Inéluctable fin de parcours pour l’AFIJ ?

DGEFP

La publication du rapport sur l’AFIJ des trois inspections générales (Finances, Affaires sociales, Education)  chargées d’une mission d’analyse nous permet de revenir sur ce sujet que nous avions traité ici (voir L’AFIJ à l’Assemblée : évolution de la position ou mensonge de la Ministre ?) suite à Pierre Dubois (voir Sauver le soldat AFIJ ?)

Premier constat, le rapport, rendu public récemment, est daté de mars 2013, et il ne semble pas que des décisions aient été prises suite à ce rapport sollicité par les ministres alors qu’il contient des propositions radicales, qu’il convient soit de mettre en oeuvre soit de rejeter en adoptant une solution alternative à celles que se proposent le rapport qui se résument à choisir entre une liquidation pure et simple et une fin d’activité accompagnée

En effet la mission ne retient pas l’hypothèse d’un troisième plan de sauvegarde de l’AFIJ, qui serait pourtant indispensable pour assurer un avenir à cette association, après celui de 2002 (dont le rappel a plus un côté historique qu’un aspect opérationnel, le plan de réglement des dettes sur 10 ans ayant été totalement honoré) et surtout celui de début 2013, pris dans l’urgence face à un risque de cessation de paiement suite à un déficit de l’ordre de 400 000 euros sur l’exercice 2011, puis de  1 400 000 euros  sur l’exercice 2012, par lequel 1 million d’euros ont été versés, moitié par le Ministère du Travail et de l’Emploi, moitié par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, en bousculant quelque peu les règles administratives habituelles

Ce rapport met, assez cruellement, en évidence un certain nombre de points faibles dans le fonctionnement de l’AFIJ, une trop faible implication des syndicats et mutuelles étudiantes fondateurs et administrateurs, une délégation de pouvoir au directeur non respectée, un dialogue social indigeant frôlant  le délit d’entrave, l’impossibité d’établir une réelle comptabilité analytique, un contrôle interne fiable, et des prévisions budgétaires crédibles, un siège national hypertrophié par rapport à des implantations de terrain aux faibles moyens, ces implantations territoriales étant pratiquement toutes en déficit, et pour certaines lourdement,  une difficulté à faire preuve vis à vis des financeurs publics et de la banque de transparenece quant aux difficultés rencontrées. Il donne le salaire du directeur qui, s’il est assez élevé, est pourtant bien loin d’atteindre le chiffre affirmé en commentaires de notre article précédent

La faiblesse des procédures d’évaluation est également mentionnée, tout comme l’absence de base scientifque aux études conduites, limitant la fiabilté de celles-ci. Mais le rapport met surtout en évidence une faiblesse dans la compétence des  professionnels, le plus souvent recrutés dans un premier engagement professionnel, ce que ne compense ni une politique de formation, celle-ci étant pour le moins légère, ni l’usage d’outils méthodologiques évolutifs et performants, ni la mise en place d’une démarche qualité, ni un encadrement structurant, les salariés des antennes étant souvent laissés à aux-même par un siège apparaissant comme distant

Sur un autre plan, ce rapport met aussi en évidence les faiblesses de l’Etat, l’absence de coordination entre les différents ministères, et au sein d’un même ministère, que le rapport résume en ces termes « la DGEFP a en effet indiqué à la mission ne pas avoir d’interlocuteur au ministère de l’enseignement supérieur et ne pas avoir de visibilité sur les financements de l’AFIJ par les DIRECCTE« , l’inexistence de réels contrôles de la qualité des prestations réalisées, l’absence de suivi de la mise en oeuvre des recommandations formulées, le poids de la charge administrative liée à la multiplication des conventions ( pas moins de 267 conventions de financement locales en 2011 auxquelles s’ajoutent 7 conventions nationales).

Le rapport met clairement en évidence une pratique anormale de la part de la DGEFP, comme celle que mentionne cette phrase « On peut souligner enfin le caractère extrêmement tardif des conventions signées avec la DGEFP : l’avenant 2010 à la convention a été signé le 3 décembre 2010, l’avenant 2011 le 7 décembre 2011 et la convention 2012 le 14 novembre 2012« .

On doit en appréciation synthétique de cette partie du rapport relever une forme d’attente paradoxale des pouvoirs publics qui d’un côté se refusent à financer au plan national une mission clairement définie, et de l’autre reprochent à l’AFIJ de faire preuve d’un certain « opportunisme financier » dans la recherche des moyens de fonctionnement

Il met bien en évidence comment l’affirmation de la responsabilité des Universités dans l’insertion professionnelle de leurs étudiants a changé le paysage, même si les Universités n’ont que très progressivement, et très inégalement, assumé cette responsabilité, à travers le développement de Bureaux d’aide à l’insertion professionnelle des étudiants (BAIP)  mais très rarement confié à l’AFIJ de la responsabilité d’une mise en oeuvre partielle.

