Apprentissage et alternance : il y a urgence

Laurent Wauquiez annonçait le 21 Avril, dans un message vidéo envoyé aux contributeurs des Ateliers de l’Apprentissage et de l’alternance, que dans les 10 jours il formulerait ses propositions pour le développement de l’Apprentissage et de l’Alternance.

 

 Nous sommes le 17 Mai, et aucune nouvelle. Pourtant les chiffres des trois premiers mois de l’année traduisent une baisse significative des contrats signés : moins 5% pour le premier trimestre, et surtout moins 22% pour le mois de Mars (voir Du mauvais usage de chiffres du chômage : alerte sur l’apprentissage)  et imposent une réaction vigoureuse.

 

On ne peut être que surpris du décalage entre les annonces de soutien à l’alternance et l’absence de décisions pour permettre son développement.

 

 Le nouveau Ministre à  la Jeunesse et des solidarités Actives, Marc-Philippe Daubresse, oppose les mauvais emplois-jeunes chers à Martine Aubry, qualifiés de « supercherie » (voir Emplois jeunes, le “débat” revient.) à la bonne alternance et se félicite du « renforcement des mesures en faveur de l’alternance et de l’apprentissage, la deuxième chance ». Mais où sont-elles ?

 

Le qualificatif employé, « deuxième chance » est totalement en déphasage avec la volonté de Laurent Wauquiez de faire de l’apprentissage une « voie royale » et non la filière de rattrapage que laisse entendre la notion de deuxième chance. Il est possible de penser que le nouveau Ministre, tout à son zèle de militant anti-socialiste et à sa volonté de se démarquer à tous crins de son prédécesseur, n’ait pas encore complètement assimilé le poids des mots d’un Ministre dans le marquage péjoratif d’une filière, qui pour se développer a absolument besoin de s’en démarquer.

 

Mai, au-delà de ses questions de vocabulaire, l’urgence est de rendre des mesures pour enrayer l’évolution négative en cours. Nous en proposons trois

 

La première est de cesser de communiquer sur la progression, quand il ne s’agit que de moindre recul par rapport à ce qui était craint : il y a eu 41 264 contrats en alternance de moins en 2009 qu’en 2008 (voir 41 264 contrats en alternance de moins en 2009). Si la fin de l’année 2009 a été moins mauvaise que ce que la tendance du début de l’année laissait craindre, parler de progression n’est qu’un mensonge qui empêche de prendre les décisions indispensables.

 

La déclaration du Président de la République lors du dernier « Sommet social » illustre cette tendance « Je rappelle qu’au début de l’année 2009, les contrats en alternance s’effondraient : -20% sur les contrats d’apprentissage et -40% sur les contrats de professionnalisation. Grâce aux mesures de soutien que nous avons prises, la tendance a été totalement inversée : les taux d’entrée dépassent désormais les niveaux atteints les années précédentes ».

Les chiffres du premier trimestre 2010 traduisant une nouvelle baisse par rapport aux chiffres reconnus comme faibles de 2009, le changement de ton et l’acceptation de la réalité des chiffres inscrits dans les tableaux publiés par la DARES, est une nécessité absolue, même si cela doit contrarier les messages que certains veulent passer sur le fait que nous sommes sortis de la crise, comme le fait le Conseil d’Orientation pour l’Emploi en annonçant son colloque « L’emploi par delà la crise » au moment même où les chiffres publiés par l’INSEE, moins favorables que ce qui était attendu, montrent qu’il n’en est rien, loin s’en faut. (voir La crise de l’emploi est terminée, un colloque va l’affirmer)

 La deuxième est de prendre les dispositions pour que l’annonce de prolongation des aides soit effective au-delà du 30 Juin. Les mesures mises en place en 2009 pour soutenir l’apprentissage (alignement du régime d’exonération des charges pour les employeurs ayant plus de 11 salariés sur celui des moins de 11 salariés, et prime de 1800 Euros par apprenti supplémentaire) doivent pour être prolongées faire l’objet d’un décret. Au moment où se prépare la vague de recrutements de la rentrée de Septembre 2010, cette publication est indispensable, et le retard à la concrétiser entrave les efforts des jeunes qui recherchent un contrat et de tous ceux qui les accompagnent dans cette démarche. Dans l’absolu, il serait souhaitable d’augmenter les aides pour les contrats de professionnalisation, afin de réduire le décalage de coût pour l’employeur avec l’apprentissage : mais ne rêvons pas, le contexte rend cette hypothèse peu probable.

 

La troisième tient dans la concrétisation d’au moins une partie du rapport de Laurent Hénart sur l’apprentissage dans le secteur public. Celui-ci é été remis le 13 Octobre 2009 au Premier Ministre qui déclarait alors « les propositions constituent une base de réflexion utile et innovante, et le Gouvernement les examinera en conséquence avec la plus grande attention ». Il serait temps d’achever enfin l’examen, qui doit être très attentif pour durer si longtemps, et de passer à la phase de mise en œuvre : une décision d’accueillir dans les services de l’Etat quelques milliers d’apprentis  aurait un impact symbolique important pour un coût très raisonnable. Ce n’est hélas pas l’hypothèse la plus probable.

 

Il n’est plus possible de rester sur un discours volontariste ambitieux, sur des objectifs à moyen et long terme ambitieux (800 000 jeunes en alternance en 2015, et un objectif fixé à  un million de jeunes) si des mesures concrètes ne sont pas prises vite, très vite.

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2 Responses to “Apprentissage et alternance : il y a urgence”

  1. @fstegre Says:

    Bonjour,

    Pour information vous pouvez trouvez la synthèse des propositions des ateliers de l’apprentissages:

    http://www.ateliers-apprentissage.emploi.gouv.fr/actualites/article/ateliers-de-l-apprentissage-et-de-30

    Cordialement,
    @fstegre sur twitter ;-)

  2. mabherve Says:

    Merci, mais le lien était dans l’article précédent
    « Les propositions des Ateliers de l’Apprentissage et de l’Alternance déçoivent »

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