Brève : Le temps du premier cycle est (enfin!) venu

Publie par michel-lussault le octobre 20th, 2010 dans la categorie Débats  •  16 Commentaires

Je suis frappé de la multiplication, ces derniers temps, des interventions au sujet du post-bac, à la faveur notamment de la publication de rapports, d’enquêtes, d’analyses. Enfin, on semble comprendre que cette question est cruciale et qu’il faut l’aborder en se centrant sur le problème-clef des licences universitaires. Je pense véritablement que l’avenir de notre système d’enseignement supérieur et de recherche se jouera autour du premier cycle. Je sais que d’habitude on estime que les véritables enjeux sont ailleurs : c’est un tort. Si nous voulons que la société française demeure, dans une génération, créative (dans tous les domaines de la vie sociale, politique et économique), alors la qualification du niveau licence devient cruciale, puisque c’est par la refonte réussie de la licence universitaire qu’on obtiendra une élévation globale significative de la formation initiale des français (NB la problématique de la formation tout au long de la vie étant en soi également très importante en la matière).

On le sait, le premier cycle général universitaire reste le parent pauvre de notre système, alors même qu’on lui demande d’assurer une grande part de l’effort de démocratisation de l’enseignement supérieur. L’entêtement historique de notre pays à ne pas réellement considérer la chose et à voir dans le « modèle » des classes préparatoires en lycée l’alpha et l’oméga de la qualité de la formation nous a « provincialisé » à l’échelle mondiale. Et ce alors même que les analyses convergent toutes : notre structure post-bac produit certes une élite, mais elle est étriquée, ce qui n’est pas à la hauteur d’un pays comme le nôtre, de ses besoins d’avenir et des aspirations de ses jeunes. Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner que ceux-ci puissent parler de génération sacrifiée. Quand allons-nous entendre leurs analyses, quand allons-nous sortir de la recette qui consiste à croire qu’en augmentant le nombre de boursier dans les CPGE tout ira pour le mieux? Allons-nous enfin ne plus nous voiler la face et accepter d’aborder de front ce problème? Je crois que nous sommes plus proches que jamais d’y parvenir, car désormais la prise de conscience est réelle, même au niveau de l’Etat.

Parce que ce sujet est vital, j’y consacrerai désormais des billets réguliers (que je regrouperai dans une rubrique spécifique). Je m’appuierai sur les réflexions de ceux que ce problème passionne et je sais qu’ils sont nombreux (cf. parmi d’autres exemples possibles, le blog de Pierre Dubois sur Educpros). J’essaierai de présenter le débat de la manière la plus précise qui soit. Je ne pourrai m’empêcher toutefois, je le sais, de montrer très franchement où vont mes préférences, tant le sujet me passionne.

Penser/Classer (?) 3

Publie par michel-lussault le octobre 20th, 2010 dans la categorie Débats  •  3 Commentaires

Continuons cette petite réflexion sur les classements. Je souhaite préciser à nouveau que les discours de réaction aux classements que j’évoque sont présentés ici de manière schématique, tel des idéal-types. Dans les faits, bon nombre d’acteurs hybrident, dans leurs discours et par leurs choix, ces différentes visions. Car, au-delà des valeurs déclarées et des principes proclamés, les pratiques des individus et des groupes sont, en cette matière comme dans toutes les autres, protéiformes et équivoques.
Mon but ici est donc seulement d’indiquer des grandes orientations discursives, partant du principe, comme je l’expliquai dans mon billet précédent, qu’il est plus intéressant d’examiner la relation entre les classements et leur réception que de se cantonner à la seule analyse des classements — ou à celle des discours qui les accompagnent.

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Classer/Penser (?) 2

Publie par michel-lussault le octobre 13th, 2010 dans la categorie Débats  •  5 Commentaires

En matière de considération des classement et de palmarès, il y a trois attitudes extrêmes inconciliables qui me paraissent relativement improductives : l’allégorie qui consiste à faire de ceux-ci les juges de paix incontestables de l’organisation et du fonctionnement du système d’enseignement supérieur et de recherche ; l’utilitarisme qui les réduit (avec l’aide très active des médias) en simples instruments de choix des bonnes filières et de définition des bonnes recherches ; la dénonciation qui s’épuise dans des discours de réfutation sans fins (et souvent assez idéologiques).

