Interactions entre utilisateurs de MOOC : quelques propositions

DiplomaPeu de MOOC ont brillé par leur capacité à générer des interactions entre participants, élément pourtant central de la motivation et de la persistance au sein du dispositif (c’est la composante que Tinto appelle l’intégration sociale).  On peut suivre plusieurs pistes pour mieux outiller l’interaction entre les participants du MOOC d’une part, mais aussi et surtout l’interaction sur le MOOC au sein de l’entourage du participant (collègues, amis, famille, etc.) d’autre part. Quelques mots sur une question trop peu investie…

Dans la continuité d’une certaine lignée de recherche sur l’attrition en formation à distance (Thomas, 2000 ; Rovai, 2002 ; Rovai, 2003), j’adhère à l’hypothèse selon laquelle la difficulté à créer suffisamment d’interactions, notamment hors des forums, pourrait contribuer considérablement de la faible persévérance des apprenants observée dans les MOOC (Cisel, 2016), indépendamment de la manière dont l’on définit la persévérance. Comment outiller les échanges dans l’entourage du participant pour favoriser le maintien dans la formation ? Question ancienne s’il en est.

Depuis des décennies déjà, des universités à distance et méga-universités (Daniel, 1996) comme l’Open University maintiennent à travers le monde de nombreux centres dans lesquels les étudiants qui suivent leurs formations sont à même de se rencontrer périodiquement. A bien des égards, le suivi collectif par des étudiants de MOOC dans des établissements comme l’EPFL (Chen & Chen, 2015) s’inscrit dans la lignée de telles pratiques. La possibilité de privatiser un MOOC pour des étudiants d’un établissement existe pour les principales plates-formes de MOOC depuis plusieurs années. On pourrait chercher à étendre cette démarche au-delà du public des étudiants en cursus, qui ne représentent à ce jour qu’une minorité de l’audience des MOOC. Des tentatives de cette nature existent ; la plate-forme américaine Coursera avait lancé les Learning Hubs, ces lieux de rencontre dédiés aux MOOC et localisés dans des bibliothèques, des consulats, ou autres lieux publics. Cette logique gagnerait à être complétée par d’autres stratégies non focalisées exclusivement sur la question des interactions en présentiel.

On peut imaginer par exemple d’autoriser l’inscription, par de multiples participants, à un même compte, permettant d’obtenir un certificat commun. Le partage de comptes ne s’inscrit vraisemblablement pas dans la logique actuelle des certificats et attestations de participation, qui visent à attester de compétences individuelles. Néanmoins, l’examen des entretiens que j’ai menés pendant ma thèse suggère que les participants ne considèrent pas nécessairement que ces attestations aient vocation à être utilisées dans un contexte professionnel. Un certain nombre les utilisent pour contribuer à soutenir leur motivation et favoriser ainsi la persistance au sein du cours (Cisel, 2016).

Dans ces conditions, un certificat commun à plusieurs participants permettrait de limiter l’impact de circonstances défavorables sur la persistance au sein de la formation. Lorsque l’un des utilisateurs d’un compte commun n’est pas en mesure de réaliser un devoir obligatoire en temps et en heure, il pourrait être remplacé par un apprenant de son entourage avec qui il a décidé de se diviser le travail. Plus généralement, l’instauration de collaborations de diverses natures au sein de l’entourage proche du participant pourrait constituer l’un des leviers les plus à même d’instaurer ce « sens de la communauté à distance» (Rovai, 2002, 2003) qui fait souvent défaut dans les formations à distance.

Concernant les interactions entre utilisateurs de MOOC, des plates-formes comme Futurelearn ont mis en avant des fonctionnalités similaires à celles des réseaux sociaux pour favoriser la création d’interactions. Se sont développé parallèlement des outils externes aux plates-formes, pour favoriser de telles interactions. Talkabout, vise à créer des visioconférences en combinant des outils comme Skype avec de la prise de rendez-vous pour l’interaction entre utilisateurs d’un même MOOC. Des réseaux sociaux dédiés aux MOOC, comme Mooctivity, visent à développer des réseaux d’apprenants transversaux aux différentes plates-formes qui composent l’écosystème MOOC. Les utilisations qui ont été faites de tels outils mériteraient d’être davantage analysées. Par ailleurs, les principaux acteurs de l’écosystème MOOC pourraient s’inspirer de telles initiatives pour favoriser le développement des interactions, notamment en mettant en contact des participants ayant des thématiques d’intérêt relativement similaires. L’inscription à de multiples cours constitue un phénomène fréquent (Cisel, 2016), qui pourrait favoriser l’établissement d’interactions sur le long terme, et partant de là, une certaine fidélisation aux plates-formes existantes.

Pour conclure, j’aimerais souligner que les échanges sur les forums de discussion se prolongent parfois par d’autres formes d’interaction. Il n’y a à ma connaissance dans le domaine des MOOC pas d’étude visant à déterminer quels étaient les éléments déclenchant cette évolution qualitative des interactions. Il pourrait être intéressant à l’avenir de chercher à appréhender comment de tels liens se forment et se maintiennent. A bon entendeur, salut …

Be Sociable, Share!

3 Comments

Filed under Non classé

3 Responses to Interactions entre utilisateurs de MOOC : quelques propositions

  1. chirat pascal

    Bonjour Mathieu, pour avoir mené une enquête lors d’un Mooc, la forme même des forums ne proposent pas une expérience utilisateur satisfaisante, ce qui rend de facto la participation dans le temps faible, voire l’abandon du forum par les pairs. Ce qui est malheureusement peu propice à l’enrichissement des uns et des autres. Ces conversations asynchrones limitées dans le temps peuvent se traiter autrement qu’un tchat ou qu’un réseau social de manière à faciliter leur usage.
    L’idée d’un tiers lieux pour apprenants (même s’ils suivent des moocs différents ) est une piste d’avenir à mon sens, par l’émulation et le partage qu’il est susceptible d’induire, au-delà de l’idée d’un compte apprenant commun tel que tu le cites dans le cadre de devoirs partagés.

  2. bouchaib Riyami

    Bonjour Matthieu, je suis doctorant chercheur dans le domaine, nous avons réalisé des expériences (dans le contexte universitaire marocain) pour sortir les besoins des apprenants lors de leurs usages des MOOC, et effectivement parmi leurs besoins majeurs c’est l’interaction et l’accompagnement. Donc l’intégration des réseaux sociaux ou bien d’autres activités d’échanges entre apprenants dans les plateformes MOOC, ça sera une solution idéale.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *