Suivre un MOOC pour progresser dans sa carrière

DiplomaNous nous intéressons aujourd’hui aux participants qui suivent le cours avant tout pour obtenir un certificat ayant vocation à être utilisé dans un contexte professionnel. En d’autres termes, le motif vocationnel (Carré, 2002). Ils existent, je m’en suis bien rendu compte au cours de mes entretiens, et j’aimerais revenir sur leur cas le temps d’un billet.

Illustrons le motif par les propos de cette ancienne enseignante d’anglais en reconversion professionnelle dans le domaine de l’ingénierie pédagogique. Elle s’inscrit à plusieurs MOOC dans le cadre de sa démarche reconversion professionnelle, avant tout pour obtenir des certificats qu’elle cherchera à valoriser dans son CV.

Pour moi le certificat c’est important parce que c’est quelque chose que je vais mettre sur mon CV. Comme je n’ai pas une maîtrise en ingénierie de formation, il faut que je compense ça par des MOOC. […] Dans la mesure où je fais ça dans une optique de reconversion professionnelle, c’est important pour moi.

Elle considère que le fait que si le MOOC n’est pas adapté à la démarche de reconversion professionnelle qui est la sienne, ce décalage peut constituer une barrière épistémique.

Dans la mesure où je fais ça dans une optique de reconversion professionnelle, oui c’est important pour moi [le certificat]. Mais peut être que si j’obtiens pas le certificat, c’est que finalement je me rends compte que je me suis inscrit à une formation, mais quand je regarde d’un peu plus près, ça convient pas et du coup c’est pas grave de s’en désengager dans la mesure où y a rien qui m’oblige quoi.

Sur le plan quantitatif, l’obtention d’un certificat ou d’une attestation de réussite pour un usage professionnel représente l’une des modalités les moins plébiscitées par les répondants. Nous verrons par la suite que les participants qui s’inscrivent avant tout dans cette logique sont largement minoritaires. Néanmoins, la plupart des répondants déclarent porter un intérêt pour le certificat, que cet intérêt soit personnel ou professionnel.

À l’inverse, dans certains MOOC comme Introduction à la Statistique avec R, plus de la moitié des répondants porte un intérêt professionnel au certificat, un résultat relativement stable au fil des itérations du cours. Il apparaît que pour la majorité des cours inclus dans notre étude, l’intérêt professionnel prévaut sur l’intérêt personnel. Pour mieux appréhender les raisons pour lesquelles certains participants peuvent porter un intérêt professionnel au certificat sans que la recherche du certificat ne préside à l’inscription, insistons sur le fait que c’est ce que l’on pourrait nommer une logique de prévoyance qui incite nombre de participants à déclarer porter de l’intérêt au certificat. Un certain nombre de participants s’inscrivent avant tout dans une logique opératoire, mais anticipent un usage ultérieur du certificat.

Illustrons ce cas au travers des propos de cette médiatrice culturelle expatriée au Chili, ayant obtenu le certificat du MOOCAZ. Elle s’est inscrite au cours dans une logique opératoire professionnelle, pour apprendre davantage sur les MOOC. Néanmoins, dans la mesure où elle envisage de proposer à ses employeurs de développer un projet de MOOC, elle aura probablement à démontrer sa compétence sur la question, d’où son intérêt professionnel pour le certificat.

Je suis au Chili, et un papier quel qu’il soit, ça fait toujours son petit effet. Un certificat quel qu’il soit, si j’arrive en disant j’ai suivi un cours sur les MOOC ils vont me dire c’est bien. Si j’arrive en montrant un petit papier, une attestation, ça va être mieux. Donc pour mes employeurs si ça a une importance. Moi en vrai je le fais pas pour ça, je le fais vraiment pour les connaissances que ça peut m’apporter, mais je vais quand même aller jusqu’au bout parce que ce papier va être important pour mes employeurs.

Si l’on considère que l’intérêt professionnel pour le certificat est un indicateur du motif vocationnel, alors celui-ci est largement représenté parmi les répondants. Rappelons néanmoins que cet intérêt peut également refléter l’existence du motif prescrit, un certain nombre de répondants devant justifier auprès de leur hiérarchie, ou d’un enseignant, du bon suivi de la formation. Le motif vocationnel, bien que largement représenté, ne constitue que rarement le motif qui préside à l’inscription.

Concluons sur le fait que, d’après l’analyse des enquêtes, seuls 38% des participants ayant déjà obtenu un certificat d’un MOOC l’ont mis sur leur CV, avant tout dans la rubrique formation. Si le motif vocationnel est bien présent, cela ne signifie pas qu’il préside fréquemment à l’inscription.

Le résultat est congruent avec les recherches sur les projets d’apprentissage des adultes (Tough, 1971, p.19) ou sur l’éducation non formelle (Johnstone & Rivera, 1965). Ces auteurs, comme à certains égards Dumazedier (1962) dans le cadre de ses travaux en sociologie des loisirs, montrèrent le peu de cas que les participants qui s’engageaient dans des cours du soir ou des projets d’apprentissage faisaient des crédits d’enseignement.

Néanmoins, l’intérêt pour le certificat ne doit pas être analysé au seul prisme de son rôle dans l’étape d’inscription. L’enquête diffusée au sein du cours Bioelectricity de la Duke University (Belanger & Thomton, 2013) montre sur la base d’échelles de likert que moins de 30% des répondants déclarent que l’obtention du certificat est relativement importante ou très importante à leurs yeux. La plupart des autres enquêtes se penchent non pas sur la question de l’intérêt pour le certificat, mais sur celle du rôle du certificat dans les motivations pour s’inscrire.

Dans une étude transversale portant sur quatorze cours, Kizilcec & Schneider (2015) montrent sur la base d’enquêtes diffusées auprès de plus de soixante-dix mille utilisateurs de MOOC que la proportion des  participants identifiant l’obtention d’un certificat comme l’une de leurs motivations pour s’inscrire à la formation varie entre 30 et 70% des répondants. Mes résultats semblent congruents avec ces travaux si l’on ne prend en compte que l’intérêt professionnel pour le certificat.

De futures recherches pourraient s’attacher à identifier la diversité des formes d’intérêt pour le certificat, en particulier dans un contexte professionnel. Quel usage les participants envisagent-ils de faire du certificat ? Cherchent-ils à gagner en légitimité sur le sujet du cours, à faire la démonstration de leur capacité à se former, ou à simplement justifier du bon suivi de la formation ? À l’inverse, que signifie la recherche du certificat pour les participants ne lui portant pas un intérêt professionnel ? Est-ce une récompense symbolique, ou cherchent-ils à valider, pour eux-mêmes, la bonne maîtrise du contenu de la formation ?

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