L’apprentissage mérite mieux que la nostalgie, la polémique et le mépris des jeunes

Du compte rendu de la séance de questions orales au Sénat de ce jeudi 17 Février, nous relevons l’échange suivant : « Formation en alternance et apprentissage ».

M. Serge Dassault . – Il faut développer massivement la formation en alternance et l’apprentissage, mais le nombre des CFA est insuffisant, et très peu d’entreprises acceptent de prendre des apprentis. L’accompagnement intensif des chômeurs est une excellente mesure, mais comment les chômeurs seront-ils accompagnés, et par qui ? (Exclamations à gauche) Pôle Emploi est débordé, tout comme les missions locales. Les contrats aidés sont d’une efficacité toute relative.

Le meilleur moyen de réduire le chômage est d’augmenter la flexibilité des emplois intérimaires et les contrats de mission ; cela ne coûterait rien à l’Etat ! Qu’en pensez-vous ?

Enfin, si le service militaire n’avait pas été supprimé, en serions-nous là ? (Exclamations à gauche)

M. Didier Boulaud. – Demandez à Chirac !

Mme Nadine Morano, ministre auprès du ministre du travail, de l’emploi et de la santé, chargée de l’apprentissage et de la formation professionnelle . – Oui, il faut développer l’alternance et l’apprentissage : nos entreprises emploient peu d’apprentis, alors qu’en Allemagne (Exclamations à gauche), on ne craint pas de les utiliser.

M. Didier Boulaud. – Dites « employer » ! Ce ne sont pas des kleenex !

Mme Nadine Morano, ministre. – La France s’est trompée de stratégie pendant des années, à cause des gouvernements de gauche (rires et exclamations à gauche) qui ont négligé la formation duale. Ce fut une erreur gigantesque. Les entreprises manquent de personnel formé.

Les 500 millions d’euros du Grand emprunt permettront de moderniser les CFA, et il y aura 15 000 places supplémentaires d’hébergement pour les apprentis. Cet objectif figurera aussi dans les COR avec les régions : un euro dépensé par l’État pour un euro par les régions. Chacun doit prendre sa part ; c’est une nécessité pour tous ! (Applaudissements à droite, exclamations à gauche) »

A travers un tel échange entre un Sénateur de la majorité et un Ministre (dans une Assemblée de la République, pas dans un bistrot, contrairement à ce que certains propos pourraient laisser croire !), on constate, avec une certaine inquiétude que certaines pratiques prétendant développer l’apprentissage ont, en réalité, l’effet inverse : à la recherche nostalgique du bon vieux temps répond l’opposition manichéenne entre les bons et les méchants.

Comment avec un tel positionnement faire apparaitre l’apprentissage comme une pratique d’avenir et non une relique d’un passé révolu ?

Comment, avec une telle attitude, créer une condition abbsoulment nécessaire pour un développement de l’apprentissage, un dialogue confiant entre l’Etat et les régions ?

Et que penser d’une Ministre qui appelle de ses voeux les entreprises à « utiliser » les jeunes ? Peut-on trouver des propos plus méprisants ?

Décidémment, ce n’est pas avec cet état d’esprit que l’objectif défini par le Président de la République sera un tant soit peu approché. A moins que l’important ce ne soit pas tant l’objectif que la polémique. On finirait par le croire.

Le compte rendu

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4 Responses to “L’apprentissage mérite mieux que la nostalgie, la polémique et le mépris des jeunes”

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  2. nene Says:

    la formation par la voie de l’apprentissage apparait positive lorsqu’elle est correctement et pleinement encadrée par l’etat et les SAIA (services academiques de l’inspection d’apprentissage ) . force est helas de constater qsue depuis fort longtemps il n’y a plus d’agrement necessaire pour la formation en entreprise . Les commissions departementales autrefois effectuaient un travail sensationnel ; De plus , il manque des inspecteurs au niveau du travail en entreprise Il faudrait surtout donner un vrai statut aux tuteurs en entreprise et aux professeurs de CFA.

  3. ravassard Says:

    Le mépris pour l’apprentissage n’est pas l’apanage d’une opinion politique ou d’un positionnement d’acteur dans le système éducatif ou économique, et des objectifs et des motivations différentes le sous tendent. Ce qui est par contre très largement partagé en particulier par les acteurs de l’éducation, et de fait par une partie des parents, principalement pour les plus petits niveaux de formation (5 et 4), c’est que l’apprentissage est « ce qui arrive » (dixit les propos que des enseignants de collège ou de lycée brandissent comme une menace à des jeunes en difficulté) à ceux qui ne peuvent trouver leur place dans les voies classiques de notre système éducatif. C’est pourquoi lorsque, en tant que CFA, nous nous déplaçons dans des collèges pour des réunions d’information, les équipes de direction de ces établissements ne nous proposent de rencontrer que les classes de jeunes repérés en difficulté. Ce qu’il faut comprendre de cela c’est qu’à ce niveau il n’est pas pertinent voire impensable de proposer à des jeunes sans difficultés la voie de l’apprentissage comme un autre choix d’orientation possible. A partir de cet exemple on voit bien les processus, les freins mis en place pour biaiser une orientation car elle ne rentre pas dans les schémas d’une majorité d’enseignants, et de parents. Il nous reste donc, avec les entreprises, au bout de cette chaîne, à gérer les difficultés de jeunes qui nous arrivent avec un rejet total de l’idée même d’apprendre, pour une partie en situation d’illettrisme, et laissés parfois pendant tout le collège au fond de la classe (parce que « nul » sic). Pour faire progresser l’apprentissage, il faut d’abord et avant toute autre mesure d’incitation, que les acteurs du système éducatif l’intègre comme une voie de formation comme une autre.

  4. rencontre gratuite Says:

    Très bon post/blog (site). Je recommande !

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