Quelques résultats d’une enquête sur l’intérêt porté aux certificats de MOOC

DiplomaAu cours des derniers billets, j’ai beaucoup parlé de l’intérêt que les participants pouvaient ou non porter aux certificats de MOOC sous un angle plutôt qualitatif. Il s’avère que j’ai réalisé une petite enquête (environ 10.000 réponses), pour déterminer dans quelle mesure l’intérêt pour le certificat était déterminé par des variables sociodémographiques. Les résultats sont intéressants à défaut d’être surprenants. Si je ne veux pas entrer ici dans des considérations chiffrées (c’est un billet de blog après tout, par un article scientifique), je vais tout de même présenter et commenter quelques résultats saillants.

L’intérêt pour le certificat, et en particulier l’intérêt professionnel pour le certificat prévaut davantage chez les chômeurs et les étudiants et très peu chez les retraités. Ce résultat s’explique aisément par le fait que l’instrumentalité du certificat, au sens de la théorie de l’expectation-value, est d’autant plus importante que les opportunités de l’utiliser sont nombreuses. En d’autres termes, on peut vraisemblablement supposer qu’un chômeur ou un étudiant auront plus d’opportunités de faire valoir le certificat dans le cadre d’une recherche d’emploi, et donc de l’utiliser comme un outil pour évoluer sur le plan de la carrière professionnelle qu’une personne travaillant déjà à temps plein, ou, a fortiori, une personne à la retraite. J’émets l’hypothèse selon laquelle le motif que représente la démonstration d’une certaine appétence pour l’autoformation prévaut principalement chez ces participants en recherche d’emploi, tandis que la recherche de légitimité est plus forte chez les participants possédant déjà un travail à plein temps ; un approfondissement des enquêtes ciblant spécifiquement cette question serait nécessaire pour valider cette hypothèse.

Le lien entre niveau de développement du pays de résidence et intérêt pour le certificat relève probablement d’une logique similaire. Le fait que les participants de pays à bas IDH soient majoritaires à porter un intérêt professionnel au certificat est congruent avec les résultats de Christensen et al. (2013) ; il peut s’expliquer par les différences de valence du certificat en fonction des différents contextes. Comme le soulignent les tenants de l’argument de la monnaie de singe, la différenciation se fait dans le contexte français avant tout sur la question du diplôme. Dans un pays où l’accès à l’enseignement supérieur est nettement plus restreint, le certificat représente un signal potentiellement plus important. On gardera néanmoins à l’esprit que l’audience des MOOC issus de pays à bas IDH est majoritairement diplômée du supérieur.

Si Oyo et Kalema (2014) ont défendent l’idée que les MOOC ont en Afrique vocation à servir les étudiants n’ayant pas les moyens d’accéder à l’enseignement supérieur, on ne peut que constater que les participants de pays à bas IDH sont des personnes déjà relativement diplômées, qui se distinguent d’autant plus du reste de la population que l’accès à l’enseignement supérieur est plus restreint. Dillahunt et al. (2014) montrent d’ailleurs sur la base d’une enquête rassemblant plus de 40.000 réponses, que la plupart des ressortissants indiens engagés dans les MOOC ne déclarent pas avoir des difficultés financière pour accéder à l’enseignement supérieur.

Quand ils suivent le cours dans une logique vocationnelle, les participants résidant dans un pays peu développés se servent vraisemblablement du certificat davantage comme élément de différenciation sur le marché de l’emploi que comme substitut au diplôme, étant déjà relativement diplômés. Rappelons au passage que le terme vocationnel doit être interprété au prisme de la définition qu’en donne Carré (2002) : une logique d’évolution professionnelle. Il serait intéressant de se pencher sur les différences d’appréciation que des employeurs potentiels portent aux certificats dans un contexte de pays à bas IDH et dans celui d’un pays à très haut IDH ; à ce jour, les seuls travaux sur le sujet (Radford et al., 2014) se concentrent sur un pays développé, tout en se basant sur un échantillon particulièrement réduit : une centaine de répondants exerçant principalement à des postes de direction. On pourrait également aborder la question du point de vue des certifiés, en cherchant à appréhender ce qu’ils pensent de la valeur que des employeurs potentiels accorderaient au certificat du MOOC.

Je m’en arrête là aujourd’hui pour la présentation des premiers résultats de l’enquête. Vous avez compris le principe. Au fait, vous aurez deviné que la plupart des billets que je vous présente aujourd’hui sont directement issus de mon travail de thèse. Ils avaient une tonalité trop proche du billet de blog pour tenir lieu de travail de recherche (ils n’ont d’ailleurs jamais été publiés ailleurs qu’ici), mais ils sont assez axés recherche, donc je me demande parfois si c’est le genre de choses que vous appréciez de lire. A vous de me le dire …

1 Comment

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One Response to Quelques résultats d’une enquête sur l’intérêt porté aux certificats de MOOC

  1. TCHIAME

    Bravo je trouve l’analyse très pertinente du point de vue ou les Mooc sont entrain de révolutionner l’essence même l’apprentissage dans les pays à IDH bas

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