Pourquoi ce besoin d’exagérer les chiffres pour promouvoir l’alternance ?

Le Président de la République poursuit sa croisade en faveur de l’alternance et a encore augmenté les objectifs lors de son émission télévisée face à un « panel » de Français choisi par TF1 : nous ne sommes maintenant à un objectif d’un million de jeunes.

Mais il continue à se tromper de cible prioritaire pour atteindre cet objectif, en enjolivant le produit afin de séduire les jeunes et leurs familles, alors que le principal frein à la croissance de l’alternance réside incontestablement dans l’insuffisant nombre de postes ouverts par les employeurs. Ce n’est pas faute de candidats que l’alternance a baissé en 2009 et stagné, malgré les primes supplémentaires, en 2010. C’est par insufisance des places proposées aux jeunes, et nombre d’entre eux se sont plaints amèrement de ne pas trouver d’employeurs prês à leur faire confiance. L’enquête des Apprentis d’Auteuil ne montre aucune inflexion de tendance, bien au contraire.

Pour séduire les jeunes et les familles, le Président ne fait pas dans la nuance et affirme « Si votre enfant choisit une formation en alternance, il a deux fois plus de chances de trouver un emploi que s’il suit une formation théorique » . D’où sort ce chiffre ? Mystère ! Aucune enquête ne donne des résultats, même un tant soit peu approchants.

Le Haut Conseil de l’Education mentionne  dans son rapport 2008 des chiffres intéressants  « À diplôme identique, la comparaison des taux d’emploi entre les jeunes qui sortent de la voie scolaire et ceux qui sortent de l’apprentissage est favorable aux seconds. En 2006, 80 % des titulaires d’un baccalauréat professionnel obtenu par apprentissage avaient un emploi, contre 64 % pour la voie scolaire ; pour les titulaires d’un CAP-BEP, les chiffres étaient respectivement 66 % et 43 %. »

Les résultats montrent un avantage significatif pour les jeunes sortants d’une formation en apprentissage, même s’ils doivent être pondérés en tenant compte de l’importance des ruptures de contrats, et souvent d’un plus faible taux de réussite aux examens

L’étude publiée en 2009 «L’apprentissage, entre formation et insertion professionnelles » de Abriac, Ratelot et Sanchez, publiée dans INSEE Formation et Emploi, Editions 2009 (Collection INSEE Références Juin 2009) trouve de son côté, en s’efforçant d’éliminer au maximum les eléments faussant la comparaison, un avantage significatif « Leur probabilité d’occuper un emploi salarié trois ans après la sortie de formation initiale est plus élevée d’environ 7 points que celle des jeunes ayant suivi la même formation mais par la voie scolaire« 

Pourquoi, alors que les études les plus rigoureuses montrent un avantage significatif pour les jeunes ayant suivi une formation en alternance, notre Président de la République éprouve-t-il le besoin de donner des chiffres faux ? Le risque, si ce discours est cru, est de créer un afflux de candidatures alors que les employeurs sont aujourd’hui incapables de répondre aux candidats;

Il y a aussi un autre risque, celui de ne pas être cru, et de déconsidérer ainsi, par ses excés la cause qu’on veut promouvoir

En tous cas, on comprend mieux pourqoui un amendement parlemenaire avait voté la suppression du Haut Conseil à l’Education , puisque les données qu’il produit ne sont pas utilisées par les plus hautes autorités. Ce qu’on ne comprend par contre pas c’est pourquoi, en cette période de difficultés budgétaires, le Gouvernement a demandé, et obtenu, que l’Assemblée Nationale revienne sur son vote. A moins qu’il ait l’intention à l’avenir d’utiliser ses travaux. Ce serait nouveau.

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2 Responses to “Pourquoi ce besoin d’exagérer les chiffres pour promouvoir l’alternance ?”

  1. La féminisation de l’économie, effet de mode ou tendance de fond ? Le billet de Stéphan Bourcieu | Etudes supérieures - Grandes Ecoles Says:

    […] A lire sur les blog EducProsLe billet de Pierre Dubois Olivier : questions pour un débat !Le billet d’Henri Audier « L’indécence » de Madame sans-gêneLe billet de Michel Abhervé Pourquoi ce besoin d’exagérer les chiffres pour promouvoir l’alternance ? […]

  2. BN Says:

    M.Sarkozy oublie de parler du manque de place en entreprise et vous vous oubliez de parler des établissements de formation.
    La problématique est il est vrai soigneusement oubliée par le gouvernement (n’oubliez pas que Valérie Pécresse sort d’HEC qui crache depuis longtemps sur la formation par l’apprentissage !) et la loi très mal faite car elle met sur un pied d’égalité dans le financement par les entreprises toutes les formations qu’elles soient ou non déjà financées par l’état .
    Ne pas en tenir compte relève soit de l’amateurisme de la part du gouvernement soit d’une volonté délibérée de récupérer une partie d’un impôt normalement libre d’affection en appauvrissant les secteurs associatifs et privés de l’énseignement professionalisant.
    De toutes façons tant que l’état continuera à payer 120 000 € pour financer un polytechnicien qui ira tranquilement développer des algorythmes permettant de lancer les futurs produits complexes (toxiques) chez Goldman Sachs ou Morgan Stanley à Wall Street on peut se dire que ce ne sont pas seulement des choix rationnels qui orientent nos décideurs …..

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