L’excellence, à quelles conditions?

On le sait, la démarche dite des grands investissements d’avenir tout à la fois provoque  une mobilisation importante d’énergie au sein des universités et suscite des craintes, nourrit des inquiétudes. Du côté des inquiétudes, on insiste souvent sur le caractère partiel et partial d’une politique qui restreindrait par trop le soutien des pouvoirs publics à l’enseignement supérieur et la recherche. Et ce d’abord en ne ciblant que quelques sites en France où se concentreraient la manne, puis en opérant un second criblage, au sein même des sites choisis , permettant de ne mettre en valeur que quelques laboratoires et quelques formations dites d’excellence.

En ce qui me concerne, je suis chargé, comme président du Pres Université de Lyon, de la maîtrise d’œuvre des propositions Lyonnaises et stéphanoises aux divers appels d’offres lancés par l’État. En particulier, j’ai investi beaucoup de temps et d’énergie dans notre projet d’initiative d’excellence intitulé : Imagine : Lyon-Saint-Étienne, métropole d’innovation et de création. Je me suis posé la question de savoir comment aborder cette question des investissements d’avenir dans ce blog. J’ai pris le parti de le faire en donnant ci-après le texte des 6 premières pages de la réponse de l’université de Lyon à l’initiative d’excellence. Et ce parce que j’ai rédigé personnellement ces pages pour expliquer au jury la conception que l’on pouvait avoir d’un tel programme, aussi éloignée que possible de toutes les approches schématiques qu’on a pu lire, tant sous la plume de partisans des investissements d’avenir que sous celle de contempteurs. Mon but, et mes collègues de Lyon et de Saint-Étienne (ainsi que le Ca du Pres, à l’unanimité moins 1 voix contre et 1 abstention) ont adhéré à cette vision, était de montrer à quelles conditions pouvait-on s’engager pleinement dans une initiative d’excellence de grande ambition, sans renoncer à des principes et des valeurs de service public.

Ainsi, en livrant ce texte (allégé de certains passages qui décrivent le potentiel de formation et de recherche de Lyon-Saint Étienne, qui n’ont pas d’intérêt ici), je souhaite contribuer à la réflexion sur l’évolution du dispositif français d’enseignement supérieur et de recherche. Non pas en donnant à lire quelques propos généraux, éloignés du terrain d’action, mais en offrant au débat ce qui constitue le cœur même d’un projet engagé. On voudra bien excuser que ce document « brut de fonderie » sacrifie aux exigences de style des réponses à des appels d’offre, ce qui donne un texte passablement pesant et pataud. Mais  je pense que tout lecteur un peu courageux y trouvera matière à réflexion, bien au-delà d’une simple connaissance de l’état local d’une démarche. Car ce qui est évoqué ici renvoie bel et bien à des problèmes génériques, qui concernent tous les sites français. Et nul doute que j’y reviendrai à l’occasion de nouveaux billets.

Idex Lyon/Saint-Etienne : « Imagine » : Lyon/Saint-Etienne, métropole de l’innovation et de la création

LA VOCATION DE L‘INITIATIVE D‘EXCELLENCE

Pourquoi concourir à l’initiative d’excellence (Idex) ? Cette question élémentaire, il faut y répondre, et autrement que par des arguments d’opportunité financière. Dans le cas du projet porté par l’université de Lyon, la réponse exige de mettre en perspective les programmes que nous proposons aux appels d’offre des investissements d’avenir avec une stratégie globale, que ces programmes vont soutenir, sans qu’ils deviennent à eux seuls toute la stratégie. C’est une façon de dire rapidement que nous ne confondons pas investissements d’avenir (IA) et avenir du PRES, mais que nous utilisons ceux-là pour précipiter des évolutions que nous cherchons aussi à obtenir par d’autres moyens. Les IA et en particulier l’Idex, constituent donc des actions intensives et sélectives de développement ciblées de nos capacités, au service d’un projet d’ensemble, de long terme.

