L’apprentissage dans le supérieur a des caractéristiques très différentes de l’apprentissage classique

Au moment où le Président de la République affiche sa volonté d’une augmentation considérable de la formation en alternance,  et où une Ministre, Nadine Morano, en a la responsabité, il est tout à fait intéressant se se pencher sur l’étude du CEREQ « Les formations par apprentissage, un outil au service de la démocratisation de l’enseigneùent supérieur ? »

Ce travail de  Prisca Kergoat, du  Centre d’études et de recherche, travail, organisation, pouvoir (CERTOP), Université de Toulouse 2, laboratoire associé au CEREQ, nous apporte un cerain nombre de confirmations et quelques sujets de réflexion sur des points importants.

Une confirmation tout d’abord : c’est bien le développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur, et lui seul, qui permet de compenser la tendance à la stagnation des effectifs aux niveaux IV et surtout V, et permet de fonder le discours sur le développement de l’alternance. Mais les publics concernés ne sont plus les mêmes.

Autre confirmation, la notion de filière de formation par l’apprentissage est un leurre, et la référence à la voie de « l’ascenseur social » largement erronée, puisque seuls « seuls 12 % des apprentis du supérieur ont pu s’élever au sein de la hiérarchie des diplômes en empruntant cette supposée filière d’apprentissage »

Et c’est sur la démonstration de ce point que cette enquête nous apporte le plus d’éléments précieux. En effet, l’étude nous démontre que » La création d’une « filière d’apprentissage » ne permet qu’à très peu d’entre eux de s’élever au sein de la hiérarchie des diplômes. L’apprenti du supérieur s’apparente bien plus à celui d’un étudiant préparant une formation professionnelle dite « initiale » qu’à un « survivant » des « bas étages » de l’apprentissage. » 

 Mais cette étude conduit aussi sur certains points à interroger les pratiques de ceux qui développent l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. En effet, il est démontré que cette formule est « Un mode de formation qui accentue les inégalités » 

 Inégalité entre les sexes tout d’abord. Si on pernd le soin d’écarter le biais que représente la tertiarisation croissante des formations, les chiffres analysés permettent de constater que «  Les écarts constatés entre filles et garçons sont plus importants en apprentissage qu’en formation initiale. » et que

« l’apprentissage renforce les effets opérés par la division sexuelle du travail au sein de l’enseignement supérieur : encore moins de femmes dans les spécialités masculines, encore moins d’hommes dans les spécialités féminines. »

 

 

Inégalité selon les origines ensuite, puisque « bien qu’il y ait augmentation de l’offre de formation relevant des services, la population d’apprentis issue de l’immigration maghrébine reste proportionnellement très minoritaire au regard de la population dont les parents sont nés en France« et que « la proportion d’apprentis dont les parents sont nés au Maghreb décroît avec l’élévation du niveau de formation alors même que la population de référence augmente. »

C’est surtout  les hypothèses formulées en conclusion qui méritent que les universitaires praticiens de l’apprentissage réfléchissent.

La première tient à l’intégration dans la pratique de sélection des candidats par les responsables de formation, pour satisfaire aux attentes, plus ou moins formalisées, des entreprises, de pratiques qui s’avèrent de fait discriminatoires, au détriment de jeunes ayant une moins bonne maîtrise des codes sociaux.

La deuxième tient dans le fait que pour nombre d’étudiants choississant la voie de l’apprentissage, la motivation de la rémunération n’est pas déterminante, mais qu’il s’agit d’un choix conscient, fait par des étudiants issus de mileux favorisés,  visant à améliorer leur « avantage concurentiel » par rapport à ceux de leurs camarades, souvent issus de millieux plus modestes,  qui poursuivent leurs études par la voie classique.

La conclusion de cette étude doit induire dans les Universités qui ont beaucoup développé l’apprentissage une réfléxion, face à cette affirmation « L’apprentissage est aujourd’hui une stratégie qui tend progressivement à devenir l’apanage des classes intermédiaires (voire supérieures) contribuant à détourner la vocation première de l’apprentissage, celle de permettre à des jeunes d’acquérir un titre de l’enseignement supérieur qu’ils n’auraient sans doute jamais pu acquérir autrement. »

Pour en revenir au premier point, il faut espérer que ces éléments seront pris en compte dans la démarche de développement de l’alternance, dont il est nécessaire de constater qu’elle est beaucoup plus beaucoup plus complexe que pourrait le laisser croire une appréciation fondée sur les seuls taux d’insertion professionnelle des jeunes ayant suivi une formation en alternance, base des discours politiques, du Président de la République, du Gouvernement, mais aussi, très souvent, des Conseils Régionaux..

Une étude à lire de toutes façons

La publication http://www.cereq.fr/pdf/Net-doc-75.pdf

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