L’abus de stages est aussi dû aux étudiants : illustration par l’étudiant qui a remis son CV au président de la République

Mettre en cause les entreprises qui abusent des stages, et transforment ce qui devrait être des emplois en stages où des étudiants, de bon, voire de très bon niveau, est nécessaire (voir Jusqu’où exploiter (légalement) les stagiaires ?)

Mettre en cause des universités qui faciltent l’abus de stages, en créant des formations qui ne sont que des prétextes aux stages est tout aussi necéssaire (voir L’abus de stages peut être organisé par l’Université)

Mais il est tout aussi indispensable de mettre en cause des étudiants qui entretiennent, par leurs pratiques, cet abus de stages. Nous le faisons à travers un exemple médiatisé, celui du candidat à un stage qui a remis son CV au président de la République, lors du séjour de celui-ci à Dijon.

Le Figaro publie en effet son CV : ce garçon est titulaire d’un Master II de l’Université Nancy II/University of Leeds Juriste d’Affaires International et Européen, d’un Magistère de l’Université Nancy II / University of Leeds Juriste d’Affaires International et Européen et prépare un Master complémentaire à l’ Université de Liège de Droit européen, de Droit de la concurrence et de la propriété intellectuelle.

Qui peut croire qu’à ce niveau, un étudiant a du mal à trouver un stage ? Et, avec ce parcours, après six ans dans l’enseignement supérieur, ne serait-il pas souhaitable de chercher un emploi, plutôt qu’un nouveau stage ?

Et sans connaitre le contenu du CV, François Hollande a eu le bon réflexe en lui demandant « vous n’êtes pas que dans la com’ mais dans l’action quand même ? »

Ce garçon se rend-il compte du fait que son attitude, solliciter un stage cet été, en affirmant même qu’il acceptera qu’il ne soit pas rémunéré, après la fin de son cycle d’études plutôt brillant, contribue à dévaloriser son parcours ? A moins que le vrai but soit, effectivement, de faire parler de lui à n’importe quel prix.

Be Sociable, Share!

Tags: , ,

9 Responses to “L’abus de stages est aussi dû aux étudiants : illustration par l’étudiant qui a remis son CV au président de la République”

  1. Leroy Says:

    Après avoir lu votre article je crois que quelques rectifications s’imposent :

    1) Pour écrire un billet il convient de s’informer : Vous expliquez que François Hollande « a eu le bon réflexe en lui demandant « vous n’êtes pas que dans la com’ mais dans l’action quand même ? » » . En l’occurrence c’est l’étudiant qui a adressé cette phrase au président et non l’inverse ! ( http://www.youtube.com/watch?v=NMzOv3YF_D8)

    2) « Qui peut croire qu’à ce niveau, un étudiant a du mal à trouver un stage ? » Oui il est monnaie courante qu’un étudiant même à ce niveau peine à trouver un stage, j’en fais partie ! C’est la preuve que vous ne connaissez pas la réalité du marché.

    3) « ne serait-il pas souhaitable de chercher un emploi, plutôt qu’un nouveau stage ? ». Avez-vous déjà fréquenté l’université ? Savez-vous que pour valider un diplôme type master 2 il est obligatoire d’effectuer en général 2 mois de stage.

    4) « qu’il ne soit pas rémunéré, après la fin de son cycle d’études plutôt brillant, contribue à dévaloriser son parcours ? » Vous comprenez tout de travers. Bon nombre d’entreprise ou de cabinet ne payent pas leurs stagiaires ou préfèrent prendre des stagiaires pour une durée de 1 mois et 3 semaines plutôt que 2 mois pour éviter de payer l’indemnité légale. Alors proposé au président un stage non rémunéré est une façon de démontrer une réelle précarité.

    5) « A moins que le vrai but soit, effectivement, de faire parler de lui à n’importe quel prix. » Je vous invite à regarder l’interview sur France 5 dans le magazine C à vous du 15 mars (à 17 min) où l’étudiant explique sa réelle démarche. (http://pluzz.francetv.fr/videos/c_a_vous.html)

    Par votre article c’est vous qui dévalorisez les étudiants, ceux qui ont de l’audace et une réelle envie de s’en sortir dans un contexte économique difficile !

  2. Laura Says:

    Je ne pense pas que cet étudiant est voulu faire parler de lui à tout prix.

