Le développement de l’apprentissage passe par le secteur public et l’économie sociale

La réponse du Ministre délégué en charge de l’apprentissage et de la formation professionnelle, Thierry Repentin, à une question écrite de Jean-Pierre Blazy, député PS du Val d’Oise, nous éclaire sur une intention du gouvernement en matière de développement de l’apprentissage

Il est en effet écrit « le développement de l’apprentissage sera recherché dans des secteurs et branches dans lesquelles il est encore embryonnaire (les collectivités territoriales, l’économie sociale et d’autres branches professionnelles) « 

Comment ne pas se féliciter de cette intention, qui rejoint ce que nous avons écrit à plusieurs reprises dans ce blog sur le fait que les marges les plus fortes de progression de l’apprentissage se situaient davantage dans des secteurs où il est peu connu, peu pratiqué, plutôt que dans les secteurs où il est historiquement développé.

Le développement de l’apprentissage dans le secteur public a été un des plus beaux serpents de mer du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Un rapport parlementaire de Laurent Hénart que le Secrétaire d’Etat à qui il a été remis, Laurent Wauquiez, s’est ingénié à enfouir profondément dans un placard du ministère (voir L’apprentissage dans le secteur public : il est urgent d’attendre), un autre rapport annoncé que nul n’a jamais vu (voir Apprentissage dans le secteur public : encore un rapport),  une forte déclaration du président de la République dans son « discours d’Avignon » (voir Deux ans après le discours présidentiel d’Avignon, Agir pour la jeunesse)

La Fonction publique s’ouvrira à l’apprentissage. Rendez-vous compte qu’alors que l’État depuis des années plaide pour le développement de l’apprentissage, il y a moins de 6 000 apprentis dans la Fonction publique. C’est un scandale parce que cela consiste pour l’État à dire aux entreprises : « Faites ce que je dis et surtout pas ce que je fais. » Et quelle est la crédibilité de l’État de pousser les entreprises à proposer des places d’apprentissage et lui-même, dans ses propres services de ne pas en donner.”

Dans le contexte de stagnation de l’apprentissage du quinquennat, on relève une progression de l’apprentissage dans le secteur public, qui demeure pourtant à un niveau très faible, passant de 2 % à 3 % des contrats signés, et même une petite régression dans les services de l’Etat (voir L’apprentissage régresse dans l’hôtellerie restauration, les entreprises de plus de 250 salariés et les services de l’Etat). Mais cela n’a pas empéché un nouveau programme ambitieux (voir Apprentissage dans le secteur public : le candidat Sarkozy annonce ce que n’a pas fait le Président Sarkozy)

Quant à l’apprentissage dans l’économie sociale, il porte un vrai potentiel de développement comme nous l’avions relévé lorsque nous avions formulé des propostions quand Laurent Wauquiez avait initié les Ateliers de l’apprentissage et de l’alternance, avant de les enterrer soigneusement (voir Ateliers de l’apprentissage et de l’alternance : proposition N°7 Développer l’apprentissage dans les secteurs où il est peu répandu en dialoguant avec les employeurs)

Je pense que le texte, écrit il y a 3 ans, conserve une certaine actualité et me permets de le reproduire ici

« Développé historiquement dans l’artisanat, l’apprentissage s’est progressivement développé, mais reste encore peu répandu dans certains secteurs : le sanitaire et social, l’animation, le sport, les services aux personnes, l’insertion…

C’est pourtant dans ces secteurs que les possibilités de développement sont les plus importantes, et ce sont pourtant les employeurs de ce secteur qui sont systématiquement oubliés dans les concertations organisées pour développer l’apprentissage. Ils ne sont d’ailleurs ni dans les participants aux groupes de travail mis en place dans le cadre des “Ateliers de l’Apprentissage et de l’Alternance” , ni même mentionnés dans les structires auditionnées.

