Suivre un MOOC simplement pour expérimenter un « format innovant »

Diploma

En réalisant un certain nombre d’entretiens avec des utilisateurs de MOOC, j’ai pris conscience d’une motivation qui, une fois n’est pas coutume, rentre mal, à mon sens, dans les typologies classiques de motifs d’entrée en formation (Carré, 2002) : la volonté d’expérimenter un nouveau format d’apprentissage en ligne. Ceci tient sans doute aux modalités de la construction de cette typologie, car n’oublions pas qu’elle a été bâtie sur la base de formations délivrées en présentiel, contexte dans lequel ce motif a moins de chances d’être représenté. Au-delà du caractère numérique des formations de type MOOC, celles-ci ont connu un retentissement médiatique certain (Bulfin et al., 2014), qui n’a sans doute pas manqué de susciter l’intérêt du grand public.

Il est vraisemblable dans ce contexte qu’un certain nombre de participants se soient inscrits à ces cours davantage pour découvrir le format que pour en acquérir le contenu, comme le soulignent Yuan & Baker (2013) dans un article consacré à l’intérêt des participants pour l’expérimentation des plates-formes de MOOC. Nous parlerons d’expérimentation lorsque l’inscription est motivée avant tout par la volonté de découvrir le fonctionnement d’un MOOC, ou éventuellement de la plate-forme qui l’héberge. Certains vont jusqu’à choisir intentionnellement un cours portant sur un sujet dont ils ignorent tout pour juger de l’apport d’un MOOC, situation illustrée par les propos de cette formatrice travaillant dans une école d’infirmière :

Je voulais un sujet pour lequel je ne connaissais rien de rien. Pour voir ce qu’était qu’être apprenant et si on pouvait s’en sortir seule, enfin, seule, oui avec un MOOC.

Elle poussera la démarche jusqu’à terminer le cours, ce qui prouve que la logique d’expérimentation n’exclut pas l’obtention du certificat. Il arrive que ce ne soit pas tant le format MOOC que le participant cherche à découvrir que les différences de fonctionnement entre dispositifs. Ce cas est illustré par les propos de ce développeur d’applications mobiles, qui s’inscrit parfois à un MOOC avant tout pour en appréhender le fonctionnement :

J’ai participé à certains MOOC dont j’avais rien à faire du sujet, mais je voulais simplement voir comment c’était construit.

Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas l’intention d’acquérir ou de retenir une connaissance ou une compétence clairement définies. La question de l’importance de l’expérimentation a notamment été soulevée par le constat d’une forte représentation du secteur de l’éducation et de la formation dans plusieurs enquêtes, pointée à l’origine pas Seaton et al. (2015). Dans la mienne, on constate que 34% des répondants déclarent travailler dans ce secteur d’après nos enquêtes, la proportion de ce secteur variant entre 14% et 86% des répondants selon les cours. Ce secteur est surtout représenté par les enseignants du secondaire, qui constituent en moyenne 17% des répondants, et jusqu’à 71% dans le cas du MOOC EMI. Les enseignants du supérieur quant à eux ne représentent en moyenne que 6% des répondants.

J’ai cherché à évaluer l’importance quantitative de ce motif d’entrée, qui correspond dans les questions de notre enquête à la « découverte des MOOC ». En moyenne, 14%(±12) des répondants déclarent suivre le cours avant tout pour découvrir le fonctionnement d’un MOOC, 60%(±20) répondent s’inscrire avant tout pour le contenu du cours et non pour comprendre le fonctionnement du MOOC, les 26%(±8) restants déclarant que si l’approfondissement de leur connaissance des MOOC représente l’une de leurs motivations pour s’inscrire, celle-ci reste secondaire. D’après cette question, le cas de l’expérimentation est effectivement surreprésenté parmi les participants travaillant dans le secteur de l’éducation et la formation, tout en y restant minoritaire.

Ce résultat infirme a priori l’hypothèse selon laquelle la plupart des représentants de ce secteur suivraient des MOOC avant tout pour en découvrir le fonctionnement. Si la volonté de découvrir le fonctionnement d’un MOOC semble largement minoritaire, gardons à l’esprit que ce sont là les résultats d’une enquête menée en 2015 ; la plupart des répondants déclarent s’être déjà investis dans un MOOC antérieurement. Cette situation contraste avec celle que j’avais constatée pour les MOOC Gestion de Projet et Effectuation, où le suivi du MOOC représentait une expérience inédite pour près de 90% des répondants.

On peut supposer que la motivation que constitue l’expérimentation prévalait davantage au sein de ces premiers MOOC. On peut émettre l’hypothèse selon laquelle, dans le cas de figure de l’expérimentation, le participant est plus à même d’abandonner le cours car les enjeux sont moindres. Un extrait d’entretien suggère que dans le cadre d’une expérimentation, l’obtention du certificat peut représenter un intérêt moindre ; cette cheffe de projet travaillant dans l’associatif explique que la démarche qui prévaut dans son organisation relève de l’expérimentation et que l’obtention du certificat ne constitue pas un enjeu.

On s’en foutait d’avoir le diplôme machin, mais pour voir ce que c’était de l’intérieur, pour voir ce qu’on pouvait en tirer après.

J’ai le sentiment que ce type de situation est fortement contingent du brouhaha médiatique qu’ont induit les MOOC. Il reste à déterminer dans quelle mesure il est pertinent de donner à cette motivation une existence à part entière pour d’autres dispositifs de formation.

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