Dans le même esprit la mission acte que Pôle emploi a développé des actions spécifiques comme les « clubs jeunes diplômés» , que le réseau des Missions locales, qualifié de « réseau reconnu pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes qui sont de plus en plus diplômés » accueille trois fois plus de jeunes diplômés que l’AFIJ, que l’APEC a mis en place une offre de service pour les « jeunes diplômés » et s’est vu reconnaitre par les partenaires sociaux dans le cadre de l’ANI du 7 avril 2011, un rôle spécifique concernant le public des « jeunes ayant intégré un cursus dans l’enseignement supérieur et rencontrant des difficultés à s’insérer professionnellement ».

Enfin la mission relève que l’ONISEP et le réseau information jeunesse assurent uen mission d’information et note des initiatives associatives diverses (Afip, Mozaïk RH et Nos quartiers ont du talent), ce qui la conduit à synthétiser, en parlant de l’AFIJ « Si celle ci pouvait se présenter à sa création comme la principale structure dédiée à l’interface entre les jeunes diplômés et les entreprises, tel n’est absolument plus le cas.« 

Au delà de ces constats, le rapport se fonde sur un a-priori discutable, celui de la limitation de la subvention comme mode de financement, ce qui s’instruit plus dans la continuité de l’évolution des pratiques du gouvernement précédent, allant vers le « tout marché public »  que dans la volonté affirmée par le gouvernement de sécuriser le financement par subventions, ce que la future loi sur l’ESS devrait confirmer

Car le débat qui traverse ce rapport est bien celui du choix entre devenir une composante spécialisée du Service Public de l’Emploi, financé quasi exclusivement sur fonds publics, ce qui est la volonté des responsables de l’AFIJ, ou de se positionner comme un prestataire placé dans un champ concurentiel, et devant mobiliser des fonds privés, ce qui semble le sentiment dominant de l’Etat. L’APEC avait vécu une époque difficile quand elle avait hésité sur son positionneemnt quand elle avait été confrontée au même choix, avant de se positionner clairement dans une mission de service public  (voir L’APEC estime avoir eu tort de répondre aux marches publics de Pôle emploi)

C’est à la lumière de ce choix que doit être appréciée la crédibilité du scénario imaginé, pour éviter les trop fortes protestations des syndicats et mutuelles étudiantes de fin d’activité accompagnée et de reprise des activités vis à vis des jeunes diplômés et des salariés de terrain par le réseau des missions locales

 AJOUT

Le rapport qui était accessible depuis plusieurs jours sur https://telechargement.sante.gouv.fr/72a045dc6d1127cfce8a/rapport_final_inspections.pdf  ne l’est plus pour des raisons qui m’échappent. Je peux garantir que je n’ai procédé à aucune démarche frauduleuse pour consulter ce rapport qui était accessible et que toutes les citations effectuées sont exactes

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5 Responses to “Inéluctable fin de parcours pour l’AFIJ ?”

  1. Michel Abhervé » Blog Archive » L'Etat sait mesurer la productivité des Missions locales Says:

    […] delà de l’analyse effectuée dans l’article “Inéluctable fin de parcours pour l’AFIJ ?”, il est intérssant de se fonder sur le fondement de cette proposition. Le contexte est clair, la […]

  2. Michel Abhervé » Blog Archive » Vie associative : promesses et difficultés Says:

    […] Quant à l’AFIJ, nous avons analysé la situation très difficile de cette association, et montré combien le rapport de trois inspections générales était fondé sur la volonté de situer l’action de cette association dans une logique de mise en concurrence (voir Inéluctable fin de parcours pour l’AFIJ ?) […]

  3. Le Blog de Michel ABHERVE» Blog Archive » Le rapport sur l’AFIJ est public Says:

    […] Recherche), après avoir été bièveemnt mis en ligne avait disparu (voir l’ajout en fin de Inéluctable fin de parcours pour l’AFIJ ?). Il est maintenant oficiellemnt publié, avec la réponse de l’AFIJ, et le maintien par les […]

  4. Le Blog de Michel ABHERVE» Blog Archive » L’AFIJ se bat pour ne pas mourir Says:

    […] fin à son soutien financier à l’AFIJ, suite au rapport des trois inspections générales (Inéluctable fin de parcours pour l’AFIJ ? et Le rapport sur l’AFIJ est public), que certains pensent plus fondé sur une commande à […]

  5. Michel Abhervé » Blog Archive » Après la disparition de l'AFIJ, qui va s'occuper de l'accompagnement des jeunes en difficulté à l'Université ? Says:

    […] avoir suivi d’assez près l’évolution de ce dossier ( voir  Inéluctable fin de parcours pour l’AFIJ ? , Le rapport sur l’AFIJ est public, L’AFIJ à l’Assemblée : évolution de la position ou […]

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