Ils auraient pourtant à dire pour mettre en valeur les difficultés qu’ils vivent pour développer l’apprentissage, et pourraient proposer en particulier que les modalités d’incitation fiscale soient adaptées à leur situation. En effet, ils ne sont pas assujettis à l’impôt sur les sociétés et ne peuvent donc bénéficier de la déduction fiscale appliquée à celle-ci pour soutenir l’apprentissage. Ils payent par contre la taxe sur les salaires, et celle-ci est parfois fort lourde : une incitation fiscale devrait pouvoir s’exercer aussi sur cette taxe.

Pour développer l’apprentissage dans les secteurs où il est le moins répandu, il ne pas se contenter de dialoguer avec ceux qui ont la pratique de l’apprentissage, mais il faut dialoguer aussi et surtout avec les employeurs de ce secteur pour rechercher avec eux les conditions du développement, et mettre en place des modalités adaptées à la situation de ces secteurs »

En espérant que nous n’en resterons pas, cette fois, au stade des intentions, il nous restera maintenant à suivre si les décisions suivent les déclarations

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5 Responses to “Le développement de l’apprentissage passe par le secteur public et l’économie sociale”

  1. rbeaune Says:

    et il faut redonner à l’apprentissage des perspectives claires comme premier niveau de qualification des jeunes…
    Sa très légère progression entre 2009 et 2011 ne tient qu’aux niveaux I à III…
    Ses résultats en termes d’accès à l’emploi vont de 50% (niveau V) à plus de 80% sur les niveaux supérieurs et sont donc bien trop flatteurs…
    Ses « échecs » qui sont mesurés par un indicateur inadapté – le taux de rupture- ne font l’objet que d’une estimation globale à hauteur de 25%, mais la fourchette varie entre 0 et 50% pour certains niveaux et secteurs. Ils ont aussi une conséquence mesurée par l’AFCCI : 25% des entreprises qui connaissent une résiliation de contrats ne veulent pas reprendre d’apprentis.
    Enfin, aucune donnée n’est disposible sur le rôle de formation des entreprises : combien de jeunes apprentis de telle entreprise ont eu leurs diplômes dans les dernières années ? faut-il continuer à autoriser l’apprentissage dans des entreprises où ruptures et échecs aux examens sont le lot commun ? dans la multitude des aides, pourquoi aucune pour souligner la réussite de l’apprenti et l’embauche de l’apprenti à l’issue de sa formation ?
    Une centration sur les niveaux IV et V -notamment au niveau des financements -, la mise en place d’un véritable observatoire et la recherche d’un développement qualitatif peuvent seules permettre un développement quantitatif.

  2. Michel Abhervé » Blog Archive » Elargir le contrat de génération au secteur privé ? C'est ce qui est prévu depuis le départ Says:

    […] public et le secteur associatif (il pourrait l’être, mais c’est un autre débat : voir Le développement de l’apprentissage passe par le secteur public et l’économie sociale, Apprentissage dans le secteur public : il ne suffit pas de constater la faible utilisation et Le […]

  3. Michel Abhervé » Blog Archive » Apprentissage : une annonce de suppression des primes inapplicable, incohérente et inopportune Says:

    […] Il va falloir faire converger les efforts de tous, régions, chambres consulaires, organisations professionnelles, et diversifier les employeurs mobilisés, vers l’économie sociale, vers le secteur public, comme l’avait esquissé, dans sa trop brève responsabilité ministérielle dans ce secteur, Thierry Repentin (voir Le développement de l’apprentissage passe par le secteur public et l’économie sociale) […]

  4. Michel Abhervé » Blog Archive » Apprentissage dans la fonction publique : François Hollande annonce des choses très proches de ce qu'avait annoncé Nicolas Sarkozy cinq ans plus tôt Says:

    […] brièvement Ministre en charge de la Formation Professionnelle et de l’apprentissage (voir Le développement de l’apprentissage passe par le secteur public et l’économie sociale), puis à nouveau oublié, Michel Sapin se contentant de constater la faible utilsation (voir […]

  5. Michel Abhervé » Blog Archive » Réactions au discours présidentiel sur l'apprentissage Says:

    […] brièvement Ministre en charge de la Formation Professionnelle et de l’apprentissage (voir Le développement de l’apprentissage passe par le secteur public et l’économie sociale), puis à nouveau oublié, Michel Sapin se contentant de constater la faible utilisation (voir […]

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