Les mesures annoncées par le Président de la République ne permettront pas d’atteindre l’objectif affiché de développement de l’alternance

Lors d’une visite dans un CFA en banlieue, à Bobigny le 2 Mars 2010, le Président de la République a tenté de donner un peu de cohérence à un ensemble de mesures destinées à montrer l’action dans le domaine de l’emploi.

Mais, malgré une présentation talentueuse, faisant par exemple croire à la mise en place d’une aide pour l’embauche de toutes les personnes de plus de 45 ans, alors que cette aide concerne  les seuls signataires d’un contrat de professionnalisation, qui étaient, en 2010, environ 2500 sur l’ensemble de la France (voir Mesures pour les Seniors : 2 500 personnes concernées), les mesures annoncées ne constituent pas un plan cohérent permettant d’atteindre l’objectif annoncé, 800 000 jeunes en alternance en 2015, et un million plus tard.

Le premier défaut tient dans la non prise en compte de la réalité qui est pourtant simple : l’alternance ne progresse pas depuis 2008 et a été une des victimes colatérales de la situation économique. Cette situation est d’ailleurs confimée dans les chiffres des deux premiers mois de l’année 2011 où la professionnalisation progresse un peu, mais où l’apprentissage, pour sa part, recule par rapport à une année 2010 pourtant bien atone.

Il ne suffit pas de communiquer sur l’alternance solution miracle pour qu’il progresse. Il faut d’abord et avant tout que des employeurs proposent des postes

Vouloir convaincre les jeunes, les familles que l’apprentissage est une bonne solution devient contre productif quand ceux qui sont convaincus se heurtent à une réalité toute simple : nombre de ceux qui veulent signer un contrat d’apprentissage et de professionalisation ne le peuvent pas, parce que les employeurs n’en proposent pas suffisament

Les difficultés pour ajuster l’offre et la demande sont réelles, et il n’y a pas de solution simple. Le Président de la République a annoncé la création d’un portail pour faciliter cette mise en relation, et on ne sait pas si c’est par ignorance qu’il en existe un, pourtant lancé à grand renforts de communication par Laurent Wauquiez, où par prise d’acte que celui-ci ne remplit en rien la mission qui devrait être la sienne (voir Portail officiel sur l’alternance : nullissime  ! sur http://blog.educpros.fr/michelabherve/2010/12/31/portail-officiel-sur-lalternance-nullissime/#more-609 et  Portail de l’alternance et de l’apprentissage : nullissime et dangereux sur http://blog.educpros.fr/michelabherve/2011/01/31/portail-de-lalternance-et-de-lapprentissage-nullissime-et-dangereux/#more-689). On hésite, car il devrait normalement interroger des responsables de voir affichées 75 214 offres de contrats en ligne : si elles existaient vraiment, il serait criminel de ne pas mettre des jeunes en situation de les pourvoir!

Le noeud du développement de l’alternance repose dans une question non traitée, la relation avec l’enseignement professionnel sous statut scolaire. Tout donne l’impression que, sans en débattre, souterrainement,  est organisé le transfert progressif de larges pans d’un enseignement assuré dans les lycées professionnels et les sections professionnelles des lycées polyvalents, vers l’alternance, au nom de résultats d’insertion meilleurs, mais permettant à l’Etat, là aussi, de réduire son financement. La fermeture de sections dans de nombreux lycées, déplorées par des Conseils Régionaux qui ont investi, et parfois lourdement, dans la rénovation des établissements et les ont doté d’équipements performants, s’inscrirait dans cette logique

Henriette Zoughebi, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France en charge des lycées, fait de son côté une analyse légèreùment différente

« Je pense qu’il y a un projet politique par rapport à l’éducation où on va laisser les classes de bac pro à l’enseignement public car les entreprises ne veulent pas aujourd’hui d’apprentis trop jeunes. Par contre toute une partie sera remise à l’apprentissage.  Si le niveau 5 va à l’éducation nationale, les formations supérieures sont largement montantes en apprentissage et en alternance. On est à un moment de passage où ce qui est envisagé n’est pas dit clairement. Mais toutes les mesures prises vont dans le même sens. Je suis sure que c’est un vrai projet. »

Je ne suis pas certain qu’Henriette Zoughebi ait raison, mais je suis par contre absolument certain qu’il faut organiser une débat, approfondi, autant que possible dépassionné, sur la complémentarité entre l’enseignement professionnel et l’alternance, qui ne se fonde pas seulement sur des taux d’insertion jetés en pâture à l’opinion, et permette d’avancer vers une rationalisation accrue des financements publics.