Je schématise à dessein, bien sûr. Je pense que se cantonner à de telles postures ne mène pas à grand chose car on oublie alors l’essentiel : quoi qu’on en pense et en dise, les classements, par nature orientés et imparfaits, constituent néanmoins des outils de connaissance et de compréhension. Ils révèlent toujours quelque chose. Plus intéressant encore, leur réception est également très instructive. En fait, c’est dans la tension entre les classements, ce que l’on sait de leurs méthodologies et les commentaires et extrapolation qu’on réalise sur leurs résultats, que s’ouvre un champ de vision très intéressant et riche d’information et d’enseignement sur l’université et la recherche. Lire la suite »

Classer/Penser (?) 1

Publie par michel-lussault le octobre 7th, 2010 dans la categorie Débats  •  3 Commentaires

Il parait difficile d’échapper aujourd’hui aux classements et palmarès. Tous les domaines sont désormais concernés, y compris ceux des activités qu’on tend à considérer (en France tout du moins) comme renvoyant aux services publics fondamentaux : la santé, l’éducation, la culture. Il n’est pas de semaine sans qu’un magazine, un quotidien, un site, un blog ne se fasse l’écho d’un classement, qu’il émane d’institutions publiques ou privées, qu’il soit élaboré par un tiers (ONG, association), ou produit par le média lui même — comme ces classements de ville dont certains hebdomadaires raffolent.

Les sociétés contemporaines sont donc marquées par la progression constante du souci d’évaluer, en particulier, es politiques publiques, les institutions et leurs « prestations ». Bon nombre de stratégies de modernisation des États et de leurs administrations entendent même se fonder sur ce type d’expertise. Conséquemment, le rôle et le pouvoir des instances, de quelque nature qu’elles soient, chargées de ces évaluations  et de ces classements ne cessent de croître. Situation paradoxale que celle de ces études évaluatives présentées comme non contraignantes, mais dont la publication met parfois en émoi les acteurs du champ concerné. De ce point de vue, l’exemple du classement dit de Shanghai des universités mondiales est particulièrement significatif – comme l’est celui des enquêtes Pisa : on voit bien que lorsqu’un classement est utilisé au sein du débat public par les acteurs sociaux et politiques, il devient un palmarès. Dès lors il tend à devenir un instrument dont on se sert pour discuter de la qualité, de l’efficacité, de la performance d’un système ou/et d’un établissement.

C’est que la production d’indicateurs et la réalisation de classements et de palmarès, semblent posséder un fort pouvoir de mise en visibilité des (dys)fonctionnements institutionnels. Le classement, réalisé par un tiers, appuyé sur des méthodes explicites et transposables, devient ainsi un canal courant et efficace de l’alimentation de la scène politique en problèmes sociaux sujets de débats. Lire la suite »

Nous sommes perfectibles !

Publie par michel-lussault le octobre 6th, 2010 dans la categorie Débats  •  3 Commentaires

L’origine de ce blog, que je débute ce jour, part d’un constat simple : le système français d’enseignement supérieur et de recherche a certes beaucoup évolué depuis quelques années, mais il reste très perfectible ! S’il est vrai que la loi sur la recherche de 2006 et la LRU de 2007 ont profondement changé les choses, au plan de l’organisation, il reste beaucoup à faire afin que notre université devienne ce qu’elle peut être : une référence.

A cette fin, nous devons pouvoir collectivement et de manière sereine aborder des sujets très délicats — j’en donnerai quelques exemples, parmi bien d’autres.

