Doubler le nombre de jeunes en alternance : le choix de la méthode

Le Président de la République a donné le cap dans son émission télévisée. Pour résoudre la question de l’emploi des jeunes, une solution, l’alternance, et un objectif, doubler le nombre de jeunes en alternance, et donc passer de 600 000 jeunes à 1 200 000

En zélé disciple, le nouveau Ministre du Travail et de l’Emploi, Xavier Bertrand, a dès le lendemain à l’Assemblée Nationale affirmé

« L’autre aspect, c’est l’alternance, sujet sur lequel je travaille avec Nadine Morano. Nous le savons, un jeune qui apprend le métier à l’école et dans l’entreprise en même temps a beaucoup plus de chances de trouver un emploi, notamment là où il a fait son apprentissage. Car à la fin de l’apprentissage, 70 % des jeunes ont un emploi. « 

La feuille de route de Nadine Morano est tracée. S’il faut regretter que le développement des formations en alternance soit présenté comme la solution, et non comme une des solutions dans un ensemble le plus large et le plus cohérent possible, il faut surtout mettre en évidence les conditions à réunir pour atteindre un objectif que l’Etat peut fixer seul mais qu’il est incapable de mettre en oeuvre seul

En effet,  le développement de l’alternance suppose en premier lieu des employeurs qui créent des postes en phase avec les objectifs du diplôme ou de la certification préparée, signent des contrats, encadrent les jeunes. C’est aujourd’hui le premier point de blocage, et les témoignages de jeunes qui galèrent pour trouver un employeur sont légion, comme le site ouvert pour les Ateliers de l’Apprentissage et de l’Alternance en témoignait.

L’apprentissage est une compétence des Conseil Régionaux. Ce sont eux, et eux seuls, en dehors de quelques CFA nationaux, qui conventionnent les Centres de Formation d’Apprentis, et donc créent les places qu’ils contribuent à financer. Il faudra donc travailler avec eux, ce qui supposera que la Ministre résiste à la tentation à laquelle Laurent Wauquiez avait succombé d’accuser les Régions (toutes sauf l’Alsace !) de freiner le développement de l’apprentissage, y compris lorsques elles ont une très  forte croissante des effectifs d’apprentis. Espérons que l’arrivée au Gouvernement de Philippe Richert, Président de la Région Alsace juste après qu’il ait organisé le départ de l’ARF des trois régions de droite ne préfigure pas la relation que l’Etat veut entretenr avec les Conseils Régionaux. L’Alsace , la Guyane et la Réunion ne permettront pas, à elles trois, d’atteindre les objectifs ambitieux définis par le Président de la République.

La professionnalisation est de la responsabilité des partenaires sociaux, et l’Etat s’il veut qu’ils accroissent leur contribution ne pourra pas, dans le même temps, continuer à prélever comme il fait pour le budget 2011 dans les fonds mis en commun dans le Fonds Paritaire de Sécurisation  des Parcours Professionnels. Une forme de dialogue plus respectueuse que celle qui a été pratiquée pour les retraites devra impérativement être mise en place avec les organisations syndicales.

Employeurs, Conseils Régionaux, syndicats sont les partenaires obligatoires de l’atteinte de l’objectif, qui supposera aussi que tous les services de l’Etat concernés, et en premier lieu, l’Education Nationale, jouent le jeu (ce qui n’est sans doute pas le plus simple)

L’objectif est fixé, reste à choisir la méthode. Si l’Etat veut décider seul, il se condamne inéluctablement  à l’échec, et il en sera le premier responsable.

Madame Morano, on vous attend dans ce rôle de diplomate, qui n’est pas, à priori celui dans lequel on vous imagine. Surprenez nous.

Le compte rendu de la séance de questions à l’Assemblée Nationale sur http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/provisoire/P20110059.asp

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3 Responses to “Doubler le nombre de jeunes en alternance : le choix de la méthode”

  1. Alain Augé Says:

    Encore une fois vous raisonnez uniquement sur l’apprentisage!! L’alternance diplômante se pratique (90%) dans les Instituts privés de formation qui n’ont que faire de l’autorisation d’ouverture des Conseils Régionaux. Rendons les contrats de professionnalisation aussi intéressants financièrement pour les employeurs que les contrats d’appprentissage, et vous verrez un développment foudroyant de l’alternance.

  2. mabherve Says:

    Cher Monsieur Augé

    Je ne peux que vous inviter à lire mon article « Ateliers de l’apprentissage et de l’alternance : proposition N°2 : réserver la préparation des diplômes à l’apprentissage, et lier la professionnalisation à l’acquisition de certifications professionnelles » sur http://blog.educpros.fr/michelabherve/2010/01/24/ateliers-de-l%e2%80%99apprentissage-et-de-l%e2%80%99alternance-proposition-n%c2%b02-reserver-la-preparation-des-diplomes-a-lapprentissage-et-lier-la-professionalisation-a-lacquisition-de-cer/

    Vous y verrez pourqoui , si j’ai une préférence pour la fusion des deux contrats, comme je ne crois qu’elle soit possible pour des raisons institutionnelles, je préconise une nette séparation des objectifs de ces deux contrats

  3. Capital ou Conseils aux entreprises pour mieux profiter des étudiants « Etudiante en alternance Says:

    […] n’utilisent pas ce genre méthodes. Mais à l’heure où le gouvernement cherche à multiplier le nombre d’alternants, il est consternant de constater que des magazines reconnus tels que Capital donne aux entreprises […]

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