Depuis sa création en 2007, sous la forme d’un établissement public de coopération scientifique (EPCS), le PRES Université de Lyon (UdL), qui regroupe les 4 universités de Lyon et Saint-Étienne et 15 écoles et instituts, poursuit un objectif simple à énoncer – mais pas à réaliser : faire du site universitaire de Lyon/Saint-Étienne un des 10 pôles européens de référence en matière de recherche, de valorisation et d’enseignement supérieur. La vocation du PRES est bien de permettre l’amélioration continue de la qualité du système universitaire. Pour ce faire, il est chargé par ses membres d’un certain nombre d’actions et, surtout, du portage de grands projets. C’est ainsi que l’UdL a été en 2008 maître d’œuvre de la réponse lyonnaise à l’opération Campus, démarche couronnée de succès. Très logiquement, les établissements membres ont souhaité confier au PRES le dépôt de réponses aux appels d’offres aux grands investissements d’avenir (EquipEx, Labex, Satt) et le soutien à des réponses proposées par les partenaires (IRT3, IEED4, IHU5 notamment). Surtout, ils ont voulu passer par l’UdL pour le présent acte de candidature à l’initiative d’excellence – Idex qui est conçue comme un véritable dispositif « supra-ordonnant » des différentes réponses.

Le pari qui est le nôtre, depuis la mise en place de l’UdL, est audacieux : il s’agit d’affirmer que tant l’intervention sur des fonctions très spécifiques (conférée au PRES par son décret de fondation : la gestion du doctorat, la supervision de la valorisation de la recherche, la promotion de quelques actions internationales) que l’engagement dans des projets très focalisés et « intensifs » (Lyon Cité Campus, les actuelles réponses aux investissements d’avenir) sont susceptibles, par les dynamiques mêmes qu’elles instaurent, de provoquer deux évolutions concomitantes. A savoir, à la fois : (i) que le site Lyon Saint-Étienne rallie le « club » des pôles universitaires internationaux de référence, via la mise en valeur de nos « foyers d’excellence » ; (ii) que progresse, par effet d’entrainement de (i), l’ensemble des activités universitaires (lato sensu). Nous n’opposons donc pas excellence et qualité globale, mais au contraire les mettons en système vertueux.

Nous sommes guidés dans cette démarche par deux constats, qu’il faut rapidement expliquer. a) Le site de Lyon Saint-Étienne recèle d’ores et déjà un potentiel considérable de formation, de recherche, de valorisation. b) Pour mettre en valeur au maximum ce potentiel, il faut compenser la dispersion des établissements (héritage de l’histoire de la structuration locale de l’enseignement supérieur) par la mutualisation des forces et la coopération stratégique au service de l’innovation.

a) Le potentiel.

En ce qui concerne le potentiel, il est considérable. Rassemblant 130 000 étudiants, 11 500 personnels dont 7000 chercheurs et enseignants chercheurs, fort de ses 17 écoles doctorales accueillant 5000 doctorants, le PRES Université de Lyon, appuyé sur quatre universités importantes, constitue aujourd’hui le plus fort groupement français d’établissements universitaires.

L’ensemble des membres de l’UdL représente une gamme particulièrement impressionnante de cursus, de tous les cycles (Licence, Master, Doctorat). (…) La recherche n’est pas en reste (…) qui se réalise au sein de 130 laboratoires de recherche dont 62 UMR CNRS et 12 unités associées à l’Inserm. La métropole lyonnaise est d’ailleurs un des sites majeurs pour le CNRS, l’INSERM, mais aussi pour le CEMAGREF, l’INRETS, l’INRIA, sans oublier l’IFP qui y a son siège (tous établissements avec lesquels l’UdL conventionne et qu’elle a intiment associé aux programmes des investissements d’avenir). Il s’agit d’un maillage particulièrement dense de structures de recherche, qui couvre l’ensemble des champs de savoir. Mentionnons également l’existence de 2 réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA Innovations thérapeutiques en infectiologie, RTRA en SHS « Collegium de Lyon ») et de 3 Centres thématiques de recherche et de soins (Neurosciences et handicap, Cancérologie, Transplantation). (…) Les 17 écoles doctorales peuvent être considérées comme le cœur de notre système UdL, car elles assurent la jonction entre recherche et formation, et nous leur donnons d’ailleurs une place de choix dans notre projet.

