Alternance : chiffres outil d’analyse et de pilotage, ou instrument de communication ?

Les chiffres de l’alternance sont des données publiques, qu’il est légitime d’analyser, car ils peuvent donner lieu à des interprétations différentes. Encore faut-il qu’ils soient accessibles à tous ceux qui s’y intéressent.

Ce n’est pas le cas ces derniers temps : la publication des chiffres du mois de juillet sur le site de la DARES, qui se produit habituellement dans les derniers jours du mois suivant a, pour les chiffres du mois de juillet été reportée au 6 septembre. Pour leur part, les chiffres du mois d’août, inaccessibles au public le 21 septembre (ce qui n’a absolument rien d’anormal) ont été commentés par le secrétaire d’Etat à l’Emploi dès le 17 septembre.

Difficile de réagir à un commentaire quand les données qui le fondent ne sont pas publiques. Cette façon de faire ne peut que conduire à une suspicion, alors que les chiffres de juillet sont très bons, traduisent une forte progression et ceux annoncés par le secrétaire d’Etat pour août ne reflètent qu’une légére progression : et si le retard de publication des chiffres de juillet n’avait pas été organisé pour permettre de les améliorer, par un léger décalage de la date de prise en compte, pour permettre d’afficher un chiffre suffisamment valorisant pour que les médias le reprennent, ce qu’ils ont, bien sur, fait sans coup férir ?

Pour ne prendre que deux chiffres, les contrats de professionnalisation qui avaient, par rapport à l’an dernier, augmenté de 40 % en juillet, ne monteraient que de 4,6 % en août. Cela permet, pour le moins, de s’interroger sur la pérénité de la tendance, en attendant les chiffres officiels.

Malgre cette évolution positive de l’été, nous en sommes exactement au même niveau qu’en 2009, et très loin des réalisations de 2008, nous situant plus dans une logique de stabilisation des effectifs que dans une logique de retour à une tendance affirmée au développement.

Quant à la dernière annonce de cet article, elle ne peut augurer rien de bon pour le développement de l’apprentissage. Déclarer, comme le fait Laurent Wauquiez « Pour un euro (de l’Etat), il faut un euro des collectivités locales », c’est choisir d’ouvrir, avant même de parler des dispositions à mettre en place, un champ de polémique, à l’heure où le gouvernement met avec constance en cause le caractère dépensier des mêmes collectivités locales. Alors que l’Etat a organisé à son profit la collecte de la nouvelle contribution des entreprises qu’est la Contribution à la Modernisation de l’Apprentissage, il met en demeure les collectivités, et ici singulièrement les Régions d’augmenter leurs dépenses sans leur permetter d’avoir accès aux recettes leur permettant de le faire.

Nous saurons dans les prochaines semaines si les tendances annoncées comme des triomphes se confirment, et surtout si la politique annoncée s’inscrit dans la durée ou n’a vocation qu’à demeurer dans celui du discours et de la polémique.

Voir l’article des Echos : http://www.lesechos.fr/management/former/020794568236.htm?xtor=RSS-2070

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