Les mesures annoncées concernent une modeste et complexe priorisation de la taxe d’apprentissage, son éventuel accroissement allant à l’apprentissage (mais comme il n’y a pas de référence au niveau, la priorité pourra accompagner le développement de l’apprentissage dans les grandes écoles, qui auront donc le temps de s’adapater pour ne pas perdre leurs ressources et peut-être les accroître !), une incitation par une pénalité bien modetse pour les employeurs  de plus de 250 salariés qui ne sont pas, et de loin, les principaux utililisateurs ( voir Que fait-on pour les 86,4 % d’employeurs d’apprentis ayant moins de 250 salariés ? sur http://blog.educpros.fr/michelabherve/2011/02/11/que-fait-on-pour-les-864-demployeurs-dapprentis-ayant-moins-de-250-salaries/#more-733) et un système de bonus malus dont on voit mal comment il pourra s’équilibrer, s’il induit l’accroissement attendu des postes.

Dernière mesure concrète, outre le rappel récurent de l’affectation de 500 Millions du grand emprunt, annonce qui s’apparente de plus en plus à une Arlésienne, car aucune opération n’est pour le moment visible pour concrétiser l’annonce, le retour d’une aide aux employeurs sous la forme d’une éxonération de charges durant six mois pour les employeurs accroissant leur nombre d’apprentis. Après quelques mois sans rien, nous en revenons, avec des modalités moins avanatgeuses à une aide supprimée au 31 Décembre dernier : comme tous les rapports mentionnent que, pour être un tant soit peu efficace, une politique publique doit être continue, on croit rêver devant cette nouvelle illustration de la pratique de la navigation à vue

Il faut aussi pointer les absences : lutte contre les ruptures de contrats, dont la réduction améliorerait sensiblement la situation, développement de l’apprentissage dans le secteur public qui demeure loin, très loin des ambitions affichées et des importantes potentialités.

Qaunt à la relation avec les Régions, (voir Etat-Régions, l’impossible coopération pour développer l’apprentissage sur http://blog.educpros.fr/michelabherve/2011/02/22/etat-regions-limpossible-cooperation-pour-developper-lapprentissage/#comments) , indispensable pour permettre à l’objectif annoncé de se concrétiser, le Gouvernement continue à procéde par injonctions, allant même à décider pour chaque Région quel doit être son objectif d’apprentis, ou plutot de places en CFA, alors que nous savons qu’il ne suffit pas de créer des places de CFA pour que le nombre d’apprentis augmente (voir En Poitou Charentes, plus de places en CFA et moins d’apprentis ! sur http://blog.educpros.fr/michelabherve/2011/01/31/en-poitou-charentes-plus-de-places-en-cfa-et-moins-dapprentis/#more-684)

Souhaite-t-on vraiment développer l’apprentissage et en ce cas il faut de toute urgence changer de méthode. Continuer à agir par la voie de l’injonction prouverait qu’au fond, comme on sait que l’objectfif annoncé n’a aucune chance d’être pas atteint, il faut dès à présent se préparer à accuser le coupable tout trouvé, les régions qui n’auront pas joué le jeu. Vu le contexte politique, on devine une opération cousue de fil blanc !

Enfin, il faut mentionner le choix, toujours au nom de l’urgence, et pour éviter l’étape de l’avis du Conseil d’Etat, d’un détournement de procédure parlementaire. Alors que nous sommes, à l’évidence, dans une intiative gouvernementale, les réformes législatives ne feront pas l’objet d’une projet de loi, comme la bonne règle l’aurait voulu. Ce sera sous la forme d’une proposition de loi déposée par un Député complaisant, Gérard Cherpion, par ailleurs bon connaisseur du sujet, mais qui se prête de façon surprenante à une opéartion bien peu respectueuse du rôle du Parlement, et dont l’histoire a montré que le temps gagné en amont se perdait souvent par la suite, faute d’avoir pu analyser de façon précise les obstacles et ainsi élimier les incohérences.

Si nous avons à faire à une grande ambition, nous devons bien constater que nous sommes en présence de mesures modestes et d’un mode opératoire discutable, contradictoire avec la nécessaire mobilisation partenariale

Dommage

 

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0201205093139-alternance-le-patronat-les-cci-et-les-grandes-ecoles-renaclent.htm

L’interview d’Henriette Zoughebi par la Café Pédagogique http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/03/18HZoughebi.aspx

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