(…)

Cela posé, il ne faudrait pas omettre un des aspects majeurs du « profil » du site de Lyon Saint- Étienne : celui qui résulte de la longue tradition métropolitaine d’entrepreneuriat et d’innovation industrielle et tertiaire. Il s’agit là d’un aspect majeur, dans la perspective des investissements d’avenir, qui doivent, ne l’oublions pas, contribuer à développer les capacités de notre pays à tenir son rang dans la compétition économique mondiale. Nous estimons donc qu’il est indispensable de concevoir nos projets à partir de l’excellence universitaire mais avec en perspective la capacité de stimuler le triangle vertueux de la société et de l’économie de la connaissance : recherche-formation- innovation. Pour ce faire, le partenariat avec les acteurs socio-économique est impératif.

Celui-ci ne s’invente pas du jour au lendemain, à partir de rien. C’est là où la caractéristique du site métropolitain de Lyon et Saint-Étienne est décisive. Berceau de la première révolution industrielle française, lieu stratégique de grandes innovations industrielles (songeons à la chimie, à l’infectiologie, au textile, mais aussi…. au cinéma, inventé à Lyon et qui nous a légué une véritable expertise en matière d’industries de l’image), la métropole Lyon/Saint-Étienne est aujourd’hui un périmètre majeur de l’économie française. Et un périmètre où les acteurs économiques sont depuis longtemps préoccupés d’innovation (jusqu’à fonder il y a plus d’un siècle la fondation scientifique de Lyon et du Sud Est, pour stimuler l’innovation, institution qui, en 2011, se transformera, dans le cadre de nos projets investissements d’avenir, en Fondation pour l’université de Lyon). Une telle tradition d’innovation explique aussi l’importance des formations d’ingénieur à Lyon et Saint-Étienne, celles- ci bénéficiant du soutien sans faille des entreprises et alimentant en retour l’économie de compétences technologiques.

(…)

La métropole universitaire Lyon/Saint-Étienne présente donc cette caractéristique assez exceptionnelle en France d’une pratique continue de l’innovation, depuis au moins le XVIIIe siècle, fondée sur le partenariat entre la formation supérieure, la recherche, la technologie. Et une pratique qui, loin d’avoir diminué depuis quelques années, trouve dans l’existence de l’université de Lyon et de ses projets mobilisateurs une raison de nouvelle dynamique. (…)

Une telle tradition d’innovation se ressource donc en permanence dans de nouveaux projets, ce dont l’Idex rend compte. C’est dans cette perspective qu’il faut également apprécier la volonté des acteurs métropolitains de développer, à partir de ce qui s’est fait à Saint-Étienne où a été créée la Cité du Design, un pôle de compétences métropolitaines autour du design. Cette activité illustre bien l’intérêt de la convergence de la fonction de la recherche et de l’innovation au service d’un renouveau de la conception et de la production d’objet. L’université de Lyon participe pleinement à cette stratégie et le design se retrouve dans de nombreux projets Idex, la cité du design constituant le pôle de référence pour cette démarche.

Chaque établissement de l’UdL pris séparément est sans conteste doté de qualités : certains sont d’ailleurs pris en compte dans des classements mondiaux. (…)

b) La nécessité de coopération.

Pour autant, le choix a été fait de considérer que la dispersion en 19 établissements était une fragilité qu’il fallait dépasser, si nous voulions atteindre le rayonnement international fondé sur la qualité de nos activités, que nous visons. En ce sens, nous avons pris conscience du caractère dissipatif du système Français et à rebours, de l’extraordinaire marge de progrès qui est la nôtre dès que nous parvenons à faire coopérer les établissements. La variété des capacités de recherche et de formation d’un site comme Lyon Saint-Étienne devient alors un atout. Sans coopération, cette variété peut se transformer en handicap, en désordre. Elle perd surtout de la visibilité à toutes les échelles (du local à l’international).

Une telle certitude est venue d’un constat empirique. A partir des années 1990, lentement d’abord, on a vu se développer de plus en plus de coopérations au quotidien, mis en place à la base, autour des exigences de la recherche et de la formation doctorale. Ainsi sont apparus les laboratoires partagés, les écoles doctorales de site, dont l’existence a préparé l’émergence de l’établissement de coopération. Notre stratégie commune, avant de devenir un choix politique, a d’abord été une réalité de terrain. Ceci explique sans doute la vigueur actuelle des coopérations.

