Quelques considérations sur les chiffres de l’apprentissage

Suivre les données chiffrées sur l’alternance en général, et l’apprentissage en particulier n’est pas simple. L’Etat a deux sources principales, la DARES, service statistique du ministère du Travail, qui suit mensuellement les enregistrements de contrats, et le ministère de l’Education qui publie des notes d’information sur le sujet.

Ces deux sources ont une temporalité différente puisque le ministère du Travail a fait paraitre les données au 31 décembre et que nous sommes déjà en mesure de savoir qu’en 2010, 287.410 contrats d’apprentissage ont été signés, sur la « France entière » soit 598 de moins qu’en 2009 (voir Pour les jeunes, l’alternance a progressé entre 2009 et 2010 de 0,002% »), pendant que le ministère de l’Education vient de son côté de faire paraitre la Note d’Information 11;01 qui analyse les chiffres au 31 décembre 2009, sous la signature d’Aurélie Demangeot et Valérie Leprévost.

Ces deux sources ont aussi une logique différente puisque la prise en compte de l’enregistrement des contrats par la DARES est fondée sur une logique de flux, les contrats signés à une date donnée, pendant que le traitement par l’Education Nationale se fonde sur une logique de stocks, l’ensemble des apprentis à un moment donné. Comme nombre de contrats sont signés sur une période de deux ou trois ans, les données sont différentes. Notons que les deux sources se fondent sur les contrats et non sur les personnes. Un apprenti qui signe trois contrats d’apprentissage successifs sera comptabilisé trois fois, au titre de chacun de ces trois contrats, ce qui signifie que le nombre de contrats est nettement supérieur au nombre de jeunes passéss par l’alternance.

Enfin posons la question de la prise en compte des ruptures de contrats. (voir A nouveau une étude sur les ruptures de contrats d’apprentissage). Elles ne peuvent être négligées, puisque les études conduites les situent autour de 25%, avec des pointes à plus de 40% dans certaines branches professionelles comme l’hôtellerie restauration, ce qui, à ce niveau, pose une question de fiabilté des chiffres

La note du ministère de l’Education est intitulée « La croissance de l’apprentissage marque une pause en 2008 et 2009″, et nous savons que cette pause se poursuit en 2010. C’est dans ce contexte de trois années de stagnation qu’il convient de situer la volonté présidentielle de développer l’alternance et la nomniation d’une ministre, Nadine Morano, en charge de ce secteur. Nous ne pouvons qu’espérer que leur action prendra en compte cette stagnation, et en analysera sérieusement les causes, pour construire les actions apropriées, au lieu de poursuivre la tendance à ne vois des chiffres que ceux qui traduisent une progression, comme le faisait Laurent Wauquiez.

Il est en particulier clair que le principal point de blocage au développement de l’apprentissage vient de la stagnation des postes proposés par les employeurs, et que sur ce point, l’avenir est problématique, comme l’a montré l’enquête des Orphelins Apprentis d’Auteuil dont nous nous sommes faite l’écho dans ce blog (voir Les entreprises ont l’intention d’embaucher moins d’apprentis).

Si le gouvernement mettait l’accent, comme certaines déclarations de Nadine Morano le laissent entendre, sur l’incitation des jeunes, à travers une action résolue sur l’image, sans que simultanément les mesures soient prises pour augmenter significativement le nombre de postes offerts, nous serions dans une situation très défavorable car il faudrait alors gérer la déception de jeunes incités à choisir l’apprentissage et ne trouvant pas la possibilité de concrétiser cette intention, ce qui décrédibiliserait tout l’effort de communication accompli.

Cette étude nous donne des informations précieuses, dont nous allons ici reprendre les plus significatives.

La première est dans la baisse du nombre d’apprentis au niveau V, et l’augmentation significative des apprentis aux niveaux de formation plus élévés. Ce sont les diplômes de niveau I et II qui permettant aux effectifs globaux de ne pas baisser, en poursuivant leur essor (+ 13 % en 2008, + 12 % en 2009). La baisse des effectifs au niveau V est plus complexe à interpréter car une partie s’explique par la suppression progressive du BEP et le transfert d’un certain nombre d’apprentis vers le bac pro, situé au niveau IV, mais il est indéniable qu’il n à ce niveau une tendance à la stagnation, et des indices de récession.

