez déconcertant. Parce que je pense que les parcours t’aurais pu peut être les proposer à partir de la deuxième ou troisième semaine, mais là d’emblée, je pense que beaucoup de gens ont pu, euh ont pu se perdre. Alors maintenant il y a plusieurs écoles.

Maintenant je vois sur le MOOC Itypa qu’on a fait avec une partie de l’équipe qui elle est totalement dans la liberté et puis qui te donnes accès déjà à toutes les ressources. C’est vrai que j’ai été un peu, que j’ai été un peu perdu sur Itypa parce que, comme t’as pas, finalement, euh de contraintes, et ben ça t’oblige pas à te structurer. Et comme la nature humaine étant faite et puis quand même quand on suit un MOOC on a par ailleurs d’autres activités, que ce soit professionnelles ou familiales, je pense que encadrer quand même en tout cas sur les deux ou trois premières semaines est quelque chose d’important, parce que ça te fait entrer dans la logique, j’allais presque dire pédagogique, c’est à dire comment le cours va se dérouler.

Dans le second retour un tantinet mitigé sur cette approche, c’est un sentiment de frustration qui semble dominer le propos, la frustration de ne pas avoir pu tout faire, d’avoir eu à faire un choix.

 Je pense que donner trop de liberté ça crée une difficulté. Et en même temps c’est génial bien sûr. Ça crée une difficulté et une frustration. La difficulté, c’est de se dire lequel vais-je choisir, même si on sent assez rapidement lequel on va prendre, quand même on hésite entre deux trois, et la frustration c’est de se dire bon j’ai pas fait l’initiation, celui qui concerne le pendant et l’après MOOC, je sais plus comment tu l’avais appelé sur l’instant, tu vois, en même temps c’est le seul MOOC que j’ai rencontré jusqu’à présent qui offrait ça, je pense que pour les gens qui travaillent de 23h à minuit quand les enfants sont couchés, pas trop se poser de questions et suivre le fil, c’est peut-être quand même plus simple, ça fait gagner du temps quelque part, donc euh, en même temps ça donne envie de refaire l’autre session, la session suivante, je sais que euh, à la limite je referais bien, j’aurai sûrement pas le temps, je referais bien le tien pour faire les autres parcours que je n’ai pas faits.

Du coup, à la fin de ce billet, vous risquez de ne plus trop savoir à quel saint vous vouer. C’est un peu le but, justement, de nuancer les positions des uns et des autres. Ma philosophie, pour les MOOC, comme pour la formation en général, est que l’on ne peut pas faire plaisir à tout le monde de manière simultanée. Moi je fais le choix de l’éclectisme, car c’est dans mon ADN, mais je sais que cela ne plaît pas toujours.

C’est comme en démocratie. Vous ne pouvez que choisir quel type de public vous allez décevoir, car même en cherchant à satisfaire tout le monde, la liberté que vous offrirez pourra être source de mécontentement. C’est bon à savoir, en tout cas, au moment de la conception de son MOOC.

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One Response to Les MOOC « à la carte » font-ils vraiment des adeptes ?

  1. Thierse

    Bonjour,

    Je partage votre approche. Éclectisme, échanges, recherche de « sa voie », « picorer de-ci de-là », l’important, c’est de voir, par le sommaire, le synopsis, les mots-clefs que nous allons passer un « bon » moment, apprendre ne s’amusant, avec des rebondissements inattendus, élargissant pédagogiquement et avec fascination le thème.
    J’ai suivi récemment une formation ‘en présentiel) où l’intervenant sous le titre « booster sa mémoire en 5 techniques », outre nous en présenter presque dix, nous a emmenés sur des chemins, non pas de traverse, mais belle bien sur un réseau de chemin diversifiant nos approches pour arriver finalement, à ses fins et nos faims ont complété nos savoirs, et … c’était en résumé, purement génial, deux jours inoubliables (tiens, je me rends compte qu’il avait largement booster ma mémoire, avec plus que les 5 techniques annoncées et me faisant partir pour 2 journées « inoubliables » un objectif inattendu, que je retrouve ici en écrivant ! Merci à lui, merci à vous, pour une analyse juste et à prendre en compte !

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