Ainsi l’Eurométropole de Lyon/Saint-Étienne, constitue d’ores et déjà un grand site complet de formation, de recherche et de valorisation, le plus important en France hors de la région Ile de France. Mais ce constat ne doit pas nous suffire, il nous faut désormais progresser en qualité et en cohérence de nos actions, il nous faut accroitre notre rayonnement international et notre attractivité. C’est là le fondement même de notre réponse à l’Idex. Bien sûr nous bénéficions déjà d’une certaine notoriété internationale, car les politiques de nos établissements membres et la stratégie récemment développée par l’UdL en la matière nous ont permis de beaux succès : créations de laboratoires de recherche internationaux, avec le CNRS, à L’East China Normal University de Shanghai (ECNU), à l’université Tohuku de Sendaï, au Japon ; développement d’une présence constante de l’UdL à Shanghai, à partir de l’ECNU ; accueil prochain du Todaî Forum (en octobre 2011) et signature d’une convention avec l’Université de Tokyo Todaï ; signature d’une convention de partenariat en matière de co-tutelle de thèses avec l’université d’Ottawa, sont quelques-unes des expressions récentes de cette dynamique. On pourrait y ajouter la qualité des relations que nous entretenons avec les universités du Québec. Mais nous pouvons et devons aller beaucoup plus loin, afin de placer notre site comme une référence.

Pour cela nous proposons un projet très ambitieux, dont nous commençons à détailler les contours dans ce document B. Il reste évidemment à préciser bien des actions que nous entendons conduire, avec nos partenaires. Cela sera l’objectif de la phase d’échange avec le jury que de nous permettre d’apporter des éléments de preuve du bien fondé et du caractère sensé et réaliste de nos propositions. Cette phase sera aussi décisive pour finaliser l’implication dans l’Idex des établissements membres du PRES.

LE PROJET STRATÉGIQUE

LES POSTULATS QUI FONDENT NOTRE DÉMARCHE IDEX

Notre projet Idex se fonde sur quelques grands postulats transversaux qui ont guidé notre réflexion. Celle-ci a été menée à l’échelle des 19 établissements du PRES, depuis plusieurs mois, avec la volonté d’impliquer dans la construction des projets le plus grand nombre de collègues possibles, ce qui est un choix qui n’est pas toujours simple à assumer mais qui nous a paru indispensable à la réussite de la démarche.

1. L’approche par les enjeux : réinventer un nouvel universalisme de l’université et la convergence des savoirs.

La logique même de la recherche et de la formation supérieure pousse à toujours plus de spécialisation. Celle-ci est nécessaire, elle constitue une des conditions du progrès des connaissances. Pour autant, elle fait perdre de vue que les grandes énigmes scientifiques, comme les grandes questions sociales sont toujours, ou presque, transversales. Nous souhaitons donc, à travers la démarche Idex, promouvoir une approche par enjeux qui assure de faire converger les compétences de scientifiques, d’experts, d’acteurs d’origines différentes. Ces problèmes, que nous plaçons au centre du projet Idex (ceux posés par la santé, par le développement soutenable, par la complexité des systèmes biologiques, physiques, sociaux, par la dynamique des savoirs et des cultures dans un contexte de mondialisation) sont en même temps scientifiques, technologiques, culturels, sociaux, politiques. Et c’est bien cela qui nous intéresse : à travers la reconnaissance de tels problèmes et du fait qu’ils dépassent de beaucoup le cadre du laboratoire, nous voulons relancer la dynamique d’implication de la science dans la société et ses débats. Ainsi, l’Idex doit assurer à la fois que la recherche se bonifie dans nos cénacles spécialisés, que s’établissent des connexions interdisciplinaires

inédites et que soient lancés des ponts vers les acteurs de la société et vers les forums de débat citoyen. Il s’agit pour nous de réinventer l’idéal universitaire d’universalité des savoirs, mais à destination de ce siècle qui s’ouvre, au seuil des mutations considérables de nos cadres de vie et de nos environnements que nous voyons se profiler. Dans ce cadre, nous estimons que l’UdL possède des atouts : sa richesse tant en sciences du vivant et de la santé, qu’en sciences expérimentales, qu’en sciences de l’ingénieur, qu’en sciences humaines et sociales en fait un site privilégié pour donner corps à cette nouvelle convergence des connaissances. Tous nos projets Idex (dont ceux de laboratoire d’excellence) sont marqués par cette volonté de convergence et d’implication.