L’approche par branches professionnelles est aussi intéressante
: les baisses sont concentrées dans le secteur industriel, en particulier en mécanique (-9,4 % ) et dans le bâtiment (-4,9 %), ainsi que dans le transport (-7,6 %), pendant que progessent significativement le sanitaire, social et animation ( +10,6 %), et les services à la collectivité (+10 %) ce qui confirmerait que le champ de développement de l’apprentissage est davantage dans les secteurs traditionellement peu councernés, que dans les secteurs où l’apprentissage est traditionnel, ce qui, accessoirement devrait entrainer un élargissement du champ du dialogue qui ne peut se limiter aux seules Chambres Consulaires et organisations représentant l’artisanat

Quant au secteur sensible de l’hôtellerie une légère hausse, de +2,8% entre 2008 et 2009, succède à une très légère baisse, – 0,9%, entre 2007 et 2008. Premiers effets de la baisse de la TVA et de la concrétisation des engagements pris, en contrepartie, par la profession de développer l’apprentissage ? Il est trop tôt pour le dire, surtout quand on rappelle l’importance dans ce secteur des ruptures de contrats, et les chiffres de l’année prochaine permettront sans doute d’affiner l’analyse.

L’approche par régions est aussi instructive : la Région qui a la plus forte croissance, hors outre mer et Corse où les effectifs totaux sont faibles et donc peu significatifs, est l’Ile-de-France, et cette croissance est en réalité le produit d’une baisse aux niveaux IV et V, -3,2 % , et d’une forte hausse aux niveaux supérieurs, de 16 %. Le même constat peut être fait dans les deux autres régions de forte croissance, la Picardie (4,4 %, résultante d’une quasi stagnation aux niveaux IV et V, +0,1 % et d’une forte hausse aux niveaux I, II et III + 21,7 %) et le Nord Pas de Calais où la croissance de 3,2 % % résulte d’une baisse de – 3,6% aux niveaux IV et V et d’une hausse spectaculaire de 29,7 % aux niveaux supérieurs. A contrario la baisse d’effectifs ets la plus forte en Poitou Charentes (-4,8 %) malgré la politique volontariste de cette Région (Voir En Poitou Charentes, plus de places en CFA et moins d’apprentis !).

Dernier tableau, celui de la réussite aux examens professionnels. Malheureusement, il porte seulement sur les apprentis présents aux épreuves, sans qu’aucune indication ne soit donnée sur le pourcentage de ceux qui ne se sont pas présentés, ce qui aurait été nécessaire pour apprécier le taux réel de réussite.

Il faut noter un taux de réussite inférieur de 5 points à celui des élèves de la voie scolaire en CAP et de 6,5% en BTS, et relever les faibles taux de réussite aux BTS des secteurs où nous avons noté la plus forte croissance, le social avec 45,9 % d’échec et les services aux collectivités où l’échec est de 50,5 % (alors que le taux moyen est de 70%). Peut-être que la croissance s’explique simplement par un fort taux de redoublement ?

En tous cas, nous pouvons constater que les sources statistiques méritent d’être affinées pour fonder réellement une politique, si du moins celle-ci ne se résume pas à un discours.

La publication du ministère.

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One Response to “Quelques considérations sur les chiffres de l’apprentissage”

  1. KALCK Says:

    Bonjour,
    Ne faudrait-il pas également mieux connaître les cursus de formation par l’apprentissage. Sur le terrain, dans les CFA du BTP, j’observe la fréquence de préparation à des CAP connexes et à des Mentions complémentaires, avant une poursuite vers un BP en apprentissage. Cela fait de multiples contrat d’apprentissage que les jeunes enchaînent les uns après les autres. Et je crois me souvenir, il y a 20 ans que la préparation de CAP connexes avait une large part dans l’augmentation des effectifs.

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