    A mon sens, il dénonce une réalité bien réelle: celle de la précarité des étudiants. Le fait qu’il demande un stage non rémunéré permet de montrer à quel point les étudiants sont prêts à travailler gratuitement afin de se créer une expérience. Les entreprises recherchent sans cesse des profils ayant de l’expérience mais en tant que jeune diplômé, comment avoir de l’expérience si ce n’est en effectuant des stages?
    Comment un étudiant pourrait-il abuser des stages alors que c’est son seul moyen de se créer une réelle expérience?

  3. Laura Says:

    Par ailleurs, vous semblez dire dans votre article que c’est François Hollande qui a dit « vous n’êtes pas que dans la com’ mais dans l’action quand même ? »: en réalité c’est l’étudiant qui dit cela. Je pense qu’il a voulu faire comprendre au président qu’il faudrait qu’il s’occupe de la précarité des jeunes et notamment celle des jeunes diplômés.

  4. Pierre Dubois Says:

    Fort bien envoyé !

  5. Damien Says:

    Pour travailler en université, c’est un véritable fléau que les étudiants en fin de cursus qui demandent à faire un stage (alors que les stages hors cursus sont théoriquement interdits).
    Le problème est double:
    -d’un côté les entreprises qui profitent d’une main d’oeuvre très bien formée et de bonne qualité pour un investissement dérisoire pour ne pas dire nul.
    -de l’autre les diplômés à qui on met dans la tête à longueur de journée le fait qu’ils doivent avoir de l’expérience, qu’ils ne sont pas bien formés, etc…

  6. Michel Abhervé Says:

    A Leroy et Laura

    Vous êtes en droit de ne pas partager mon point de vue. Mais l’emploi d’expressions comme « Vous comprenez tout de travers » ou une interrogation comme « Avez-vous déjà fréquenté l’université ? » ne sont pas pour moi des contributions qui amènent le débat au niveau où il doit être placé

    J’ai effectivement un tort, avoir prêté au président un rpopos tenu par l’étudiant. A ma décharge, je n’avais pu envisager qu’un étudiant de ce niveau puisse penser qu’un président de la République n’est que dans la com

    Sur le fond, je confirme que la difficulté de trouver un stage, réelle pour les étudiants de premier cycle, ne touche que marginalement des étudiants de ce niveau, dont nombre d’entreprises apprécient le bon marché!
    Et j’affirme que la pratique de poursuites sans fin d’études, l’acceptation, et même la recherche frénétique de stages hors cursus font du tort aux étudiants, mettant en concurence déloyale ceux qui recherchent un emploi et ceux qui pourvoient les postes à des conditions bien favorables pour les employeurs, contribuant à accentuer une déplorable précarité

  7. Damien Says:

    Le stage est devenu l’alpha et l’oméga de la formation. On en retrouve partout.

    Autant, dans les filières technologiques, je peux comprendre (DUT, Lpro…) autant, j’ai un peu de mal à comprendre l’intérêt du stage à la fin de la licence générale ou en M1…

  8. Olivier Ridoux Says:

    Damien dit « Autant, dans les filières technologiques, je peux comprendre (DUT, Lpro…) autant, j’ai un peu de mal à comprendre l’intérêt du stage à la fin de la licence générale ou en M1… ».

    Je dirais plutôt le contraire.

    Les filières professionnelles sont tournées vers les entreprises par leur contenu même, et aussi par leurs nombreux intervenants extérieurs. Dans ce cas, le stage ne fait qu’anticiper de quelques mois ce qui sera de toute façon le quotidien de ces futurs professionnels. Dit rapidement, un étudiant en informatique fera un stage en informatique dans une service informatique avant de rejoindre une autre (ou le même) service d’informatique. La longueur prévisible des carrières marginalise quelque peu cet épisode.

    Au contraire, les filières qui ne sont pas tournées vers les entreprises n’aident pas à envisager un futur professionnel un peu concret, et là un stage peut apporter beaucoup, ne serait-ce que démythifier l’entreprise.

    Ceci-dit on néglige trop les jobs d’été, ou tout au long de l’année, en tant qu’expérience professionnelle des étudiants, et je trouve que certains théoriciens de l’insertion professionnelle bien trop méprisants quand ils parlent du manque d’expérience professionnelle des étudiants. Je pense qu’il y a là une piste à creuser.

    Peut-être qu’une partie de l’argent de l’apprentissage qui ne marche pas si fort pourrait être employé à soutenir la création de jobs étudiants de qualification suffisante afin de suivre le niveau d’étude. De cette façon, les étudiants auraient et l’expérience professionnelle et le gagne-pain.

  9. Michel Abhervé Says:

    Dans Le Figaro du 19 avril 2013

    « L’étudiant qui a donné son CV à Hollande redirigé… vers Pôle emploi »

    Logique

Leave a Reply