Nouvelle réflexion sur les modèles économiques des MOOC

DiplomaCher lecteur, je vous propose aujourd’hui un nouvel extrait de l’article qui a été publié il y a quelques semaines dans la Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication. Nous y parlons « modèles économiques », et plus précisément des modèles mobilisés lorsque le MOOC s’adresse en priorité au public de la formation professionnelle. Quelques recherches ont été menées sur ces questions (notamment par moi), et j’aimerais vous faire part de réflexions personnelles …

Le modèle de la vente de certificats, longtemps considéré comme le plus prometteur, est probablement mis à mal par la difficulté à générer des volumes de ventes suffisants pour assurer une pérennité économique. Rappelons que malgré leur caractère massif, la proportion des inscrits qui obtiennent le certificat gratuit est généralement inférieure à 10%. Quant aux certificats payants, cette proportion est vraisemblablement bien inférieure, bien que les plates-formes ne communiquent que rarement des statistiques précises. Quelques dizaines de ventes de certificats ne suffisent pas à assurer la viabilité économique d’un projet. La faible reconnaissance dont disposent les certificats de ces dispositifs, révélée dans les rares enquêtes menées aux États-Unis auprès de divers employeurs, contribue vraisemblablement à cette situation. S’il reste à prouver que les résultats de telles enquêtes puissent être transférables au contexte français, on conçoit aisément que tant que les cours resteront de niveau introductif, les certificats qui y seront associés peineront à être reconnus tant dans le milieu académique que sur le marché du travail. Dès lors, des modèles complémentaires doivent être mis en œuvre pour atteindre une plus grande viabilité économique.

Le développement pour les structures de modèles Premium semble ouvrir la voie à une diversification des services proposés. Mais ce modèle pose la question de l’intérêt d’une structure à payer pour des services complémentaires lorsqu’une partie considérable de la formation est disponible gratuitement. Des échanges effectués avec des responsables des plates-formes suggèrent que nombre de structures clientes sont réticentes à adopter ce système de formation à plusieurs vitesses, et incitent certaines plates-formes à restreindre l’accès aux services gratuits, comme le visionnage des vidéos pédagogiques. Une telle inclinaison pourrait expliquer pourquoi diverses plates-formes réduisent le nombre de services accessibles gratuitement à tout internaute, pour accroître la probabilité de réaliser des ventes auprès de ce type de clients.

Seuls les enseignants proposant par ailleurs des formations payantes, et/ou combinant plusieurs modèles économiques de manière simultanée semblent se rapprocher de l’équilibre financier. Le modèle publicitaire semble avoir été le plus prometteur. Néanmoins, il n’est a priori valable qu’à la condition où l’enseignant et l’institution à l’origine du MOOC sont susceptibles de vendre, par la suite, des formations à un public de professionnels. Il favorise alors les institutions expérimentées dans ce domaine. On peut émettre l’hypothèse selon laquelle, à terme, le couplage entre un MOOC et une formation s’adossant sur le dispositif sera favorisé. Cela implique néanmoins de repenser le rôle que joueraient les institutions d’enseignement supérieur dans la formation d’adultes, et la place du numérique dans un éventuel renouvellement de ce rôle.

Il me paraît intéressant de chercher à analyser l’impact de l’évolution des modèles économiques des plates-formes sur les orientations des cours. L’imposition des certificats payants, observée notamment dès 2016 sur Coursera, et la disparition parallèle des certificats gratuits, incitent vraisemblablement enseignants et institutions à donner la priorité aux MOOC orientés vers la formation professionnelle. Dans quelle mesure cette incitation se traduit-elle dans les évolutions récentes de l’offre des plates-formes ? Une analyse fine de l’évolution des catalogues serait nécessaire pour aborder la question. Elle pourrait être complétée par des travaux qualitatifs sur l’impact des évolutions des modèles économiques des plates-formes sur les orientations suivies par leurs divers partenaires. Un tel travail doit néanmoins prendre en considération l’impact des inflexions des modèles économiques sur l’utilisation même du vocable MOOC. Si la disparition de la gratuité qui constituait leur spécificité se poursuit, il se peut fort bien qu’une recherche sur les modèles économiques des MOOC ne se distingue plus guère des travaux équivalents menés dans le contexte de la formation à distance depuis plusieurs décennies.