– Comment envisager l’évolution des établissements d’un même territoire, à partir du moment où l’on renonce à faire de la concurrence entre voisins le modèle absolu de relations au sein d’un site géographique ? De ce point de vue, l’expérience des Pôles de recherche et d’enseignement supérieur, pour récente et imparfaite qu’elle soit, doit être analysée — d’autant plus qu’elle permet de mettre bien en valeur le rôle majeur des collectivités territoriales. Il me semble que l’action de coopération et de mutualisation que les PRES ont lancée devra être amplifiée si l’on souhaite surpasser l’atomisation actuelle du dispositif français d’enseignement supérieur et de recherche et ainsi faire de la diversité de nos établissements un atout et non une entrave.

– Comment repenser le gouvernement universitaire dans une perspective qui évite tant la dérive bureaucratique, que le repli sur le conservatisme académique ou la vente à la découpe des activités universitaires « nobles et rentables » aux intérêts privés ? Bref est-il possible de mettre au point un pilotage des universités tout à la fois efficace, ouvert aux partenariats, attentifs aux aspirations des personnels, des étudiants et des citoyens?

– Comment envisager une articulation dynamique entre actions volontaristes de promotion de l’excellence (promotion qui est indispensable à la vigueur des activités de formation et de recherche), qui s’appuient sur une démarche de projet strictement évalué, et accompagnement au jour le jour des fonctionnements « ordinaires » dont la qualité n’est pas moins indispensable que l’excellence à forger une réputation universitaire ? Il est facile de comprendre que ce qui fait d’une université comme Harvard une référence, c’est à la fois son excellence la plus spectaculaire et la haute qualité de sa « routine ». En France, tout à notre souci d’opposer artificiellement les deux registres, nous traitons en général mal et l’une et l’autre.

– Comment résoudre la question du premier cycle post-bac et enfin prendre à bras le corps le problème de la trop faible ouverture sociale de notre enseignement supérieur ? A n’en pas douter le modèle classique fondé sur la partition filères sélectives (dont le modèle est la CPGE) et filière non sélective est obsolette. J’aborderai souvent ce point dans ce blog, car il me semble majeur. Mes positions en la matière sont connues : je pense que l’anomalie française des CPGE doit être corrigée. Tous les grands pays du monde savent former les élites sans les soustraire à l’université, serions-nous incapables d’en faire autant? Au passage pourrions-nous en profiter pour améliorer sensiblement la formation offerte au plus grand nombre ?

– Comment engager la révolution des pratiques de formation et d’évaluation qui est indispensable si l’on ne veut pas ringardiser la formation supérieure aux yeux des étudiants ? C’est aussi par cela qu’on pourrait espérer à mon sens de rompre avec l’utilitarisme forcenné actuel qui vise à ne qualifier une formation qu’au regard de sa supposée efficacité à trouver un emploi. Or l’université doit plus que jamais rappeler la part « inutile » de la formation et de l’apprentissage, mais sans discours nostalgique ou rétrograde sur les humanités ou les savoirs fondamentaux. A rebours, il s’agit d’innover au service de la promotion de la connaissance, considérée aussi comme un bien public — ce qui n’empèche pas qu’on la place au service, lorsque la chose est nécessaire, des besoins de la société et de ses acteurs.

Ces questions, il y en a bien d’autres que je n’hésiterai pas à aborder, nécessitent des analyses précises et une réelle capacité à s’inspirer des pratiques françaises mais aussi des expériences étrangères. Et ceci non pour dire que nous devrions nous conforter bêtement à un supposé modèle standard (qui n’existe pas, hors le fait non négligeable que partout l’enseignement supérieur et la recherche sont polarisés par l’université, ce qu’il faudra bien arriver à mettre en œuvre en France), mais simplement pour tirer tout les enseignements de pratiques significatives. Je me propose donc dans ce blog de tenter de contribuer à nourrir l’indispensable réflexion sur l’université et son avenir. Je le ferai à partir de mon expérience d’universitaire et de responsable d’établissement(s ) et en fonction d’un objectif qui n’a jamais cessé d’être le mien : promouvoir l’université, car elle est la meilleure réponse aux défis de notre temps.