Une ministre en charge de l’apprentissage et de la formation professionnelle

Le remaniement ministériel est porteur de changements d’hommes et de femmes, mais aussi de structures ministérielles (voir Remaniement : premiers constats sur les limites).

Parmi ces changements, il faut noter une création originale, jamais vue dans le pourtant riche panorama des configurations gouvernementales : une ministre en charge de l’apprentissage et de la formation professionnelle (auprès du ministre du Travail, Xavier Bertrand).

Nous allons dans ce billet nous intéresser au volet apprentissage de cette nouvelle fonction ministérielle. Rassurons d’abord la titulaire de ce poste, Nadine Morano : dans ce domaine, il sera difficile de faire plus mal que celui qui l’a précédé Laurent Wauquiez.

Celui-ci a en effet été le Ministre du discours sur l’apprentissage, promoteur émérite de celui-ci, sans prendre les mesures nécessaires au développement de celui-ci. Ayant dans ce blog formulé un certain nombre de propositions au moment des Ateliers de l’alternance et de l’apprentissage, bel exemple de gesticulation inefficace, je me permets de formuler quelques recommandations à notre nouvelle ministre, si elle souhaite faire avancer ce dossier. La ligne générale sera simple faire à peu près le total contraire de son prédécesseur.

Premier point : accepter les chiffres, ne pas en faire des drapeaux brandis, mais un outil d’analyse. Les accepter dans leur complexité car le développement de l’apprentissage pour terminer ses études supérieures avec l’obtention d’un Master 2 est loin d’avoir la même signification que de donner une première qualification à des jeunes en difficulté avec le collège. Les données sont disponibles, mais encore faut-il ne pas prendre seulement celles qui à un moment donné confortent une thèse.

Deuxième point : privilégier le partenariat à la polémique. Dans notre pays l’organisation de l’apprentissage est complexe et suppose que l’Etat, dans sa diversité, dont l’Education Nationale est une forte composante, les Conseils Régionaux, les acteurs professionnels collaborent. Vouloir tirer la couverture à soi, et/ou accuser les autres d’inertie voire de sabotage a un effet immédiat, bloquer le système. Il suffit de reprendre les déclarations va-t-en guerre de votre prédécesseur contre les Régions (de gauche, cela va de soi) ou l’Education nationale pour voir ce qu’il faut éviter

Troisième point : organiser une réelle concertation entre tous les acteurs concernés, pas une consultation prétexte dont les propositions ne sont pas ensuite mises en oeuvre, mais une concertation/confrontation permettant de rechercher des consensus et, s’il y en a, de les mettre en application avec détermination, et, s’il y en a pas, de trancher comme c’est la responsabilité du politique

Quatrième point : ne pas faire faire de rapports si leurs propositions ne sont pas suivies d’applications. Laurent Hénart avait produit un rapport sur le développement de l’apprentissage dans le secteur public, qui contenaient un certain nombre de propositions, relativement simples à mettre en oeuvre. Aucune n’a reçu le plus petit début de concrétisation

Cinquième point : ne communiquer qu’après les transformations, pas avant, sauf pour indiquer les intentions, et encore moins à la place, comme votre prédécesseur s’en était fait une spécialité si remarquée qu’il a été considéré par les professionnels du secteur comme un des cancres de la communication politique (voir Laurent Wauquiez et Fadela Amara cancres de la communication politique)

Madame, vous êtes connue pour avoir du caractère, des convictions, de la détermination, mais vous arrivez à la responsabilité d’un secteur où ces qualités peuvent devenir vite des défauts si elles ne se combinent pas avec le sens du dialogue, la capacité à comprendre la complexité et à déterminer une stratégie, au service d’objectifs affichés et qui peuvent très largement partagés

Résistez à la tentation des effets d’annonce, investissez-vous sur le fond de ce dossier passionnant et vous aurez certainement une réussite qui vous permettra de densifier votre image.

Bon courage

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3 Responses to “Une ministre en charge de l’apprentissage et de la formation professionnelle”

  1. Dubois Says:

    Excellente chronique. Chapeau de mettre au pied du mur une nouvelle ministre dans une configuration ministérielle inédite. Les atouts de l’alternance pour les jeunes sont forts, mais encore faut-il, effectivement, que des contrats leur soient proposés.

    Pensant que Wauquiez remplacerait peut-être Valérie Pécresse, j’avais consulté le site de l’alternance (l’ex site Meetic) : 44.000 offres de contrats en alternance et beaucoup de bidon !

  2. Antoine Leclercq Says:

    Une page se tourne. Espérons que le nouveau châpitre de l’alternance sera meilleur que celui de M.Wauquiez. Il restera toujours ce mauvais message envoyé aux candidats à l’apprentissage par la réforme des retraites. 46 ans de cotisations pour un apprenti qui démarre à 16 ans. On a fait mieux comme produit d’appel.
    http://on-ne-sait-jamais.over-blog.com

  3. Alain Augé Says:

    Conseils pour conseils: ne parlez plus de l’apprentissage sans parler de l’alternance en général.Il faut faire disparaître les chasses gardées, lobbies actuels des branches et des conseils régionaux, au profit d’un seul contrat d’alternance.OK pour une négociation globale avec tous les acteurs. A condition que tous soient de vrais professionnels.

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