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3 Comments

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3 Responses to Nouvelle réflexion sur les modèles économiques des MOOC

  1. GiLe

    Le maitre mot ici est peut-être « empathie ». Mais se plonger dans la peau d’un mooc addict ne sert à rien. Comprendre les raisons qui poussent un individu à se former est certainement plus utile. On se forme bien souvent pour:
    – Retrouver un emploi,
    – Augmenter son salaire,
    – Obtenir une promotion,
    – Changer de secteur d’activité
    En quoi un mooc le permet-il?
    Plaçons nous maintenant du coté des entreprises: Les Moocs sont utilisés en France dans une optique de réduction des coûts (Mooc qui remplacent le séminaire d’intégration initial, Vernis technologique pour obtenir une mission). Alors payer pour de la formation que l’on peut avoir via les chaines du savoir Youtube?
    Ensuite, beaucoup de salariés ne sont pas pour la formation à distance. Répondre à cette question permettrait de lever certains blocages!
    Enfin, il faudrait se pencher sur les raisons qui poussent un manager à former un employé, qui ne sont pas celles des pros de l’éducation nationale…
    Quelques pistes: formation récompense, formation aide à la remotivation, formation bouche-trou pour masquer une inactivité temporaire, etc..
    Alors en quoi les Moocs répondent ils à ces problèmes? Questions toujours ouvertes en France!
    Aux USA, pays du business, les réponses semblent claires : réduction des coûts et sélection des meilleurs étudiants à l’échelle de la planète.

  2. mammig

    Certaines plateformes ne proposent pas uniquement des certificats (bien souvent pour un coût modique), mais également des parcours complets qui permettent d’obtenir un diplôme reconnu par l’état et enregistré au RNCP (pour la France).
    Ces parcours se font avec le suivi régulier d’un mentor qui guide l’élève individuellement pour qu’il puisse réaliser un certains nombre de projets. C’est indispensable pour valider les compétences nécessaires du diplôme.

    Vous parlez également du rôle de l’enseignement supérieur dans la formation d’adulte… C’est un domaine que je connais et je vous invite à rencontrer des stagiaires qui font un BTS en 1 an, ou des étudiants qui font un DUT en « année spéciale ». Demandez leur si ils ont une vie en dehors de cette formation… Je préfère ne pas parler de l’éloignement géographique qui est, pour ce type de formation, un point négatif colossal. Et que dire des prérequis nécessaires pour entrer dans ce type de formation ?

    L’avantage de ces formations à distance est que l’on peut les faire depuis son domicile et, surtout, à son rythme. On peut également les suivre en parallèle d’une activité professionnelle (ce qui est impossible pour une formation en présentielle).

    Enfin, je pense qu’un MOOC doit rester gratuit pour rester accessible au plus grand nombre (du simple curieux au passionné et à tous ages). Quoi de mieux pour quelqu’un qui veut se reconvertir dans la programmation ou la cuisine que de suivre un MOOC pour voir si ça correspond à l’image qu’il se fait du métier ? Cela va également lui permettre de prendre confiance en lui si il arrive au bout d’un MOOC, ou il va se remettre en question si il est complètement largué…

    N’oublions pas que, bien souvent, la formation professionnelle est hors de prix pour un particulier. Obtenir un financement n’est pas automatique et nécessite de nombreuses démarches qui découragent beaucoup de gens.

  3. Attention encore une fois aux limites du modèle des providers américains qui sont tournés vers le marché de l’enseignement supérieur de leur pays.
    L’enseignement en ligne est la solution qui se généralise pour diminuer le coût des études qui n’est plus supportable. Cela évite les investissements sur les campus. De nombreuses universités ouvrent donc des départements pour l’enseignement à distance en s’appuyant sur Coursera et autres. D’où l’une des raisons de l’évolution du modèle économique, la seconde, déjà évoquée, étant l’enseignement professionnel.

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