2. La construction d’un écosystème de l’innovation au service du progrès global de la société.

Les États Généraux de l’Industrie, tenues en 2010, ont permis d’identifier cinq orientations stratégiques prioritaires dans la région Rhône-Alpes, au premier rang desquelles figurent l’innovation et l’entrepreneuriat, le développement du financement et de la taille critique des entreprises et la qualification des ressources humaines. Le rapport des États Généraux encourage vivement le développement d’un « réseau de passeurs de l’innovation pour l’accompagnement des PME vers l’innovation», le «renforcement des échanges entre laboratoires et entreprises» ou encore la « préparation de grands projets réunissant industriels, recherche et formation d’envergure au moins européenne sur des campus technologiques».

De même, dans son rapport du 14 décembre 2010, le CESER Rhône-Alpes préconise entre autre de faire émerger un « Conseil régional de l’innovation », de créer des « quartiers de l’innovation » ouverts, de promouvoir « l’expression de l’innovation ouverte », mais également de parier fortement sur les jeunes pour promouvoir la culture de l’innovation.

Par ailleurs, On peut souligner que la plupart des grands « hubs d’innovation & d’entrepreneuriat » dans le monde (Silicon Valley / USA, Bangalore / Inde, Singapour, Zhejiang / Chine, Tel Aviv / Israel, Lausanne / Suisse, Cambridge / Grande-Bretagne, …) sont structurés autour d’un dispositif d’excellence en recherche et enseignement supérieur, connecté au monde économique et aux institutions de financement et véritable poumon entrepreneurial de toute une région.

A partir de tous ces constats, et en nous appuyant sur notre capital d’expérience métropolitaine en la matière, nous avons souhaité mettre en œuvre une action particulièrement volontariste. C’est pourquoi l’Université de Lyon s’est fixé un objectif clair et ambitieux : contribuer à faire du territoire Lyon / Saint-Étienne un « écosystème d’innovation » et un « hub entrepreneurial » de rang mondial. Cette visée dépasse le cadre de l’Idex et même du projet SATT. Il s’agit d’une politique très globale, qui s’appuie aussi sur des actions au jour le jour de tous les établissements membres et met en exergue le partenariat le plus élargi possible avec les acteurs économiques et sociaux. Mais nous souhaitons nous saisir des investissements d’avenir pour accélérer les choses et précipiter des évolutions.

3. Créativité, expérimentation, transmission, médiation interculturelle : l’université acteur éthique d’une société ouverte.

Nous pensons que les investissements d’avenir ne doivent pas être tributaire d’une conception purement utilitariste des projets proposés. S’il est bien évident que nous voulons et devons concourir au développement économique de la métropole, de la région et du pays tout entier, nous estimons aussi que la responsabilité sociale et culturelle des établissements de l’UdL est forte et que nos programmes doivent aborder frontalement cette question de la responsabilité et de notre rôle possible dans l’évolution des sociétés, au-delà de l’économie. C’est pourquoi nous faisons la part belle dans cette Idex à 3 aspects complémentaires. En lien avec l’insistance mise sur l’innovation, c’est l’ensemble des activités créatrices et d’expérimentation que nous entendons promouvoir. On verra que cela s’applique même aux propositions d’évolution de notre système universitaire que nous allons faire. La création et l’expérimentation sous toutes leurs formes sont des valeurs, que nous devons soutenir encore plus en ces périodes de doute, voire de retour de certains dogmatismes obscurantistes. Mais il nous faut aussi rappeler que toute société de la connaissance doit faire la part belle à la transmission des savoirs, des idées, des connaissances, ce qui, on le verra, justifie que nous voulons consacrer plusieurs actions à ce thème. La focalisation sur la transmission, indispensable vecteur du « vivre ensemble », nous conduit aussi à insister sur l’importance prise par l’interculturalité, mot qu’il faut entendre ici dans son acception large, dans le monde contemporain. De moins en moins de situation et d’organisations sociales sont désormais en dehors de l’interculturalité. Celle-ci existe aussi dans l’université (car la trans et l’interdisciplinarité que nous voulons promouvoir nous confrontent aux difficultés d’échanges interculturels d’un genre particulier). Ainsi, l’interculturalité est à la fois une dynamique et un problème. Nous y consacrerons d’ailleurs un programme expérimental. (…)

4. La coopération exemplaire entre les universités et les écoles doit être conçue comme une «marque de fabrique » du projet Idex déposé par l’UdL.

