Viabilité économique des MOOC : en dehors de la formation professionnelle, point de salut ?

DiplomaAujourd’hui, j’aimerais vous proposer un nouvel extrait de l’article publié il y a quelques semaines dans RFSIC sur les modèles économiques des MOOC. Dans cet article, je défends, grosso modo, qu’il est difficile, dans l’état actuel des choses, d’atteindre une forme de viabilité économique si on ne vise pas le public de la formation professionnelle. Un propos presque truistique, mais qu’il n’est pas nuisible de rappeler quelques données à l’appui.

L’analyse réalisée dans l’article suggère qu’il existe une corrélation entre mise en place d’un modèle économique et orientation vers la formation professionnelle. Cette proposition revient à mettre en doute la pérennité des autres orientations, sur lesquelles nous allons nous étendre brièvement dans les paragraphes qui suivent.

En ce qui concerne l’intégration dans des cursus académiques, la réalisation d’économies d’échelle est rendue improbable par le nombre d’itérations nécessaires pour amortir les investissements consentis, coût de conception des MOOC oblige. Il est vraisemblable que dans la plupart des cas les cours deviennent obsolescents, ou que les maquettes pédagogiques changent, avant que le nombre d’itérations requis n’ait été atteint. Certes, lorsqu’un cours est intégré dans les cursus de plusieurs établissements, comme cela a pu être le cas du Gestion de Projet, il est possible que des économies d’échelle aient été réalisées. Seule une analyse comptable fine, qui sort du cadre de cet article, permettrait de trancher. À ce stade néanmoins, la mutualisation semble être l’exception, et non la règle.

On peut par ailleurs émettre l’hypothèse selon laquelle les dispositifs intégrés dans les cursus académiques puissent générer des recettes en dehors du cadre de l’éducation formelle. Il nous faut rappeler ici que les enquêtes montrent que le public des MOOC est constitué majoritairement d’adultes engagés dans la vie professionnelle, qui, pour la plupart, ne disposent que de quelques notions sur les thématiques enseignées. Selon ces enquêtes, mis à part les quelques cas où le MOOC est intégré dans un dispositif, les étudiants représentent rarement plus de 15% des inscrits. On peut penser que de tels cours seront le témoin d’un désengagement rapide de la plupart des inscrits, dans la mesure où il est possible que ce ne soit qu’après s’être inscrit que les utilisateurs découvrent que le cours ne leur est a priori pas destiné. Un tel désengagement peut alors nuire à l’établissement de modèles économiques viables.

Intéressons-nous maintenant à l’orientation dite du développement personnel, qui cumule absence de modèle économique et incapacité à permettre des économies d’échelle, puisque les adaptations du cours à un public non académique font vraisemblablement obstacle à l’intégration dans les cursus. Une orientation de type développement personnel, bien qu’elle souffre moins de l’inadéquation entre public visé et effectif, se heurte à la difficulté d’établir un modèle économique adapté aux motivations épistémiques ou opératoires personnelles. La monétisation de services relevant du développement personnel ne correspond a priori pas à des pratiques courantes dans les institutions d’enseignement supérieur. Il est délicat de vendre des certificats venant attester d’acquis qui n’ont pas vocation à être valorisés ni dans le cadre d’un cursus académique ni dans celui de son activité professionnelle. Tout au plus peut-on arguer que de telles initiatives relèvent de la communication d’une institution. La difficulté à mesurer les retombées économiques d’une telle opération de communication rendent néanmoins discutable la viabilité des modèles économiques associés à de telles initiatives. Dès lors, si en termes de modèle économique les institutions sont tributaires des politiques des sites qui les hébergent, il est peu plausible qu’un blanc-seing accordé par les plates-formes ne change fondamentalement la donne en termes d’établissement de modèle économique.

Pour les deux modèles que sont l’éducation formelle et le développement personnel, tout se passe comme si, vraisemblablement encouragées par l’emballement médiatique qui s’était cristallisé autour des MOOC, les institutions d’enseignement supérieur avaient investi dans la conception de ces dispositifs sans anticiper sur leur viabilité économique, ou en actant le caractère éphémère de ces initiatives. Par ailleurs, si quelques-uns ont bénéficié d’une décharge d’enseignement, aucun des concepteurs enquêtés ne percevait de bénéfice supplémentaire pour la conception de leur cours. Dans ces conditions, il était probable qu’une fois retombée l’attention médiatique, les cours largement basés sur une forme de bénévolat des enseignants, ne puissent devenir des projets pérennes. L’analyse du catalogue de FUN montre à cet égard que la plupart n’ont connu qu’une seule ou deux itérations. Seuls les établissements ou les enseignants s’orientant vers la formation professionnelle ont pu être amenés à mettre en place des modèles économiques, avec un succès variable.

Be Sociable, Share!

1 Comment

Filed under Non classé

One Response to Viabilité économique des MOOC : en dehors de la formation professionnelle, point de salut ?

  1. Bonjour Matthieu,
    Les universités américaines développent une approche différente. Pour contenir les droits d’inscription de plus en plus élevés elles mettent en place un enseignement à distance souvent basé sur des MOOC : voir par exemple l’emploi de series de Coursera par ASU et on retrouve ceci dans quasiment toutes les universités que j’ai visitées. Le phénomène s’amplifie d’année en année (voir les rapports que publie le groupe de français qui participe à Educause).
    D’ailleurs la distinction cours en ligne et MOOC a quasiment disparue.
    Seules échappent à ce phénomène les universités les plus prestigieuses qui ne cherchent pas à augmenter leur nombre de clients (j’emploie le mot à dessein) ni ne se soucient vraiment du coût élevé car elles chassent les meilleurs étudiants auxquels leurs moyens leur permettent d’attribuer des bourses le cas échéant.
    C’est une approche qui les distingue de plus en plus de la plupart des universités Européennes.
    Il faudra que j’écrive là-dessus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *