Les limites des modèles économiques des MOOC

DiplomaCes derniers jours, nous parlons beaucoup de modèles économiques des MOOC, avec des billets extraits d’un article publié dans RFSIC, je vous le rappelle. Il y a eu quelques réponses sur les billets et je m’excuse de ne pouvoir lancer des débats prolongés, je suis dans mes dossiers de candidature pour devenir maître de conférences en sciences de l’éducation. Comme le sujet a l’air de plaire, je vais continuer dans la lignée en proposant un autre extrait de l’article revenant sur les différents modèles économiques de MOOC tournés vers la formation professionnelle.

Les MOOC s’inscrivant dans une logique de formation professionnelle présentent une certaine diversité des modèles économiques : vente de licences, modèle publicitaire, vente de certificats, ou services Premium. Quatre dispositifs dégageaient des recettes. Ils vont nous permettre de revenir sur ces modèles, non pas seulement pour les énumérer, mais aussi pour en voir les limites.

Le cas de la vente de certificats, correspondant sans doute au modèle le plus connu, a été notamment mobilisé par un enseignant de gestion de projet. Au fil des multiples itérations de son cours, il a délivré plusieurs milliers de certificats gratuits, et plus d’une centaine de certificats payants à chaque itération. Pour certifier l’identité des apprenants, l’examen associé au certificat est surveillé, à distance, via une entreprise spécialisée, ce qui le différencie du certificat gratuit, qui ne dispose pas de ce service : « On a fait un examen surveillé avec l’idée de dire que les MOOC étaient bien en virtuel mais qu’à un moment il fallait apporter des preuves de diplomation, de certification et donc mettre en place de vrais examens. L’avantage du vrai examen c’est que ça permet de vérifier la pièce d’identité de la personne. » La somme investie dans le certificat permet alors de payer aussi bien la conception du MOOC que les entreprises réalisant ce travail de surveillance.

Néanmoins, la vente de certificats semble le plus souvent ne pas permettre de nombreuses ventes, ce qui amène cet enseignant d’un MOOC d’entrepreneuriat à déclarer ne pas être parvenu à vendre plus d’une poignée de certificats, malgré des milliers d’inscrits : « On me dit qu’il faudra que ce soit rentable donc on essaie de vendre des certificats mais il n’y a personne pour les vendre donc tu offres le certificat, tu en vends douze, et les mecs se disent que finalement les MOOC ce n’est pas ce qu’on croyait, on croyait qu’en appuyant sur un bouton on gagnerait plein d’argent. Donc du coup ça n’intéresse plus personne et tu te retrouves dans une situation où on te tolère car sauvé par mon audience mais c’est vécu comme un objet publicitaire et pas comme un truc business ».

Dans le cas du modèle publicitaire, la publicité qu’apporte le MOOC permet d’accroître les ventes d’un service ou d’un produit vendu par ailleurs, comme une formation en présentiel ou à distance complémentaire. C’est le modèle mis en place par cet enseignant d’entrepreneuriat, dont le MOOC permet d’attirer une clientèle susceptible de s’inscrire à des formations continues en présentiel organisées en aval, permettant ainsi d’autofinancer le projet : « On a eu aussi des retours en exécutif sur le premier MOOC ; à la question de la rentabilité du MOOC, je l’ai quasiment autofinancé avec les formations en présentiel qu’on a eues derrière. Des types qui ont suivi le MOOC ont demandé derrière des formations pour leurs cadres et leurs équipes. »

Concluons sur le cas des services Premium aux structures, entreprises ou institutions. Un clone de la formation peut être ouvert à un nombre restreint des salariés d’une structure, entreprise ou autre. Ou, si les participants de la structure sont mêlés aux autres participants du MOOC, ils peuvent disposer de services particuliers, comme une évaluation personnalisée des employés. Dans le cas du MOOC consacré à la gestion de projet, plusieurs structures privées ou publiques ont également payé la structure organisant le MOOC pour que celui-ci serve de base à la formation des employés. Le dispositif reste par ailleurs ouvert gratuitement à tout internaute, de sorte que ces employés auraient pu s’inscrire gratuitement. Néanmoins la structure peut ainsi bénéficier de services supplémentaires, comme un suivi des actions réalisées par ses membres.

En plus de compléter notre énumération de modèles, ce cas illustre la possibilité de combiner différents modèles pour tendre vers une certaine viabilité économique. Impossible néanmoins d’affirmer que l’équilibre financier ait été atteint sans une analyse comptable. Cependant, on peut émettre l’hypothèse selon laquelle l’articulation des différents modèles économiques possibles constitue la stratégie la plus à même d’assurer la pérennité des projets de MOOC. Pour le moment, c’est ce qui semble s’être passé, mais je ne demande qu’à ce qu’on me donne tort …

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One Response to Les limites des modèles économiques des MOOC

  1. GiLe

    Un des modèles non répertorié à ma connaissance, est le recyclage, qui me semble beaucoup utilisé en France. On utilise un cours créé il y a vingt ans comme introduction d’un mooc à la pointe de la technologie et dans l’air du temps. On parlera ainsi de « Big data » alors que le mooc se concentre sur le SQL pendant plusieurs semaines ou de « Découverte de l’IOT » alors que le mooc est à 50% un cours sur les réseaux… Sachant que l’on trouve d’excellents moocs en Anglais sur ces sujets (voire même des sites de mooc uniquement sur ces sujets) il n’est pas surprenant que les mooc made in France aient du mal à trouver une cible marketing!

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