Est ce que demander à s’engager à embaucher un jeune avant le début de l’apprentissage est une bonne idée ?

Dans son long discours introductif à la Grande Conférence Sociale, le président de la République a consacré une partie significative au développement de l’apprentissage, qu’il nous semble important de reproduire, pour pouvoir ouvrir le dialogue.

Le discours présidentiel explique que la réforme de la formation professionnelle « devra aussi traiter de l’apprentissage et de l’alternance. 70% des jeunes qui sortent d’une formation en alternance sont en emploi dans les six mois qui suivent. Six mois qui suivent ! Je rappelle que l’apprentissage ou l’enseignement professionnel n’est plus seulement limité au niveau 4 et 5, il peut aller jusqu’au BTS, à la licence professionnelle et même au diplôme d’ingénieur. Il faut changer l’image de l’alternance, de l’enseignement professionnel, de l’apprentissage. La France compte actuellement 450 000, soyons plus précis, 435 000 apprentis en formation. L’Allemagne en compte 1,5 million. C’est un autre système, j’en conviens. Mais cela en dit long sur la manière de préparer les emplois de demain. L’objectif que je fixe est plus modeste, c’est au moins d’arriver à 500 000 dans les prochaines années, dans les trois prochaines années. Là-encore, le pilotage doit être régional, parce que c’est à cette échelle que l’on doit adapter l’offre de formation aux besoins économiques.

Je souhaite également que nous puissions étendre cet objectif à l’enseignement professionnel qui doit être renforcé, valorisé, qualifié. Il y a une idée aussi que je veux lancer, il y a des entreprises, je le disais, notamment des PME, qui accueillent des alternés, et qui souhaitent être davantage associées au contenu des formations qui sont délivrées, et qui doivent correspondre à ce qui est attendu de technologies nouvelles ou de savoir-faire, y compris traditionnel.

Cette demande est légitime mais elle doit avoir une contrepartie, c’est-à-dire la garantie d’un débouché pour le jeune. Alors pourquoi ne pas imaginer que l’entreprise qui contribuerait à la définition de la formation d’un jeune en alternance, qui l’accompagnerait tout au long de son parcours, puisse signer un contrat d’apprentissage avec engagement d’embauche, sous réserve, bien sûr, de l’obtention du diplôme. Oui, cela serait une formule nouvelle qui partirait du contrat d’apprentissage existant, mais qui enverrait un signe fort aux jeunes, aux familles sur la réussite et l’excellence des parcours professionnels.

Nous  notons un objectif de croissance raisonnable, ce qui rompt heureusement  avec la pratique de son prédécésseur qui n’hésitait pas à annoncer des objectifs dont personne ne pouvait croire qu’ils pourraient être atteints. Dans son discours de Bobigny, Nicolas Sarkozy n’annonçait-il pas un objectif de 800 000 apprentis d’ici 2015, alors que la réalité montrait une stagnation du nombre de contrats ? (voir Le quinquennat du recul de l’alternance)

Mais même cet objectif de croissance raisonnable sera difficile à atteindre comme en témoigne les derniers chiffres très inquiétants (voir Encore 20 % de contrats d’apprentissage en moins signés en avril), car le point de blocage est dans le nombre très insuffisant de contrats proposés aux jeunes par les employeurs, situation que n’a pas arrangé l’arrêt au 30 juin 2012 des primes qui avaient été mises en place pour faire face à la crise, et qui pouvaient jouer un rôle incitatif face à une hésitation à s’engager

C’est en raison de ce contexte difficile que la proposition présidentielle de « contrat d’apprentissage avec engagement d’embauche » interroge. Comme il est dit dans le discours, le problème essentiel n’est pas le débouché de l’apprentissage sur l’emploi, dont les résultats sont satisfaisants, et se sont relativement peu dégradés. Alors que c’est dans l’entrée en apprentissage, et donc dans le nombre de contrats proposés que réside la plus grande difficulté, est-il raisonnable de vouloir accroitre la contrainte des employeurs en leur demandant de s’engager sur une embauche au terme de l’apprentissage avant le début de celui-ci ? On peut en douter, surtout dans un contexte économique d’aujourd’hui où beaucoup d’employeurs ont de réelles difficultés à se projeter sur le moyen terme.

Sans être certain que ne nous soyons pas en présence d’une « fausse bonne idée », nous avons pour le moins la conviction que cette idée n’est pas pertinente dans le contexte actuel, quitte à ce qu’elle puisse être reprise dans un contexte de reprise de l’activité économique.

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2 Responses to “Est ce que demander à s’engager à embaucher un jeune avant le début de l’apprentissage est une bonne idée ?”

  1. Yves Says:

    Fausse bonne idée , tout comme celle consistant à interdire aux jeunes sortis de 3ème et nés après le 1er septembre de ne pouvoir signer de contrat avant leur date d’anniversaire , ce qui conduira à encore réduire le nombre d’apprentis , tout ayant pour conséquence de laisser ces jeunes sans solution pendant plusieurs mois. Voilà jusqu’où nous conduit l’idéologie.

  2. Michel Abhervé » Blog Archive » Réactions au discours présidentiel sur l'apprentissage Says:

    […] revenu sur sa proposition formulée lors de l’introduction de la conférence sociale (voir Est ce que demander à s’engager à embaucher un jeune avant le début de l’apprentissage est un…) de « contrat d’apprentissage avec engagement […]

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