Plateformes à la Datacamp : les promesses initiales des MOOC enfin tenues ?

Quelques semaines se sont écoulées depuis le dernier billet, et nous venons de faire à Cergy une percée en termes de digitalisation qui mérite d’être relatée ici. Le débat doit s’ouvrir, car avec des solutions privées, nous sommes plus ou moins en train de remplir la promesse que nous avons un jour formulée avec les MOOC. Vous rappelez-vous que nous avons parlé de Datacamp ? Pour mémoire, c’est une plateforme interactive de cours dans le domaine de la Data Science, où l’on peut apprendre différents langages de programmation. C’est aujourd’hui gratuit pour les institutions d’enseignement supérieur, de sorte que j’ai mis ma quarantaine d’étudiants en Bachelor à suivre les cours, pour la somme tout de même raisonnable de zéro euro. Ma seule fonction consiste à m’assurer que tous les étudiants travaillent, à créer une forme d’émulation, et que le tout est carré du point de vue de la RGPD. Même si j’ai une certaine expérience concernant au moins l’un des langages de la plateforme (R), cette connaissance ne m’est nullement utile, et n’importe qui, même un étudiant, pourrait faire le travail que je suis en train de faire. Quelques précisions dans ce billet.

Revenons d’abord sur le contexte. J’exerce dans un Bachelor de Data Science, où des jeunes étudiants, au profil d’ingénieurs, se forment à l’analyse de données ainsi qu’aux différents langages de programmation. Datacamp, avec ses cours dans des langages variés (R, Python, SQL, etc.) constituait dès lors une aubaine. Je l’avais découvert suite aux discussions avec des étudiants engagés, au cours de la phase de benchmark que je mets en oeuvre avant tout projet de digitalisation. Elle me semble occuper sur Internet une place croissante dans le domaine des formations en ligne à la Data Science, et je la retrouve presque systématiquement désormais quand je cherche des informations pour améliorer les programmes que je code en R dans le cadre de mes travaux de recherches. Il est vrai qu’il existait déjà sur ces sujets des cours de qualité sur Youtube, mais rien d’aussi scénarisé, avec des parcours, des exercices qui permettent de gagner des points et de mettre en oeuvre une forme de gamification. J’ai l’impression que la plateforme fait de l’ombre aux formations payantes et semi-payantes qui ont fleuri dans le domaine sur des plateformes célèbres comme Coursera ou edX, ou sur les marketplaces comme Udemy ou Skillshare. Qu’en est-il de la mise en oeuvre dans le cadre des cours ?

Deux fois par semaine, j’ai avec mes étudiants un créneau d’une demi-heure au cours duquel je jouis d’une certaine liberté quant au choix des activités que je mets en oeuvre. Ni une ni deux, j’ai décidé d’employer ce créneau pour permettre aux étudiants de suivre ces cours. A vrai dire, cette heure supplémentaire n’est pas absolument nécessaires, car ceux de mes étudiants les plus motivés se sont, pour beaucoup, tellement pris au jeu qu’ils travaillent le week-end, ou le soir, en lieu et place de leurs devoirs. Les recettes que j’ai mises en place pour favoriser cet engagement sont d’une simplicité biblique. Tout d’abord, il existe dans la plateforme un leaderboard, que voient tant les autres étudiants que l’enseignant, et qui permet, en temps réel, de voir qui a travaillé le plus. Chaque fois qu’un apprenant réalise des exercices, il gagne des points et peut grimper dans le classement; on peut également voir le nombre de chapitres et de cours complétés pour détecter ceux qui gonflent artificiellement leurs scores. Nous voilà donc face à un premier niveau de gamification, intégré à la plateforme, qui permet de mettre en place une première forme d’émulation. 

Mais je ne me contente pas de cela, et puisque, n’ayant pas de cours à préparer dans le cadre de cet enseignement précis, je peux me concentrer sur d’autres considérations, je me concentre sur la gamification, en mobilisant, essentiellement, le logiciel canadien Classcraft. Pour ceux qui ne connaissent pas, sachez que c’est un outil de gamification relativement simple, qui s’inscrit dans l’esprit des jeux vidéos de type MMPORG, et qui dispose d’une partie gratuite qui est la seule chose que j’utilise. Je peux récompenser les étudiants avec des points d’expérience (XP), de l’or (GP), ou au contraire leur faire perdre des points de vie (HP) s’ils ne font pas le travail demandé. 

Plus ils gagnent de points d’expérience, plus ils montent en niveau et peuvent acquérir des pouvoirs distincts : arriver en retard en cours sans conséquence, avoir un délai supplémentaire pour rendre un livrable … S’ils ont de l’or, ils peuvent acheter des instruments supplémentaires pour leur personnage. Et s’ils perdent tous leurs points de vie, bim, tâche enquiquinante; faire une présentation en public, ou autre. Les étudiants appartiennent à des équipes, et ont des personnages types (Mage, Guerrier, Guérisseur), aux caractéristiques distinctes. Ils peuvent ainsi se faire récupérer mutuellement des points de vie, etc. Bref, vous voyez le principe. J’ai téléchargé l’application, et je passe d’un groupe avec mon téléphone à la main, distribuant malus et bonus selon les avancées (ou l’absence de travail) de tel ou tel individu.

Concrètement, avec Datacamp, je tente de créer de l’émulation en mettant en compétition les étudiants entre eux (je récompense chaque semaine les trois plus travailleurs avec des points XP, et je prends au hasard un de ceux qui ont le moins avancé et je lui distribue un malus de HP). Mais nous ne nous arrêtons pas à des compétitions entre étudiants. Je cherche à créer des dynamiques de groupe, déjà en mettant en place une émulation entre les deux classes, et d’autre part en mettant en place un système d’équipes. 

L’étudiant qui travaille le plus fait gagner des points à toutes sa classe s’il arrive en tête du classement. Par ailleurs, je vais faire des équipes de quatre. L’équipe qui cumule le plus de points gagne également aussi un bonus collectif. Le but affiché est de jouer sur la pression entre pairs pour qu’ils se motivent les uns les autres à travailler. C’est tout neuf comme méthodologie pour moi; aussi aurai-je sans doute besoin de quelques mois de recul pour vous dire de manière plus précise ce que cela a donné, mais les premiers résultats me semble prometteurs. Evidemment, nous devenons tributaires des politiques de ces entreprises, qui peuvent mettre à tout instant un terme à leur politique d’ouverture gratuite aux institutions d’enseignement supérieur. Il faudra alors payer un peu par étudiant, mais, à service équivalent, toujours moins que ce que l’on paye pour donner des cours en présentiel, si vous voulez mon avis.

Ce type d’approche n’est pas généralisable à tous les sujets, et elle a plus de sens en Data Science parce que les exercices autocorrigés sont pertinents. Néanmoins, cela devrait faire réfléchir tout le monde. De mon point de vue, on est en train de tenir, avec ce type de solution, la promesse que nous avions formulée avec les MOOC il y a quelques années. Food for thought.

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