Les MOOC et les irréductibles autodidactes

DiplomaAujourd’hui, je m’interroge quant à la relation des apprenants « autodirigés » avec le certificat délivré par les MOOC. L’apprenant autodirigé adopte parfois une posture incompatible avec l’obtention du certificat ; nous sommes dans la configuration conflictuelle que constitue la rencontre d’un fort contrôle pédagogique et d’un fort contrôle psychologique (Long, 1989). Je qualifie volontiers ce type de participants « d’irréductibles autodidactes » dans la mesure où ils sont attachés à leur mode d’autoformation, l’autoformation intégrale, au point de refuser de s’intégrer dans la logique d’un dispositif de formation. Néanmoins, tous les apprenants autodirigés ne sont pas dans cette configuration, loin de là, ce qui m’amène à envisager d’autres formes de relation avec la contrainte que constitue l’intégration dans un dispositif hétérostructuré.

Il est fort probable que nombre d’apprenants autodirigés s’accommodent du retour au format académique qui sous-tend le suivi du MOOC, et réalisent ce que l’on pourrait appeler un compromis, dans le sens où le participant souhaite obtenir le certificat et adapte son comportement en fonction, sans suivre pour autant de manière systématique les instructions de l’équipe pédagogique. On pourrait qualifier ce phénomène d’adaptation de l’apprenant autodirigé, ou plus simplement, d’adaptation. Enfin, dans un troisième cas, l’apprenant autodirigé se soumet complètement au contrôle pédagogique du dispositif, en adoptant une posture scolaire, et en suivant à la lettre les instructions de l’équipe pédagogique. C’est un phénomène que nous pourrions qualifier de renoncement autodidactique, par opposition au saut autodidactique de Bouchard (1994). Alors que dans le cas du saut autodidactique, l’apprenant fait le choix de mener par lui-même un projet d’apprentissage de manière autonome malgré l’existence d’alternatives, c’est la trajectoire inverse qui est suivie dans le cas du renoncement autodidactique. Des apprenants autodirigés, habitués à s’autoformer via différents supports, livres, OCW, REL, revues spécialisées, ou autres, cèdent entièrement au contrôle pédagogique (Long, 1989) pour s’intégrer bon gré mal gré la logique du dispositif qu’est le MOOC.

Mon hypothèse est que d’une part les apprenants autodirigés ne sont pas majoritaires parmi les audiences de MOOC, et d’autre part que seule une minorité de ces apprenants autodirigés adoptent la posture dite de l’irréductible autodidacte. Ce n’est pas tant l’existence d’apprenants autodirigés en général que celle d’irréductibles autodidactes qui explique la posture qu’est l’absence d’intérêt au certificat. La plupart des rôles généralement dévolus à l’apprenant autodirigé qui se forme en ligne sont récupérés dans le cadre d’un MOOC par l’équipe pédagogique à l’origine du dispositif : de la sélection des ressources à la fixation des objectifs en passant par le cadencement de l’essentiel du projet d’apprentissage éventuel.

Mais cette perte de contrôle conviendrait à nombre d’apprenants autodirigés, d’autant plus s’ils considèrent l’autoformation intégrale comme un mode d’autoformation coûteux en temps et en ressources, qu’ils n’adoptent que forcés par l’absence d’alternative compatible avec leurs contraintes. On peut analyser ce phénomène sous l’angle des besoins exprimés par les porteurs de projet d’apprentissage : se décider à commencer, vaincre l’isolement (Tremblay, 2002, p.184).

Si l’existence d’irréductibles autodidactes explique vraisemblablement une part conséquente du désintérêt pour le certificat, mais cette configuration reste minoritaire, d’une part car les apprenants autodirigés sont vraisemblablement minoritaires au sein des audiences de MOOC, et les irréductibles autodidactes seraient eux-mêmes minoritaires parmi les apprenants autodirigés. On notera au passage que Jore et al. (2014) ne constatent aucun lien direct entre propension à l’autodirection et complétion du cours dans le cas du MOOC Effectuation, résultat qui semble aller dans le sens de mon propos. En somme, je n’adhère pas à l’idée défendue par Koller et al. (2013) selon laquelle l’autodirection pourrait expliquer de manière significative le désintérêt pour le certificat.

Concluons cette discussion par une brève remarque relative à la disparition progressive des certificats gratuits ; après Udacity en 2013, c’est au tour de Coursera, principale plate-forme de MOOC au monde, de suivre cette trajectoire au début de l’année 2016. Certes, seule une minorité des utilisateurs s’inscrivent avant tout pour l’obtention de ce certificat, il n’en demeure pas moins qu’il revêt une certaine importance pour une majorité des participants. Pour tel apprenant, il fait office de carotte pour maintenir la motivation jusqu’au terme de la formation, pour tel autre, il permet de se rassurer quant à la maîtrise d’une discipline ; pour le dernier, il permet de démontrer des compétences acquises de manière informelle. Certes, les ressources de Coursera restent gratuites pour le moment, mais dans la mesure où les non-certifiés compléteurs sont généralement plus rares encore que les certifiés, il est vraisemblable que le nombre de participants qui « profitent » du cours en le visionnant dans son intégralité se réduise comme peau de chagrin. Elle semble désormais bien lointaine l’époque où l’on vantait les mérites de l’effet de levier que permettraient les MOOC.

Toutes les plates-formes n’ont pas encore fait ce tournant (FUN propose par exemple toujours des attestations gratuites), mais il est vraisemblable que le modèle actuel ne puisse se maintenir éternellement. Si la monétisation des certificats constitue indubitablement une piste à explorer pour asseoir un modèle économique pérenne, le succès de cette stratégie dépendra probablement de l’articulation des MOOC avec le système d’éducation formelle. Il est peu probable que la vente à un public non captif de certificats dont la reconnaissance fait encore défaut (malheureusement) constitue une source de revenus suffisante pour assurer la viabilité du modèle.

1 Comment

Filed under Non classé

One Response to Les MOOC et les irréductibles autodidactes

  1. Viviane Glikman, dans sa typologie des apprenants à distance (2002) les qualifient d’autonomes
    http://www.ressources.cfadf.com/coursfad/moodle/EAD/tut07.pdf

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>