Des MOOC tournés vers la formation initiale ou le développement personnel

Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur quelques éléments relatifs aux orientations prises par les concepteurs de MOOC, à travers un extrait d’un article publié dans la revue RFSIC. Je vous avais déjà dit que les enseignants intégraient parfois le cours dans des cursus et/ou s’inscrivaient délibérément dans une logique de développement personnel. J’aimerais illustrer un peu ces positions aujourd’hui avec quelques verbatim.

Une poignée des enseignants que j’ai interviewés déclarent que le dispositif vise en premier lieu des étudiants, dont quatre affirment qu’il est intégré ou qu’il a vocation à s’intégrer dans un cursus pédagogique, selon une logique de classe inversée. C’est par exemple le cas de cet enseignant de mathématiques, dont le cours est d’ores et déjà intégré dans un Master d’une université française : « On l’a marqueté comme un cours pour universitaires. La première séquence de la première semaine c’était juste l’intro où on se présentait et la suite de la première semaine c’était des séquences introductives aussi qui avaient une valeur générale. Cette semaine conviendrait à un public naïf mathématiquement mais dès la semaine 2 il te faut un public à niveau fin de DEUG ». Il poursuit en déclarant que nombre des exercices du MOOC sont rigoureusement les mêmes que ceux qui sont proposés en travaux dirigés.

L’intégration en cursus est généralement un projet à moyen terme, et le dispositif peut être intégré en marge d’un diplôme, comme complément ou comme prérequis à la formation, cas de figure illustré par les propos d’un concepteur d’un MOOC d’économie : « Soit c’est un complément pour les gens qui sont déjà entre économie et droit, qui voient le passage entre les deux, soit c’est pour les gens qui sont en M1, qui veulent se préparer un M2 [Nom de la discipline], et pour qui ça faciliterait le passage également […] Vous voyez, on imposerait le certificat en même temps que le MOOC, comme prérequis pour être admis ».

Pour les quelques cas où le MOOC visait avant tout des étudiants, deux dispositifs étaient déjà intégrés dans un cursus académique, trois autres avaient vocation à l’être dans un avenir proche. Les enquêtés dont le dispositif visait en premier lieu le public de la formation initiale voyaient éventuellement dans les MOOC une opportunité de réduire des coûts sur certains éléments du diplôme, mais jamais de faire des économies substantielles. L’intégration du MOOC dans le cursus de l’institution qui l’a produit, comme l’envisage cet enseignant d’économie, est le cas le plus fréquent : « L’idée c’est de proposer bah ces cours en mineure sous forme de MOOC, de subir le coût fixe une bonne fois pour toute, et puis voilà, mais en ayant dans l’esprit qu’on va s’adapter à un public un peu différent de d’habitude, donc il faut réfléchir à ce public. […]  C’est comme ça qu’on fait ici, il y a d’autres établissements qui font ça aussi, dès le départ pensent à faire des MOOC dans un esprit un peu d’économie. On n’économise pas sur la partie cœur de diplôme, mais sur la partie un peu mineure ».

L’économie réalisée est alors fonction du nombre de fois où le cours est organisé. Elle peut dès lors être accrue si le MOOC est intégré hors du seul établissement qui en est à l’origine. Ce cas est illustré par les propos de cet enseignant de Gestion de Projet, dont les MOOC est intégré dans plus d’une quinzaine d’établissements : « Il y a 17 établissements partenaires, 1 500 étudiants, et le MOOC est pensé pour le prof qui va être le prescripteur et qui va l’intégrer à sa formation. ». Si une économie d’échelle est éventuellement possible lorsqu’un nombre suffisant d’itérations aura été réalisé, aucun des MOOC considérés ne permettait de dégager des recettes en suivant l’orientation dite de l’éducation formelle, résultat que nous avons également observé pour la logique du développement personnel, que nous traiterons dans les paragraphes qui suivent.

Un certain nombre de cours dont j’ai interviewés les concepteurs relèvent du développement personnel. Entrent notamment dans cette catégorie les enseignants dont la démarche correspond à de la vulgarisation de leur discipline. Pour cet enseignant d’astrophysique, le MOOC semble une opportunité de transmettre davantage de connaissances qu’il ne peut le faire dans le cadre de ses conférences grand public, jugées trop courtes : « L’idée est d’utiliser les MOOC pour viser le grand public. La motivation personnelle que j’ai c’est que j’ai fait pas mal de conférences grand public dans ce domaine et j’ai toujours à la fin plein de gens qui me sautent dessus et qui aimeraient en savoir plus ».

Cette logique de vulgarisation fait écho à une volonté de nombre de concepteurs de rendre le citoyen plus informé sur des questions d’ordre sociétal, le but du MOOC consistant par exemple à fournir les éléments clef pour mieux appréhender les éléments d’un débat. On retrouve cette démarche chez cette conceptrice de cours de développement durable : « Pour moi c’est vraiment la première fonction, c’est donner accès aux savoirs au plus grand nombre, pour moi c’est ça. […] Tous nos MOOC ont vraiment un lien avec les sujets [d’actualité] et on se dit que les gens peut-être comprendront mieux ce qui se dit dans les médias, ce que les politiques font, veulent faire, voilà ».

Aucun des enseignants s’inscrivant dans cette logique n’avait envisagé de modèle économique pour leur MOOC, comme l’illustrent les propos de cette enseignante de communication : « Parce qu’autant de dire qu’on a eu un budget de zéro, on a tout fait, on s’est débrouillé. On n’avait aucune vocation à être rentable ». L’exception correspond à un MOOC de biologie, tourné essentiellement vers le développement personnel, mais dont une partie des vidéos a été pensée et conçue pour une éventuelle intégration en études médicales. Néanmoins, on ne peut parler pour autant de modèle économique associé au développement personnel. Tout au plus y a-t-il eu une hybridation avec la logique de l’éducation formelle, qui, elle, autorisait éventuellement des économies d’échelle.

En définitive, seuls les enseignants tournés vers la formation professionnelle ont semblé être en mesure de dégager des recettes. Pour le reste, ce sont des projets à perte. On ne saurait s’étonner du fait que cette logique ne pouvait durer éternellement, et que dès lors ce soient les projets plutôt orientés « formation pro » qui survivent le mieux, une fois passée la vague d’enthousiasme liée à la nouveauté de ces dispositifs … à bon entendeur, salut.

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