Notre site de Lyon/Saint-Étienne est marqué, on l’a dit, par l’association de quatre universités riches de la qualité de leur formation et de leur recherche, et d’un nombre important d’Écoles. On ne retrouve pas une telle variété ailleurs. De ce fait même, notre démarche collective dresse la coopération entre ces deux types d’établissements non seulement en contexte de l’action commune mais en caractère majeur de celle-ci. Un de nos paris est donc que, via l’Idex, on accentue encore ce caractère et que l’on montre ainsi qu’il s’agit d’une voie majeure de développement du système français d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation et un moyen pour lui d’affronter au mieux la concurrence mondiale. C’est une façon de dire que nos objectifs d’organisation de notre système coopératif, très présents dans l’Idex, ne sont pas accessoires mais substantiels, car nous estimons que cette coopération produit déjà et produira plus encore bientôt une valeur ajoutée forte pour l’ensemble du système et du territoire. Nous livrerons des indicateurs sur cet objectif comme pour tous les autres.

5. Le territoire comme signature : L’Idex au service d’une vision partagée de l’avenir métropolitain et régional.

Un des caractères majeur de nos projets est qu’ils sont appuyés sur une véritable vision du territoire métropolitain et régional et du rôle que nous pouvons et devons y jouer. Nous avons conscience de ce que l’on pourrait appeler notre responsabilité territoriale : il s’agit pour nous d’être à la fois des acteurs des dynamiques territoriales, des instruments de celle-ci et, in fine des emblèmes de nos territoires de référence.

De ce point de vue, notre projet exprime sans conteste notre arrimage à l’évolution métropolitaine de la grande agglomération de Lyon/Saint-Étienne. Ce n’est donc pas un hasard si les pouvoirs locaux de ce périmètre nous associent désormais à toutes leurs réflexions stratégiques et mettent en valeur notre contribution à leur politique d’affirmation du statut d’Eurométropole de cet ensemble qui regroupe plus de 2 millions d’habitants et qui se construit désormais autour de grandes stratégies communes – dont le développement universitaire et technologique. C’est aussi dans ce cadre qu’il faut saisir le soutien des collectivités locales à nos projets Lyon Cité Campus, hier, et Investissements d’avenir aujourd’hui. Faire vivre l’Eurométropole n’est pas envisageable sans la contribution de l’université et, symétriquement, faire exister l’UdL comme un des 10 sites européens majeurs de l’enseignement supérieur et de la recherche n’est pas concevable sans cette signature territoriale et cet appui des autorités d’agglomération.

Notre projet est aussi inscrit dans le cadre d’une vision régionale, tant il est vrai que la Région représente un partenaire indispensable à ses stratégies. A l’échelle nationale, la région Rhône-Alpes se place en second, juste après l’Ile de France, en matière de dynamique universitaire, scientifique, économique (et démographique). C’est aussi une grande région européenne d’innovation, reconnue comme telle, qui compte deux sites universitaires français majeurs : Lyon/Saint-Étienne, Grenoble- Savoie. Cette bipolarité est une chance et pour la région et pour chacun des deux pôles universitaires. Elle justifie à la fois que les sites métropolitains aient chacun déposé des dossiers d’Idex et investissements d’avenir (car le potentiel universitaire est considérable dans les deux cas) et que nous ayons le souci de ne pas transformer ce bi-pôle, qui stimule l’émulation, en support de rivalités. Notre projet a été construit en pleine intelligence avec nos collègues grenoblois, en visant la complémentarité et en recherchant une dynamique globale dont bénéficiera la Région.

Texte écrit par Michel Lussault, président du Pres université de Lyon, décembre 2010.

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Article du on mercredi, janvier 12th, 2011 at 16:02 dans la rubrique Débats. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “L’excellence, à quelles conditions?”

  1. Dubois dit:

    Je suis un des « contempteurs » des investissements d’avenir. Je suis pourtant favorable à la fusion des universités pour aboutir très rapidement à une quinzaine en France, universités de 20 à 25.000 étudiants. La France est désormais un pays « moyen » en matière de recherche) et n’a évidemment pas besoin de près de 90 universités. Fusion des universités mais sous la condition de sortir le cycle Licence de l’université et de créer des Instituts d’enseignement supérieur (600 environ). Je sais que vous n’êtes pas d’accord avec cette perspective ; la presque totalité des présidents non plus (« Beretz et Vogel, le cycle L » http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/12/09/beretz-et-vogel-2-le-cycle-l/.

    Je note qu’aucun président d’université n’a pris position contre la logique des IA. Dommage ; tous les présidents sont au pas !

    Arguments contre les investissements d’avenir (IA)

    – les universités autonomes de par la LRU n’auraient pas dû se faire imposer un rythme déstabilisateur de transformations trop rapides. Les investissements d’avenir sont de fait la fin des universités autonomes
    – cela va beaucoup trop vite : « trop de projets tuent les projets » ; « il vaut mieux réaliser les projets en cours que d’en inventer sans cesse de nouveaux » ; « c’est mieux de rechercher que de faire des projets de recherche »
    – l’argent des IA n’est que virtuel. Quelle sera la situation économique de la France en 2014 ? Vous ne le savez pas plus que moi.
    – 5 à 10 initiatives d’excellence. C’est stupide car trop peu. 17 IDEX : il y a déjà des régions qui sont hors-jeu (il faut faire fusionner des régions trop petites pour qu’elle aient leur université). En démocratie française, l’humiliation des régions n’est pas admissible : la structuration de l’enseignement supérieur doit faire l’objet d’une loi votée par la représentation nationale, après concertation avec les régions.
    – la gouvernance à venir de l’enseignemement supérieur et de la recherche est d’ores et déjà un échec de taille. IDEX. Pire qu’une usine à gaz » http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/12/08/idex-pire-quune-usine-a-gaz/

    Le projet IDEX de Lyon Saint-Etienne. Pourquoi vous êtes vous démené à écrire un projet alors que Lyon Saint-Etienne – et c’est bien normal – sera d’évidence dans les lauréats ! Gaspillage de temps.

    Le projet que vous avez écrit (pourquoi ne pas le mettre in extenso sur le site Université de Lyon) se situe certes dans les clous de l’appel à projets et de sa logorrhée. Vous ne pouviez faire autrement mais je n’y vois rien de vraiment nouveau.

    Plus gravement, le PRES Université de Lyon a maintenant plus de 3 ans d’existence. Vous dites, avec raison : « nous estimons que cette coopération produit déjà et produira plus encore bientôt une valeur ajoutée forte pour l’ensemble du système et du territoire ». Prouvez donc que le PRES a produit de la valeur ajoutée en terme de recherche (autrement que par un processus purement mécanique d’addition du nombre des doctorants, des docteurs, des publications, des citations…).

    Le PRES de Lyon n’est d’ailleurs le seul à mettre en scène des objectifs, des activités, des ressources, mais aucun PRES ne prouve des résultats par rapport aux objectifs écrits « noir sur blanc ». Rien sur la performance des PRES (efficience et efficacité) : chronique « Performance des PRES » http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/09/23/performance-des-pres/

    Avant tout IDEX et avant la fusion de l’université de Lyon, il vous faut prouver que le PRES a été, est performant ; il vous faut le prouver autrement que par une liste d’activités.

    Oui, bien sûr, à une université unique à Lyon – Saint Etienne, intégrant les écoles qui le veulent ! Oui, mais à une seule université, avec une gouvernance claire, simple et mobilisatrice. Et surtout non à l’IDEX. Je suppose que vous aurez la tentation de copier le montage hilarant et surréaliste imaginé par aix-Marseille : un président pour l’université unique, un président pour le PRES, et un président pour l’IDEX. C’est le comble du grotesque. Les coûts de coordination vont exploser.

  2. michel-lussault dit:

    Comme toujours, les arguments de Pierre Dubois sont incisifs. Et j’en partage quelques-uns — notamment ceux qui concernent le rythme effréné imposé, l’absence de pensée territoriale préalable etc. Une des raisons pour laquelle les présidents d’université et de Pres ont adhéré à la démarche des investissements d’avenir est, ce me semble, leur intuition que cela pouvait catalyser des évolutions souhaitables. En clair les idex doivent permettre de rendre irréversible les regroupements et les fédération. Je reviendrai sur ce sujet et au passage j’essaierai d’affronter la redoutable question de la performance des PRES (qui au demeurant est une question qui peut être adressée à la plupart des établissements publics, sans même parler de ce qu’on pourrait dire des banques!!!).
    Et il faudra aussi que j’expose mon point de vue sur la proposition de Pierre Dubois sur les instituts d’enseignement supérieur.

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